‹ Le MaduréChapitre 64 sur 172 · LES NÉOPHYTES DU MADURÉ · texte numérisé non relu

LES NÉOPHYTES DU MADURÉ

en général, de leurs néophytes ; quant aux faits particuliers par lesquels ils le confirment, on remplirait un volume si on voulait en faire la collection. Nous avons eu occasion d'en citer plusieurs ; on n'en lira pas avec moins d'intérêt ceux que nous allons rapporter.

« Un Indien (c'est encore le P. Bouchet qui parle), extrêmement attaché au culte des faux dieux, comprit enfin qu'il était dans l'erreur ; s'étant fait instruire des mystères de notre sainte Religion, il demanda avec instance le baptême. Quelques mois après l'avoir reçu, je le fis venir pour le disposer à faire sa première confession. Lorsque je lui expliquai la manière dont il devait se confesser il parut étrangement surpris. « Quand, dans les instructions que j'ai reçues, me dit-il, on m'a parlé de la confession de mes péchés, j'ai compris qu'il s'agissait de ceux que j'avais commis avant le baptême ; que je devais confesser ces péchés afin d'en concevoir plus d'horreur ; mais vous médites maintenant qu'il faut déclarer ceux qu'on a commis après le baptême. Hé quoi ! mon Père, est-il donc possible qu'un homme qui a reçu une si grande grâce, soit assez malheureux pour la perdre, et assez ingrat pour offenser Celui de qui il l'a reçue?» « Ce trait, ajoute le P. Bouchet, édifie infiniment tous ceux à qui je le raconte. »

Tous les âs:es et toutes les conditions nous offrent des traits admirables de vertus.

Mouttammal ou Marguerite, dit le P. Freire, était un ange en qui la grâce avait devancé les années. Agée de quatre ans, on la voyait tous les soirs allumer

une lampe placée sur l'autel domestique , devant l'image du Sauveur, puis se mettre à genoux et réciter ses prières avec une piété, une expression de foi qu'on eût admirées dans une grande personne. Le fruit de son amour pour Dieu était une charité sans borne pour le prochain. Dès qu'un pauvre se présentait à la porte, la petite Marguerite courait à lui, s'entremettait en sa faveur, et n'avait de repos qu'après avoir obtenu pour lui une bonne aumône. Ses paroles et tout son extérieur unissaient la gravité de lage mûr à l'amabilité de l'enfance. Une lumière surnaturelle ou une sorte d'instinct céleste lui avait révélé le prix de la virginité. Son père, admirant les trésors de grâce dont cette enfant était enrichie, avait pour elle une tendresse mêlée de respect. « C'est ma perle, disait-il souvent. » Cet ange de la terre ne tarda pas à s'unir aux anges du ciel. Une maladie qui lui survint fut pour elle l'annonce de son prochain départ. Elle fit avec allégresse ses préparatifs de voyage, dit adieu à ses parents, leur donna rendez-vous dans le sein de Dieu. Sentant sa fin approcher, elle se fit porter dans son petit oratoire, au pied de l'autel qu'elle y avait érigé et qui avait été si souvent témoin de ses ardeurs célestes. A peine y fut-elle transportée que son âme innocente prit son vol vers le ciel.

Comme contraste à cet ange d'innocence, voici un vieillard pénitent dont le P. Martin raconte l'histoire. Cet homme s'était, pendant de longues années, livré à tous les excès du libertinage. Un jour, la grâce le saisit, le subjugue, change son cœur ; et dès lors, avec plus d'ardeur encore qu'il ne s'était abandonné aux

MIRACLES DE GRACE

désordres d'une vie dissolue, il exerça sur lui-même les rigueurs de la plus sévère pénitence. Après avoir distribué son bien à ses enfants, sans rien réserver pour lui-même, il se bâtit une petite hutte dans un lieu écarté, et ne vécut depuis que d'aumônes ; encore en donnait-il la meilleure part aux premiers pauvres qu'il rencontrait. Ses prières continuelles n'étaient interrompues que par l'abondance de ses larmes. Il se confessait et communiait tous les huit jours, avec une ferveur qui eût touché le cœur le plus insensible. Souvent, dit le P. Pierre Martin, il venait me trouver et me demandait tout en pleurs : « Croyezvous, mon Père, que Dieu daigne me faire miséricorde ? Je ne lui demande pas qu'il me traite comme son enfant ; j'en suis indigne ; je souhaite seulement d'apaiser sa colère. Quelle pénitence pourrais-je faire pour le fléchir? Ah ! j'ai offensé un Dieu qui est la bonté même ; que cette pensée est accablante! »

La haine qu'il se portait à lui-même le conduisait toutes les nuits au fond d'un bois où il déchirait son corps par de sanglantes flagellations. A l'exemple de saint Jérôme, il se frappait rudement la poitrine avec un gros caillou. En vain son confesseur l'invitait à modérer ces pieux excès ; avec la meilleure volonté de lui obéir, il se laissait entraîner par sa ferveur. La mort enfin vint mettre un terme à sa pénitence. Averti par son bon ange de son approche, bien qu'il fût encore en bonne santé, il se confessa comme pour la dernière fois et reçut Notre-Seigneur en viatique. Bientôt après il allait se joindre à ces Bienheureux qui chanteront éternellement les miséricordes du Seigneur.

