Mgr Pierre-François Lafitau , évêque de Sisteron
« Me voyant un jour entrer dans son infirmerie, il me demanda d'un air très empressé : « Mon Père, quel jour de la semaine tombe la fête de saint Pierre ? »
— Ce sera, lui répondis-je, après-demain, mercredi.
— C'est lui, reprit-il, qui ce jour-là doit m'ouvrir les portes du Ciel. » — Ce fut, en effet, le jour de saint Pierre, son patron, qu'il mourut, à deux heures du matin (1716). »
L'évêque-missionnaire, François Laynez, était mort l'année précédente. On ne lira pas sans édification les sentiments qu'il exprimait au P. Michel-Ange Tamburini, Général de la Compagnie, le 29 mars 1708, onze jours après son sacre. « La bienveillance de Votre Paternité me donne la confiance qu'elle ne cessera pas de me compter parmi les enfants et les sujets de la Compagnie ; je veux aussi qu'Elle sache que toute ma vie je regarderai la Compagnie comme ma Mère, et Votre Paternité comme mon Père bienaimé. C'est pourquoi je prie Votre Paternité de vouloir bien m'assigner pour admoniteur un Père de la Compagnie, dont je puisse suivre les conseils dans toutes les délibérations de quelque importance.
« Ces deux choses, bien-aimé Père, me tiennent tant à cœur que j'y attache toute ma consolation depuis qu'on m'a chargé de l'énorme poids de l'épiscopat. Je prie donc, je conjure Votre Paternité de combler les vœux de son enfant en lui accordant ces deux demandes. »
La dignité épiscopale, qui est toujours un lourd fardeau, devait, en effet, être pour le P. Fr. Laynez une charge écrasante. Il portait déjà, lorsqu'il fut fait évê-
MGR FR. LAYNKZ.
que, le poids de vingt-sept ans d'apostolat. Son diocèse, « le plus grand qu'il y ait au monde », dit le P. Martin, s'étendait sur toute la partie orientale de l'Inde, depuis la pointe de Calimère, au sud de Négapatam, jusqu'aux pieds de l'Himalaya, dans un pays coupé par d'énormes cours d'eau et privé des moyens de communication. Et néanmoins le zélé prélat non seulement entreprit la visite des chrétientés disséminées sur cette immense étendue, mais il la fit en missionnaire, c'est-à-dire, à pied et en pratiquant toujours la rigoureuse abstinence des ouvriers évangéliquesdu Maduré. Un des missionnaires du Carnate l'accompagnait.
Nous ne saurions le suivre dans cette course pastorale dont son compagnon nous a laissé le long récit (T). Après avoir parcouru la côte de Coromandel, les royaumes d'Orissa et du Bengale jusqu'aux frontières du Thibet, il alla demander l'hospitalité aux Jésuites français de Chandernagor. Epuisé de fatigue, il voulut se reposer tout en faisant les Exercices spirituels ; mais au troisième jour il se vit forcé de les interrompre et dut se contenter de souffrir. Soins, remèdes, prières, tout fut employé pour conserver cette vie précieuse ; mais les anges avaient achevé la couronne de l'apôtre qui lui-même brûlait du désir de se réunir à Jésus- Christ.
Muni des sacrements de l'Eglise, heureux de mourir au milieu de ses Frères, il rendit son âme à Dieu le 11 juin 171 5, après 59 ans de vie et 32 ans de travaux apostoliques, durant lesquels il avait baptisé de sa propre main 50,000 infidèles.
1. Voir dans les Lettres iù///fo/«V.y la longue lettre du P. Barbier.
IV. Les missionnaires dont nous venons de retracer la glorieuse carrière vivaient encore, lorsqu'arriva dans l'Inde celui dont le nom devait rester célèbre à l'égal du nom de Nobili. Admiré des païens qui s'honoraient de le compter parmi les membres de leurs académies savantes, redouté des hérétiques dont il dévoila et réfuta les erreurs dans des ouvrages immortels, aimé des chrétiens dont il fut le défenseur et le père, Joseph- Constant Beschi brille comme un astre de première grandeur dans le ciel du Maduré.
