‹ Le MaduréChapitre 57 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

croire que le missionnaire chrétien était possesseur de grands trésors. Il n'en fallut pasdavantage pour changer ses dispositions; il chargea un de ses officiers d'arrêter le Père et de lui apporter tout ce qu'il possédait.

Un chrétien eut vent de la chose : sans perdre de temps il envoya un message au P. Martin, qui était à huit lieues de la capitale, pour l'avertir de pourvoir à sa sûreté. Il était minuit quand le Père reçut le message; à cette heure il était encore occupé à entendre les confessions de ses néophytes. Bien déterminé à ne pas abandonner ses chrétiens, il se contenta de mettre en lieu sûr les vases sacrés et les ornements de l'église, ne gardant que ce qui lui était indispensable pour célébrer la sainte Messe.

Le lendemain il offrit le saint Sacrifice et entendit encore d'autres confessions.il avait commencé à réciter son bréviaire, lorsque une troupe de soldats se présentèrent; après s'être assurés du missionnaire et de ses deux catéchistes, ils se mirent à la recherche des prétendus trésors. Mais ils eurent beau chercher, ils ne trouvèrent aucun objet de valeur. A leur avis, tourmenter le Père pour lui faire révéler le lieu où il cachait son argent eût été peine perdue ; mais ils espérèrent que les tortures forceraient ses catéchistes à parler.

En conséquence, le jour suivant, on vint prendre les deux catéchistes et on les traîna sur la place publique. Là on les dépouilla de leurs vêtements. Puis des licteurs, armés de tiges pliantes et noueuses, se mirent à les flageller de la tête aux pieds l'un après l'autre. Non contents de ce premier supplice, ils les soumirent à la torture du Kitti, qui consiste à placer des morceaux

LE P. PIERRE MARTIN

de bois raboteux entre les doigts qu'on serre ensuite fortement avec des ficelles, jusqu'à faire jaillir le sang. Pendant que les bourreaux leur faisaient endurer ces tourments, il les sommaient d'invoquer le nom d'une divinité païenne et de révéler le lieu où le missionnaire avait caché ses richesses ; mais à toutes leurs sommations les deux martyrs ne répondaient qu'en invoquant le saint Nom de Jésus. Durant ce supplice le P. Martin, qui de sa prison entendait la voix des confesseurs de Jésus-Christ, priait Dieu de leur donner la force nécessaire pour sortir victorieux du combat.

« Quand on les ramena en prison, dit-il, j'allai au devant d'eux et, m'étant mis à genoux, je leur baisai les pieds ; je les embrassai tendrement, le visage baigné de larmes ; je les félicitai de l'honneur dont ils venaient d'être comblés ; je collai mes lèvres sur les endroits de leur poitrine et de leurs épaules qui étaient les plus meurtris, et j'essuyai avec vénération le sang qui en coulait encore. Je ne pouvais me lasser de prendre leurs mains livides, de les mettre sur ma tête, de les offrir à Dieu en expiation de mes propres offenses, en le suppliant, par les mérites de ces généreux confesseurs, d'ouvrir les yeux à cette aveugle gentilité. »

La constance de ces deux héros chrétiens, Sattianaden et Xaveri Mouttou (leurs noms méritent d'être conservés)est digne d'admiration; l'héroïsme de leurs mères est peut-être encore plus admirable.

Celle du catéchiste Xaveri Mouttou était d'un âge très avancé. En revoyant son fils, qui venait de souffrir pour le Nom de Jésus, elle se jeta à son cou et lui dit en l'embrassant : « C'est à présent que vous êtes

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