Retirer une âme de la fange du péché; où l'iniquité avait abondé faire surabonder la grâce, est, disent les saints Pères, un miracle plus grand que la création du monde. Nos missionnaires eurent souvent lieu d'admirer un tel prodige; citons quelques exemples.

Un Indien avait embrassé la profession peu honorable de directeur d'un chœur de bayadères. On donne ce nom à de malheureuses créatures, vouées dès leur enfance au service des pagodes, dont l'existence se passe à honorer l'esprit impur par des danses et des chants lubriques accompagnés d'abominables prostitutions. Qu'on se figure la condition d'un homme dont l'office était de former de telles élèves pour une telle carrière ! Or, celui dont nous parlons eut, nous ne savons comment, quelque connaissance de la loi spirituelle qu'enseignait le P. de Nobili ; il en fut aussitôt frappé et conçut le désir de la connaître à fond. Une nuit il crut entendre une voix qui lui disait : « Va dans tel quartier et dans telle rue ; là tu trouveras un homme qui te mettra sur le chemin du ciel ». Dès les premiers rayons du jour il se rendit au lieu indiqué. Un homme s'y trouvait ; il le prie de le conduire chez le maître qui enseigne la voie du salut. L'inconnu le mène au P. de Nobili. Il avait trouvé son Ananie ; à partir de ce jour il suivit les instructions du Père. De plus en plus émerveillé des beautés de la Religion, il se dépouilla de tous les emblèmes de l'idolâtrie, résigna son emploi, encore qu'il n'eût pas d'autre moyen de gagner sa vie, et, avec une joie ineffable, reçut le saint baptême.

Même dans le troupeau de ces malheureuses prostituées dont nous venons de parler, la grâce divine fit

MIRACLES DE GRACE

des conquêtes et opéra des transformations admirables. Le P. de Nobili, pour sa part, eut la joie d'admettre deux d'entre elles parmi ses catéchumènes. Mais, parce que leur vie antérieure lui inspirait des craintes sur leur persévérance, il crut devoir leur différer le baptême qu'elles demandaient cependant avec larmes. Comme témoienacre de la sincérité de leur foi et de la force de leur résolution, elles se dépouillèrent de tous les ornements dont elles s'étaient servies pour relever leurs charmes naturels, et se présentèrent devant le Père dans un costume aussi simple que modeste. C'était précisément ce que le Père attendait ; mais il le leur avait laissé deviner. Convaincu par cette dernière preuve de leur bonne volonté, il leur conféra le sacrement, et ces deux néophytes vécurent dès lors dans la pratique des bonnes œuvres.

Dans les basses castes, comme dans les castes les plus élevées, la grâce rencontra des cœurs bien disposés et des âmes fidèles.

Maria Dasen (Serviteur de Marie) avait professé dans sa jeunesse une secte réputée infâme même parmi les païens. A partir du jour où il fut admis à recevoir le baptême, sa vie fut un modèle d'innocence et de pureté. « Nous sommes tous persuadés, dit le P. André Freire, qu'il n'a jamais, dans l'espace de trente ans, terni la blancheur de sa robe baptismale ». Durant ces trente années, il remplit les fonctions de catéchiste sans en avoir le titre. On admirait surtout son obéissance ; quelque pénibles que fussent les corvées dont on le chargeait, il s'y portait toujours avec une promptitude joyeuse. 11 eut le bonheur d'être mis en prison et

chargé de chaînes en haine de la foi, et sa plus grande peine fut de ne pouvoir donner tout son sang pour Jésus-Christ. Il avait une véritable passion pour le martyre. La piété, le profond respect qu'il apportait dans la prière, montraient combien il était pénétré du sentiment de la présence de Dieu. La cécité, dont il fut affligé dans sa vieillesse, ne fit qu'ajouter à son recueillement. « Enfin, ajoute le P. Freire, après nous avoir édifiés par sa patience dans ses infirmités et ses autres vertus, muni de tous les sacrements, ce paria vil et méprisable aux yeux du monde, mais grand et noble aux yeux de Dieu, alla, à l'âge de 80 ans, occuper le trône qui lui était préparé, et d'où il jugera un jour les brames orgueilleux. »

Le récit suivant, qui est en abrégé celui du P. Antoine de Proenza, montre l'action et le triomphe de la grâce divine sur le cœur d'une personne de la plus haute naissance.

