‹ Le MaduréChapitre 52 sur 172 · LE P. M.-X. BORGHESE · texte numérisé non relu

LE P. M.-X. BORGHESE

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la liberté moyennant une rançon. L'offre n'étant pas acceptée, il en vient aux menaces, qui n'ont aucun effet. Il ordonne qu'on apporte des instruments de torture et qu'on les étale sous les yeux du Père. Le Père sourit. «Tout cet attirail, dit-il, peut faire peur à des enfants; pour moi, en venant prêcher la vraie foi dans ce pays, je me suis préparé à subir de bien plus cruels tourments. — Soit, mais je vais voir si tes disciples sont aussi fiers que toi, ou si tu seras sans compassion pour eux. Qu'on saisisse ce catéchiste et qu'on lui disloque les os. » — Alors eut lieu une scène sublime. Le catéchiste, en entendant cet arrêt, se jette aux pieds du missionnaire. « O mon Père, s'écrie-t-il, remerciez Dieu avec moi de la grâce qu'il me fait. Maintenant je commence à être votre disciple. Ne craignez pas que je recule ; donnez-moi seulement votre bénédiction. » Torturer le catéchiste eût été aussi inutile que de torturer le missionnaire ; l'un et l'autre furent renvoyés en prison. Ils y restèrent quarante jours. Un ordre donné par le prince régent, à la suited'une intervention dont nous parlerons bientôt, leur rendit la liberté.

Le P. M.-X. Borghese fut désigné pour remplacer le P. Laynez dans le Marava, lorsque celui-ci dut se rendre, en 1704, à la congrégation provinciale du Malabar, et de là en Europe. Les fatigues qu'il endura épuisèrent tellement sa santé qu'en 1708 les supérieurs l'obligèrent d'aller se reposer sur la côte de la Pêcherie. Son repos ne fut pas long ; car l'année suivante il était chargé des chrétiens de Vadakenkoulam, près du cap Comorin. Un de ses Frères rend de lui ce dernier témoignage. « Il travaille à la conversion des païens

avec un zèle admirable. L'ardeur de son âme supplée en lui aux forces du corps, ou plutôt un secours spécial de la grâce divine le rend capable d'œuvres qui surpassent les forces de la nature. » Le silence qui se fait dès lors sur ce vaillant ouvrier, nous porte à croire que Dieu ne tarda pas à l'appeler à lui.

Les anciens missionnaires du Maduré étaient surtout portugais ou italiens. Les Pères français, ayant leur mission dans le Carnate, ne paraissaient guère au Maduré que pour apprendre la langue du pays et se former à l'école des successeurs de Nobili. Deux de nos compatriotes méritent néanmoins d'êtres comptés parmi les ouvriers de l'Ancienne Mission. L'un d'eux lui consacra les plus belles années de son apostolat, y convertit des milliers de païens et fut l'appui de ses Frères par l'influence dont il jouit auprès des grands. L'autre désira, rechercha cette Mission comme jadis les Hébreux la Terre promise, regarda comme le plus beau jour de sa vie celui où il eut le bonheur de lui être incorporé, et fournit une carrière aussi laborieuse que féconde. Liés d'une étroite amitié, également dignes de mémoire, ils méritent une place dans ces récits.

Le premier est le P. Venance Bouchet. Il fut envoyé au Maduré en 1688 pour y faire l'apprentissage de la vie de missionnaire. La Mission le garda jusqu'en 1702. Les fruits vraiment merveilleux que produisit son ministère, et sans doute aussi le désir qu'il manifesta de travailler ce champ béni, déterminèrent le Supérieur des Jésuites français à priver longtemps le Carnate de ses services en faveur du Maduré.

Le P. Bouchet fut chargé de Trichinopoly et des

LE P. VENANCE BOUCIIET.

chrétientés environnantes. Les troubles civils qui régnaient dans la cité étant un obstacle à l'exercice de son ministère, il établit sa résidence à Aour, au sud et à douze milles de Trichinopoly. Il y bâtit une belle église qui existe encore, et la dédia à l'Immaculée Conception. Aour devint bientôt un des centres les plus importants. Les chrétiens s'y rendaient par milliers, de plusieurs lieues à la ronde, pour la célébration des fêtes ; et, tandis que dans la plupart des autres chrétientés la religion osait à peine se montrer, elle déployait à Aour la pompe de ses cérémonies devant des multitudes de païens attirés par la beauté du spectacle. Cette splendeur donnée au culte religieux eut un autre résultat bien précieux ; elle releva l'honneur du nom chrétien et le crédit du missionnaire. Le P. Bouchet pouvait se présenter devant les grands qui le recevaient avec respect. Son intervention auprès du prince régent de Maduré tira de prison le P. M.-X. Borghese. Avant le P. Bouchet, les missionnaires ne pouvaient pénétrer dans Trichinopoly qu'avec de grandes précautions ; il pouvait, lui, y entrer la tête levée. Avant le P. Bouchet, Trichinopoly ne possédait guère que quelques pauvres chapellesque fréquentaient des chrétiens parias ; le Père y bâtit quatre églises pour les chrétiens de hautes castes.

Il ne faudrait pas en conclure que le P. Bouchet n'avait pas d'ennemis, ou qu'il n'eut jamais rien à démêler avec les persécuteurs. Lui-même écrivait en 1700: « Nous avons eu quatre persécutions cette année ; mais plus l'enfer nous suscite d'obstacles, plus le ciel fait de nouvelles conquêtes. Le sang de

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