Il naquit dans la province de Venise le 8 novembre 1680, et s'enrôla sous la bannière de St-Ignace le 21 octobre 1698. Promu au sacerdoce après de brillantes études au Collège Romain, il fut, dit-on, sur la demande du pape Clément XI, envoyé au Maduré, vers l'année 1710. Doué d'une aptitude hors ligne pour l'étude des langues, il se rendit en peu de temps maître du tamoul ordinaire et du tamoul des savants, de manière à s'exprimer dans l'un et l'autre idiome avec une facilité prodigieuse, soit en prose soit en vers. Il apprit aussi le télégou, le sanscrit, et plus tard l'arabe et le persan. Mais la science chez le P. Beschi rehaussait simplement l'éclat de la vertu. Il fut avant tout un missionnaire, et c'est comme missionnaire que nous voulons d'abord le considérer.
Le sud de la Mission eut les prémices de son apostolat. Camanayakenpatty et Caietar furent ses résidences les plus ordinaires. Il appartenait à la classe des Sanniassis brames, et comme tel il eut à traiter surtout avec les Indiens de haute caste parmi lesquels il opéra d'éclatantes conversions. Le démon ne pouvait
LE P. JOS.-C. BESCHI.
voir ces succès d'un œil indifférent ; il fit éclater une violente persécution. Les chrétiens de Caietar eurent leurs habitations pillées et démolies ; la maison de Dieu et celle du missionnaire ne furent pas plus épargnées. La persécution, comme un feu qui se propage, atteignit les chrétientés de Tencassi et de Couroukelpatty. Les néophytes, dépouillés de leurs biens, soumis à tous les genres de vexations, montrèrent une constance admirable ; pas un seul ne chancela dans sa foi. Mais c'était surtout au P. Beschi que les adorateurs du démon en voulaient. Lui et ses catéchistes furent saisis et jetés dans les fers. Un chef subalterne se chargea d'instruire son procès, ou plutôt prononça contre lui, sans forme de procès, une sentence de mort; l'exécution devait avoir lieu le lendemain. Mais le lendemain le magistrat reçut du roi de Maduré l'ordre de mettre le Père en liberté et de s'abstenir de molester les chrétiens. La Providence s'était servie du crédit de deux néophytes pour obtenir la délivrance du missionnaire.
Le P. Beschi fut désolé d'avoir manqué cette occasion de souffrir le martyre. Voici comment il exprimait ses regrets au P. Michel-Ange Tamburini.
« Notre Seigneur, dans son infinie miséricorde envers le plus grand des pécheurs, a daigné me donner une petite part aux grâces qu'il réserve à ses amis. Le jour de l'apôtre saint Thomas j'ai été chargé de chaînes et jugé digne de souffrir les opprobres pour le nom de Jésus. Déjà j'étais condamné à la mort ; déjà les instruments d'un supplice ignominieux étaient préparés, et je marchais à la palme du martyre avec un
transport de joie que je n'avais encore jamais éprouvé. Mais hélas ! je ne puis y penser sans douleur, ni l'écrire sans verser des larmes amères, mes innombrables péchés m'ont rendu indigne du sort bienheureux que je paraissais déjà tenir dans mes mains. L'intercession de quelques personnages distingués qui m'ont voué une sincère amitié, m'a soustrait à la rage de mes bourreaux et privé du bonheur de payer à Dieu un juste retour pour tout ce qu'il a fait et souffert pour moi. Je conjure instamment Votre Paternité, au nom de l'amour qu'Elle porte à son indigne enfant, de m'obtenir de notre aimable Jésus qu'à la fin de ma carrière je puisse me présenter devant sa divine majesté, non pas comme un lâche soldat mourant sur son lit, mais comme unbrave combattant qui tombe sur le champ de bataille, et meurt au milieu des tourments et des opprobres. C'est cette espérance qui me soutient ; c'est elle seule qui me fait vivre heureux sur ces terres barbares, malgré l'absence de tout soulagement humain. »
Cette lettre montre à découvert l'âme de l'illustre missionnaire ; elle est une preuve que le P. Beschi, qui parlait à la perfection la langue des savants, savait aussi parler le langage des Saints.
Les événements que nous venons de rappeler sont antérieurs à l'année 1716. En cette dernière année le P. Beschi fut choisi pour remplacer à Maduré le P. Vieyra, que la mort venait d'enlever. Son rare talent et ses bonnes manières lui gagnèrent l'estime et la bienveillance d'unhomme dont l'influence était toutepuissante dans cette ville. Le P. Beschi profita de la faveur dont ce personnage l'honora, et des facultés très
LE P. JOS.-C. BESCHI.
