‹ Le MaduréChapitre 58 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mon fils, et que je vous reconnais véritablement pour

tel. Quel bonheur pour moi d'avoir enfanté et nourri

un confesseur de Jésus-Christ ! Mais, mon cher fils,

c'est peu d'avoir commencé ; il faut persévérer jusqu'à

la fin. Courage ! le Seigneur ne vous abandonnera pas

si vous lui êtes fidèle. » L'autre catéchiste, Sattianaden,

fut reçu par sa mère avec les mêmes transports de joie.

1 1 était marié et avait un charmant enfant âgé seulement

de trois ans. Prenant cette petite créature dans ses

bras, cette généreuse chrétienne la porta au cou de

son père. « Cher petit enfant, lui dit-elle, embrasse ton

père qui a souffert pour Jésus-Christ ; nous n'avons

plus rien ici-bas, mais la foi nous reste ; rien au monde

ne peut nous la ravir, et elle nous tiendra lieu de tous

les biens. »

La peur de s'attirer la colère du Ciel, entretenue par l'opinion générale que la mort du P. de Britto avait porté malheur à son prédécesseur, fut l'unique raison qui détermina le roi du Marava à épargner la vie du P. Martin. Mais la belle église qu'il venait à peine d'achever fut, par l'ordre de ce prince, réduite en cendres, et le Père lui-même fut obligé de sortir de ses états. Il alla demander un asile au frère du roi qui exerçait, sur une partie considérable du royaume, une sorte d'autorité indépendante ; et, avec l'autorisation de ce dernier, il bâtit une nouvelle église près de la limite qui séparait les territoires des deux princes, afin d'être plus à portée de donner ses secours à ceux des chrétiens qui vivaient sur les domaines du roi persécuteur.

Nous touchons maintenant au terme de cette belle

LE P. PIERRE MARTIN

carrière. Envoyé à Rome pour y rendre compte de la conduite des missionnaires dans la grande affaire des ritesmalabares,dontnousparleronsplusloin,le P. Martin y mourut le 29 juin 1716. Un prélat qui l'assista à ses derniers moments, et qui eut, dit-il, toute sa confiance (!), écrivit, quelque temps après sa mort, une lettre qui nous renseigne sur les derniers jours de cet apôtre, en même temps qu'elle fait de lui le plus bel éloge. Nous en citons quelques passages.

« Le P. Martin était un homme d'un excellent esprit, bon théologien, possédant si bien les langues vivantes, qu'en venant à Rome il parlait italien comme les naturels du pays.

« Venu à Rome pour les affaires de sa Mission, il y reçut de Dieu la récompense de ses travaux. Ayant appris que le Pape Clément XI envoyait des missionnaires à Civitta-Vecchia, il me pria d'obtenir pour lui qu'il fût de leur nombre. La veille de son départ pour cette mission il dit à un Père que n'ayant pu mourir au Maduré martyr de la foi, il allait mourir martyr delà charité.

« Quelle santé, en effet, aurait pu résister aux travaux et aux macérations auxquelles il se condamna ? En pleine chaire, chaque jour, à la façon des missionnaires d'Italie, il se dépouillait jusqu'à la ceinture, et prenait la discipline jusqu'à se mettre tout en sang.

« Aussi au bout de quelques jours on nous l'apporta à Rome tout mourant. J'aidai moi-même à le mettre au lit. Il avait contracté une fièvre maligne. Son mal traîna trois semaines.

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