‹ Le MaduréChapitre 54 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quand le P. Venance quitta, en 1702, la mission de Maduré, ce fut pour prendre la direction de celle du Carnate. Nous n'avons pas à le suivre sur ce nouveau champ. Il suffit de dire qu'il y travailla encore près de vingt ans avec le même zèle et les mêmes succès, et qu'il eut aussi le bonheur d'y souffrir beaucoup pour l'amour de Jésus-Christ (i).

Un autre missionnaire français, que l'ancien Maduré peut compter parmi ses ouvriers à meilleur droit encore que le P. Bouchet, c'est le P. Pierre Martin. Il avait, à force d'instances, obtenu de consacrer sa vie au salut des idolâtres de l'Inde, et voulait partir sans délai. Mais il lui fallait un navire pour faire la traversée, et dans tous les ports de France il ne se trouvait pas un seul bâtiment en partance pour les Indes ; il n'y avait même pas d'apparence qu'un vaisseau français ferait le voyage dans le courant de cette année, qui était l'année 1695. Que ^era Ie P- Martin ? Il ne peut se résigner à attendre. « J'irai par la voie de terre puisque je ne puis aller par mer », dit-il. Un autre Père s'offre à l'accompagner ; tous les deux s'acheminent vers Constantinople, puis vers la Perse, à la recherche de cette contrée qui devait être le terme de leur voyage, et où ils ne devaient arriver qu'au bout de deux ans.

Le compagnon du P. Martin était le P. Beauvollier ; celui-ci s'arrêta à Surate où il prit la direction de la mission que les Jésuites français avaient établie dans cette ville ; quant au P. Martin, il poursuivit sa route vers

1. Voir dans les Lettres Edifiantes, sa lettre à M. Cochet de Saint- Val Her.

LE P. PIERRE MARTIN

l'est, jusqu'au Bengale. La première lettre que nous avons de lui est datée de Balassore (janvier 1699). I] y parle déjà de son attrait pour le Maduré.

« Nos supérieurs ont résolu de m'envoyer, avec trois de nos Pères, à Pondichéry. Là nous serons aux portes de la mission de Maduré, la plus belle, à mon avis, qui soit au monde. Il paraît que j'avais d'abord été destiné pour la Chine ; mais je renonce sans peine à cette mission sur la parole qu'on me donne de me faire passer incessamment dans celle de Maduré qui a, je l'avoue, depuis longtemps bien des charmes pour moi. Je sens mes désirs croître et se confirmer à mesure que j'approche de cet heureux terme. Vous n'aurez pas de peine à comprendre pourquoi je m'y sens si fort attiré, si je vous dis qu'on compte dans cette mission plus de 150,000 chrétiens, et que ce nombre grossit tous les jours. Le moins que chaque missionnaire baptise de païens est un millier par an. Le P. Bouchet, qui y travaille depuis dix ou douze ans, écrit qu'il a cette année donné le baptême à 2,000 catéchumènes, et qu'il lui est arrivé, en un seul jour, d'administrer ce sacrement à 300 personnes, en sorte que les bras lui tombaient de lassitude. )>

Le P. Martin était un saint religieux, nous en verrons la preuve. Mais la sainteté ne dispense pas de l'emploi des ressources et des moyens naturels, parmi lesquels se place, en première ligne, la connaissance des langues. Voici ce qu'il dit à ce sujet :

« Dieu me fasse la grâce de ne rester à Pondichéry qu'autant qu'il sera nécessaire pour apprendre un peu la langue que j'aurai à parler dans ma chère mission

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