étendues qu'il en obtint, pour réparer les désastres causés par les guerres et les persécutions dans les environs de la capitale. Les Lettres annuelles de l'année 1716 le montrent à l'œuvre dans la chrétienté de Sampatty ; il y commença la construction d'une nouvelle église. Assiégé par une multitude de néophytes qui venaient lui demander les sacrements et n'écoutant que son zèle, il consacra les heures du jour et de la nuit à satisfaire leur dévotion. Mais cet excès de travail, joint aux privations qu'il lui fallait endurer, — car il n'avait pas même un toit pour s'abriter contre la pluie ou les ardeurs du soleil, — lui causa une fièvre violente qui détermina ses supérieurs à lui donner une autre destination.
De Maduré le P. Beschi passa dans le nord de la Mission. En 1720 il était à la tête du district de Vadouguerpatty. Les exercices de saint Ignace, qu'il donna lui-même aux catéchistes et aux principaux néophytes, furent le moyen dont il se servit pour renouveler cette chrétienté. De 1729 à 1740 il fut successivement chargé des districts d'Aour et de Tanjaour. La culture de ce dernier offrait des difficultés exceptionnelles, soit à cause du grand nombre de chrétientés qu'il renfermait, soit surtout à raison des obstacles que les guerres et les persécutions créaient au missionnaire. Mais grâce au tact et à l'habileté du P. Beschi, grâce surtout à cette influence qui l'accompagnait partout et le faisait respecter des hommes les plus puissants, les chrétiens du Tanjaour jouirent sous son administration d'une tranquillité relative.
Nous aimerions à connaître les moindres détails de
la longue carrière apostolique de cet homme incomparable ; malheureusement les documents qui se rapportent à cette époque sont d'une pauvreté désolante. La plupart des lettres écrites par les missionnaires du Maduré, depuis 1720 jusqu'à 1740, ne sont pas venues jusqu'à nous. Restent les traditions du pays ; mais elles ne méritent qu'une créance partielle. Les Indiens semblent avoir voué au P. Beschi quelque chose du culte que les anciens vouaient à leurs héros. Pour eux, le P. Beschi, c'est le grand gourou, qu'entourent la grandeur et la magnificence. Son vêtement est une robe couleur d'or ; un turban éclatant de blancheur couvre sa tête ; ses oreilles sont ornées de pendants enrichis de pierreries ; ses doigts, de bagues faites de cinq métaux précieux. Dans ses voyages, qu'il fait toujours en palanquin, il est assis sur un riche tapis; deux hommes, marchant de chaque côté, agitent devant lui des éventails faits de plumes de paon, etc. L'imagination indienne va jusqu'à faire du P. Beschi le dewan ou premier ministre du nabab de Trichinopoly, qui l'établit souverain de quatre gros villages et lui fait présent d'un superbe palanquin en ivoire.
Il ne faudrait pas cependant conclure que tout soit pure fiction dans ces pompeuses descriptions. La vérité est que le P. Beschi dut à ses qualités naturelles, et en particulier à son savoir extraordinaire, d'exercer auprès des païens, même auprès des .personnes les plus élevées en dignité, une influence qui le rendait en quelque sorte tout-puissant. Il y a d'ailleurs lieu de croire que, dans certaines circonstances, par exemple, dans les visites que les intérêts de ses
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chrétientés lui conseillèrent de faire, soit au nabab de Vellour, soit à son gendre Sandasahib, le général de ses armées, le P. Beschi ne craignit pas d'imiter saint François-Xavier apparaissant à la cour du roi de Bungo, et de s'entourer, comme lui, de l'appareil de la grandeur, qui ne saurait frapper les yeux des Indiens sans commander l'estime et le respect. Dès lors tout s'explique. L'imagination orientale aura simplement généralisé un fait particulier ; un titre purement honorifique et quelques présents accordés par un rajah au P. Beschi, en signe de bienveillance, auront été transformés en une charge de dewan et une sorte de seigneurie territoriale.
Ce qui n'est pas douteux, c'est que le P. Beschi fut, durant les trente-deux ans de sa vie apostolique, ce qu'il fut au début de sa carrière : l'imitateur fidèle du P. de Nobili, dont il mena jusqu'à la fin la vie laborieuse et pénitente ; un missionnaire qui mettait son bonheur à se dévouer pour le salut des âmes ; un apôtre que la charité de Jésus-Christ aiguillonnait sans cesse jusqu'à le rendre saintement passionné pour le martyre. Il dut de plus à son génie littéraire et à sa verve vigoureuse d'être, dans le sud de l'Inde, la gloire du nom chrétien, le défenseur de la foi et le marteau des protestants. C'est sous ce dernier rapport qu'il nous reste à l'envisager.
