‹ Le MaduréChapitre 55 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de Maduré. Cette langue est toute différente du turc, du persan, du maure, du bengali que j'ai déjà appris ('). Je me sens plein d'ardeur pour l'étudier parce que je suis convaincu qu'elle me sera plus utile que toutes les autres. Je neveux retenir de français qu'autant qu'il en faudra pour vous instruire de ce qui se passera dans ces missions, et pour vous demander le secours de vos prières ».

A Pondichéry le P. Martin eut la joie de rencontrer le P. Bouchet, alors de passage dans cette ville. « Je ne pouvais, dit-il, l'entendre parler des travaux de nos missionnaires, de la ferveur des chrétiens, du grand nombre de conversions qui se font tous les jours dans cette église naissante (de Maduré), sans me sentir animé d'une nouvelle ardeur de me joindre à ces ouvriers évangéliques. »

Une année devait s'écouler avant que ses vœux fussent exaucés. De Pondichéry il fut envoyé, en septembre 1699, à Cottar.dans le Travancore. A Cottar, il eut pour maître de tamoul le P. Mainard, qui possédait à fond cette langue (2). Lui-même raconte naïvement comment les progrès qu'il fit dans cette étude, au lieu

1. Evidemment le P. Martin était doué d'une facilité prodigieuse. Il devait en être de même du P. Beauvollier. Tous les deux, en sortant de la Perse, tombèrent entre les mains des Arabes, qui leur auraient fait un mauvais parti, s'ils n'avaient été induits en erreur sur la nationalité des deux voyageurs. Ils remarquèrent que le P. Beauvollier lisait des livres arabes tandis que le P. Martin lisait des livres persans, et ils les entendaient causer en langue turque. Ils les prirent pour des turcs, c'està-dire, pour des coreligionnaires, et s'abstinrent de les molester.

2. On attribue au P. Mainard un livre tamoul intitulé Nittiya anittiya Vittiasam, ou le Temps comparé à P Éternité, livre remarquable par la noblesse et la vigueur du style. Le fond est tiré d'un ouvrage du P. Nieremberg.

LE P. PIERRE MARTIN

d'accélérer, comme il avait espéré, retardèrent le jour où il devait être incorporé à la mission de Maduré.

«J'avançais dans l'étude de cette langue, et le désir d'entrer au plus tôt dans ma chère Mission faisait que je tâchais de paraître bien plus savant encore que je n'étais en effet. J'en fus puni ; car l'opinion qu'on eut de mon habileté retarda mon départ. »

Le P. Provincial l'envoya à Taley, sur la côte de la Pêcherie, vers le commencement du Carême (1700). Ce n'était pas le Maduré, mais il s'en rapprochait, et de plus il emportait avec lui une promesse du P. Provincial, qu'après Pâques il recevrait sa destination tant désirée.

A Taley le P. Martin eut occasion de faire usage du tamoul qu'il avait appris. Il éprouva d'abord la difficulté que rencontrent tous les missionnaires qui n'ont étudié cette langue que dans les livres. Ici encore laissons-le parler lui-même.

« Après avoir visité les églises de mon district, je revins passer la Semaine Sainte à Taley, où un grand nombre de chrétiens se rendirent des bourgades des environs. J'eus bien du travail pendant ce saint temps. Les confessions me fatiguaient beaucoup par la difficulté que j'avais à les entendre; car ces peuples parlent avec une vitesse surprenante, ou peut-être que cela me paraissait ainsi, parce que je n'ai pas encore l'oreille bien faite à leur langage. Les larmes me venaient aux yeux quand, ne pouvant comprendre ce qu'ils me disaient, il fallait les faire recommencer jusqu'à trois et quatre fois ; ce que ces bonnes gens faisaient avec une patience merveilleuse, cherchant même les mots et les

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