‹ Le MaduréChapitre 60 sur 172 · LA MISSION EN I · texte numérisé non relu

LA MISSION EN I

iô-

Chassé du Nord par l'invasion des Mahrattes en 1740, le P. Beschi se réfugia d'abord dans le Marava, puis sur la côte de la Pêcherie. En 1 744, il était Recteur de Manapade ; les lettres de cette année font l'éloge de sa pauvreté religieuse et de ses autres vertus. On croit qu'il mourut en 1746, après 34 ans de vie apostolique, plus grand encore par son zèle et ses souffrances au service des âmes, que par son rare génie et ses écrits immortels.

A la mort du P. Beschi, la mission fondée par le P. de Nobili avait atteint son plus grand développement. Outre la mission de Maduré proprement dite, à laquelle appartenaient le royaume de Maduré, celui du Marava, les districts de Trichinopoly et de Tanjaour, avec les nombreuses chrétientés disséminées sur les deux rives du Cavery et du Coleron, elle comprenait la mission du Carnate, laquelle s'étendait depuis le parallèle qui passe au sud de Pondichéry jusqu'aux rives du Krichna, et la mission du Maïssour, dans le royaume qui porte ce nom. Issues de la même souche, les trois missions avaient chacune leur vie propre et

dans la conversation. La grammaire qu'il nous a laissée de cette langue, composée en latin, est le vade-mecum des missionnaires. Il a aussi publié deux dictionnaires, l'un tamoul-latin, l'autre portugais-latin-tamoul. On lui doit, en outre, une grammaire de la langue sublime, et un grand dictionnaire qui suppose une érudition prodigieuse, divisé en quatre parties : la première donne le sens de chaque mot; la deuxième, les synonymes ; la troisième réunit les mots en groupes ou familles ; la dernière a trait à la versification. Comment un homme qui fut toujours à la tête d'un district, qui fit toujours de la culture des chrétiens son œuvre principale, dont les rapports avec les savants indiens étaient de tous les jours, put-il composer tant et de si remarquables ouvrages dans une langue qui, à son arrivée dans l'Inde, lui était absolument étrangère ? c'est un mystère dont on ne trouvera pas la clé, à moins qu'on ne dise : Digitus Dei est hic.

leur propre gouvernement. Le Maduré, qui d'abord dépendait de l'évêque de Cranganore, avait été plus tard placé, avec le Carnate, sous la juridiction de l'évêque de Maïlapour. Mais quoiqu'elles eussent chacune leur supérieur immédiat et qu'elles fussent cultivées par des ouvriers de différentes nations, les trois missions étaient véritablement sœurs;chacune d'elles conservait les traditions du P. de Nobili et restait fidèle au mode d'évangélisation établi par ce grand apôtre. Rien d'ailleurs n'était plus commun que le passage des missionnaires d'une mission à l'autre.

Les trois missions comptaient environ 400,000 néophytes. Il y avait au moins un nombre égal de chrétiens dans les missions de la côte du Malabar, de la côte de la Pêcherie et de Ceylan. Si on ajoute les chrétientés du nord de l'Inde, on peut estimer la population catholique de la péninsule, vers cette époque, à plus d'un million.

Page 1