Comme poète, le P. Beschi s'est immortalisé surtout
par son Tembâvani, ou la Gttirlande qui ne se fane
point. C'est une grande épopée, divisée en 36 chants et
3,615 strophes ou quatrains ; l'auteur célèbre les gloires
de saint Joseph et de la Sainte-Famille. Dans un vers
qui résonne à l'oreille comme une musique, charme l'imagination par l'éclat des couleurs et la richesse des peintures, tandis qu'il élève l'âme par la sublimité des sentiments et des pensées, l'auteur expose l'histoire de la religion, ses dogmes et sa morale.
Son but n'était pas, comme l'ont dit certains écrivains protestants, de déguiser la vérité sous les ornements de la fiction, encore moins de faire un ouvrage qui pût tenir lieu d'une traduction des saintes Ecritures ; mais bien de familiariser les païens lettrés avec les sublimes idées du dogme et de la morale chrétienne, et de les leur rendre attrayantes par les charmes de la poésie. C'est pour les savants indiens que le P. Beschi écrivait. Montrer à ces grands admirateurs de Valmiki, l'auteur du Ramayanam, surnommé l'Homère indien, que l'épopée chrétienne offre au génie des ressources que l'on demanderait en vain à l'épopée païenne, — tentative où devait s'essayer un siècle plus tard, mais non avec un plus beau succès, l'auteur des Martyrs ; — faire tomber par là leurs préjugés antichrétiens, et préparer ainsi leurs cœurs et leurs esprits à recevoir la prédication de l'Evangile, tel était le but que se proposait l'auteur du Tembâvani. Ce but fut atteint. Ouand le poème parut, accompagné d'un double commentaire, l'un en vers, l'autre en prose, pour en faciliter l'intelligence, les savants s'extasièrent d'admiration ; les plus célèbres parmi eux se firent une gloire de le comprendre; dans leur enthousiasme, les académiciens de Maduré décernèrent au P. Beschi le titre de Viramamouniver, ou le Sanniassi par excellence.
Nous ne ferons qu'indiquer les autres ouvrages en
LE P. JOS.-C. BESCHI.
vers composés par le P. Beschi. Le Kalambagam ou Mélanges, X Adeikala-maley, ou la Guirlande de Notre- Dame dît Refuge, \ç.Kali- Vemba,ou Poésies en l'honneur de Marie, sont autant d'hommages que la muse du missionnaire offre à la Reine du Ciel. Les privilèges de la Mère de Dieu, sa Conception immaculée, sa glorieuse Virginité, ses ineffables Douleurs sont célébrées dans des vers pleins de fraîcheur et d'élégance. Le Kitteriammal, ou le martyre de sainte Catherine de Portugal, est un long poème de 1,100 strophes. Nous passons sous silence une multitude d'épigrammes ou poésies légères et satiriques que l'esprit fécond du P. Beschi lui fournissait à volonté. C'étaient comme des flèches qu'il savait décocher à propos, tantôt contre les divinités païennes, tantôt contre les savants orgueilleux ou les hérétiques.
Le renom du P. Beschi lui valut de fréquentes visites de la part des savants indiens. Le fait suivant, tout étrange qu'il paraisse, n'a rien d'invraisemblable. Neuf grands pandarams, à la longue chevelure, se présentèrent un jour au P. Beschi et demandèrent à entrer en dispute avec lui. Le Père ne crut pas devoir refuser le défi. Des conditions furent posées et acceptées de part et d'autre : si les pandarams étaient vaincus, ils devaient consentir à embrasser la foi chrétienne ou à perdre leur chevelure. Le P. Beschi, de son côté, se mettait, en cas de défaite, à la discrétion de ses vainqueurs. La dispute roula sur la philosophie et la religion et dura, dit-on, un mois entier. Il va sans dire que la victoire resta au champion de la vérité ; les pandarams s'avouèrent vaincus. Six d'entre eux reçu-
rent le baptême. Les trois autres firent hommage au P. Beschi de leur chevelure qui avait bien cinq à six pieds de long, et celui-ci en fît l'offrande à Notre- Dame du Refuge, dans son église de Tiroucavelour, où ces trophées furent conservés pendant de longues années.
Les ouvrages en prose du P. Beschi ne sont pas moins remarquables que ses poésies. Le Vedier Oloukkam, ou Règles de conduite pour les catéchistes, fut écrit à l'occasion d'une grande retraite donnée, en 1727, à tous les catéchistes de la Mission réunis à Elacourichi. C'est une série de considérations sur les devoirs de ceux qui sont appelés à partager les travaux apostoliques des missionnaires ; véritable traité sur la matière, dans lequel on ne sait qu'admirer le plus, ou de la profondeur des pensées, ou de la force du raisonnement, ou de la sagesse des conseils que l'auteur donne aux catéchistes, ou de l'efficacité des moyens et des industries qu'il leur suggère.
