CHAPITRE Iî
nos chrétiens répandu pour Jésus-Christ est, comme autrefois, la semence d'une multitude de prosélytes. Pour ce qui me regarde, ces cinq dernières années j'ai baptisé plus de 1 1,000 personnes, et près de 20,000 depuis que je suis dans cette Mission (c'est-à-dire, depuis douze ans). J'ai soin de trente petites églises et d'environ 30,000 chrétiens. Je crois avoir entendu plus de 100,000 confessions. »
Les meilleurs auxiliaires des missionnaires du Maduré étaient les catéchistes. Formés, avec un soin tout particulier, à la pratique du zèle apostolique et de la perfection chrétienne, ils s'élevèrent souvent jusqu'aux vertus héroïques ; nous en avons vu et nous en verrons encore des exemples. C'est surtout par le moyen de ses catéchistes que le P. Bouchet obtint les grands résultats dont il vient de parler. Il en avait une douzaine sous ses ordres, et ce nombre était loin de lui suffire. Un de ses amis de France lui ayant demandé comment ou en quoi il pourrait lui être utile, « Je ne veux rien pour moi, lui répondit-il, absolument rien. Ce que je souhaite, ce que je vous demande par les entrailles de Jésus-Christ, c'est de me procurer autant d'aumônes que vous pourrez pour entretenir des catéchistes. Je ne puis vous exprimer ce que je souffre quand je vois venir des idolâtres de plusieurs cantons, qui me demandent des maîtres pour leur enseigner la loi de Dieu, et que je ne puis leur donner un catéchiste, faute d'argent pour l'entretenir. Je sèche de douleur de voir périr des âmes pour lesquelles Jésus-Christ a répandu son Sang. »
Hélas! parmi ces catéchistes qui lui étaient si chers
LE T. VENANCE T.OUCHET.
il se trouva des traîtres. Trois d'entre eux, oublieux de leurs devoirs, donnèrent de tels scandales que le Père fut obligé de les priver de leur emploi. Dès lors Satan entra dans leurs âmes ; ils résolurent de ruiner l'œuvre du missionnaire. Non contents de ressusciter le vieux reproche <\epranguisme, ils inventèrent contre le P. Bouchet et ses confrères les plus abominables calomnies ; ils allèrent jusqu'à offrir 20,000 écus au prince régent de Trichinopoly s'il voulait exterminer les chrétiens.
Toutes les épreuves que le P. Bouchet avait rencontrées dans sa vie de missionnaire n'étaient rien auprès de celle-ci. Volontiers il eût dit : Seigneur, éloignez de moi ce calice ; mais la volonté de Dieu étant qu'il le bût, il se soumit à l'exemple de son divin Maître. Il avait néanmoins un autre devoir à remplir : c'était de sauver ses chrétientés menacées de ruine. Il chercha d'abord conseil dans la prière, et après avoir prié, il résolut de se présenter lui-même devant le prince régent. Dieu qui lui avait inspiré cette résolution hardie, lui aplanit les difficultés de l'exécution. Les portes du palais s'ouvrirent devant lui ; le prince infidèle le reçut avec de grandes marques de courtoisie et le renvoya comblé d'honneur, jusqu'à le faire monter dans son plus riche palanquin et porter en triomphe à travers les rues de Trichinopoly d'abord, puis jusqu'à Aour, la résidence du missionnaire. Ce fut un jour glorieux pour la Religion. La confusion qu'en éprouvèrent les catéchistes infidèles fut salutaire à deux d'entre eux ; ils vinrent se jeter aux pieds du P. Bouchet et implorer son pardon.