La langue tamoule est faite, pour ainsi dire, au rebours de nos langues européennes.. Non seulement elle a ses racines à elle et ses terminaisons propres, mais son génie est absolument différent de celui des langues romanes. L'ordre dans lequel l'Indien enchaîne ses idées est presque l'inverse du nôtre. Partant, l'étude de cette langue est, pour un missionnaire européen, pleine d'aspérités. Pour ne pas perdre courage il devra souvent prendre son cœur à deux mains, appeler le secours d'en haut, se rappeler sa belle vocation et s'animer par l'exemple des missionnaires ses aînés. Le P. Beschi voulut, autant que faire se pouvait, ré-
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pandre quelque charmesurune étude d'elle-même sipeu attrayante : c'est dans ce but qu'il composa son Paramarta Gotirou, ou les Aventures du Gourou Paramartan; conte charmant, admirable de couleur locale.où l'auteur, employant à dessein les termes les plus usuels et les idiotismes les plus communs, raconte, dans un style à la fois simple et élégant, une suite d'aventures extrêmement divertissantes, lesquelles ne peuvent manquer d'égayer tout missionnaire novice qui va demander à ce livre la clef des difficultés que présente la langue tamoule. C'est en 1728 que le P. Beschi entra en lutte avec les protestants danois; ceux-ci s'étaient établis à Tranquebar, vers le commencement du XVIIIe siècle, et cherchaient à faire des prosélytes dans la mission de Maduré. Il écrivit contre eux le Veda-Vilakkam, ou Exposition de la vraie Religion ; le Pedaga Marouttel, ou Réfutation d'un pamphlet protestant intitulé Pedagaiu (contradiction), et le Lutherinattialpou, ou la Nature du. Luthéranisme. Ce dernier ouvrage est moins une controverse qu'une satire. L'auteur y tourne en ridicule le mode d'évangélisation adopté par les protestants, qui consistait à répandre des livres à profusion. Il montre comment ces livres, si séduisants, en apparence, par l'élégance de la reliure et la beauté de l'impression, fourmillent non seulement d'erreurs contre la foi, mais encore de fautes contre la grammaire. Une verve caustique perce dans cet écrit; mais qui pourrait reprocher à l'auteur d'avoir fait usage des traits de la satire contre des adversaires dont les armes ordinaires, dans leur guerre contre la Religion catholique, étaient la calomnie et le mensonge ?
Le Maduré. — I.
Dans sa Réfutation, le P. Beschi passe en revue les faussetés accumulées par l'écrivain Tranquebarien dans son Pedagam, et oppose à chacune une réponse victorieuse. Son Exposition de la Religion, ou plutôt des dogmes catholiques attaqués par les protestants, est un vrai chef-d'œuvre. L'écrivain ne se contente pas de montrer la vérité; il fait voir aussi les bases sur lesquelles cette vérité repose: les preuves de raison, les témoignages de l'Ecriture sainte, la parole des Pères et des Docteurs, l'argument tiré de la prescription lui forment un rempart qui défie tous les assauts de l'erreur.
Mais le Père Beschi comptait bien moins sur ses écrits, pour triompher de l'erreur luthérienne, que sur la puissance de Celle qui écrase sous ses pieds la tête du serpent infernal. C'était pour s'assurer sa protection qu'il lui avait dédié son église de Tiroucavelour, sous le titre de Notre-Dame du Refuge. C'est dans le même but que, en 1 731, il écrivait au P. François Retz, Général de la Compagnie de Jésus, de vouloir bien intervenir auprès du Souverain-Pontife, pour que Sa Sainteté daignât confirmer par son autorité une fête de la sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame du Refuge, qui, ajoutait-il, avait déjà reçu l'approbation de l'évêque du lieu. Marie ne trompa point la confiance de son serviteur ; bientôt après le P. Beschi pouvait écrire que les protestants n'avaient fait aucun mal aux chrétiens, qu'ils n'osaient plus se montrer, et encore moins répondre aux écrits où il avait signalé et réfuté leurs erreurs (').
1. Le 1'. lieschi est le premier qui ait fixé les principes, les règles et les limites du Kodum Tatnoul, ou tamoul vulgaire, le seul employé