Sandaï, ou Clémentine, était une princesse non moins distinguée par l'étendue de ses connaissances que par sa haute condition. Le gouverneur de la province s'estimait heureux d'avoir obtenu sa main. Son palais était le rendez-vous des savants et des prêtres des idoles, avec lesquels elle aimait à s'entretenir de sujets scientifiques et religieux.

Convaincue de l'absurdité des croyances païennes, particulièrement en ce qui touche la pluralité des dieux, elle soupirait après la vérité sans la connaître. Ayant appris qu'il y avait à Trichinopoly un gourou qui faisait profession d'enseigner le vrai Dieu et la vraie manière de l'honorer, elle lui écrivit aussitôt, le priant de lui

MIRACLES DE GRACE

envoyer un de ses disciples pour l'instruire. Le missionnaire crut devoir éprouver sa constance, et ne répondit rien. Une seconde, une troisième lettre suivirent, qui témoignaient d'un désir de plus en plus ardent, de connaître la vérité. Ses vœux furent enfin exaucés; le Père lui envoya son catéchiste qu'elle reçut comme un messager du Ciel. Les vérités de la Religion pénétrèrent dans cette âme préparée par la grâce comme une pluie bienfaisante pénètre une terre altérée. Le baptême, qu'elle reçut bientôt, vint mettre le comble à son bonheur.

Dès ce moment Sandaï commença une vie nouvelle. Elle brûla tous ses livres qui traitaient du paganisme, et renonça à paraître dans un monde où son esprit et ses grâces lui avaient acquis une célébrité qu'elle ne pouvait assez déplorer. Rien ne put ébranler sa constance, ni les prêtres des idoles qui voulurent en vain reprendre sur elle leur ancienne influence, ni son mari qu'ils avaient indisposé contre elle, ni les savants indiens qui essayèrent d'entrer en contestation avec elle, mais qu'elle couvrit d'une telle confusion dès la première dispute, qu'ils n'osèrent plus paraître en sa présence. Son palais, qui n'avait vu longtemps que les divertissements et les fêtes mondaines, devint le lieu du recueillement et de la prière. La conversion de cette illustre néophyte fut suivie de celle de la plupart de ses parents et de ses serviteurs. Devenue le modèle des chrétiens par sa piété, elle fut de plus leur protectrice par son influence.

Le trait suivant , que rapporte le même P. de Proenza, n'est-il pas encore plus admirable! Un jeune

I j6 PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV.

païen, de la noble caste des Vellages, se lia d'amitié avec un soldat chrétien : celui-ci vint à lui parler de la vraie Religion. A peine eut-il entendu de la bouche de son ami l'exposé plus ou moins imparfait de nos saints Mystères, qu'il sentit un immense désir de devenir chrétien. Le soldat lui dit qu'il trouverait à Maduré ou à Candelour des missionnaires qui achèveraient de l'instruire. Le jeune honyne, en conséquence, se rendit à Maduré ; mais la persécution venait d'en chasser les missionnaires. Nullement découragé par ce contretemps, il résolut aussitôt de se transporter dans l'autre ville que son ami lui avait indiquée. Mais où était cette autre ville? il n'en savait rien. De plus, au lieu de Candelour, il avait ou croyait avoir entendu Pandelour. A tous ceux qu'il rencontrait il demandait où se trouvait Pandelour, dont personne n'avait entendu parler- Finalement il s'adresse à un aventurier qui avait couru un peu tous les pays. En entendant le nom de Pandelour, cet homme se redresse, et étendant son bras vers le nord-ouest : « Voilà, dit-il, ton chemin ; va constamment pendant trois ou quatre semaines dans cette direction ; tu arriveras au pays du Zamorin (Calicut) ; là se trouve Pandelour. Seulement prépare-toi à gravir des montagnes escarpées et à traverser de vastes forêts peuplées de bêtes féroces. »

L'intrépide catéchumène n'hésita pas un instant. Après un long voyage et des fatigues inouïes, il arriva, en effet, dans une ville qui portait le nom de Pandelour ; mais hélas! non seulement il n'y avait pas de missionnaires, mais on n'y avait jamais entendu parler de la religion chrétienne. Frustré dans ses espérances,

MIRACLES DE GRACE

se trouvant sans soutien dans une terre étrangère, il tomba dans un abattement qui dura plusieurs jours. Mais la grâce lui vint en aide ; il sentit tout à coup renaître dans son cœur une nouvelle énergie, résolut de s'abandonner à la Providence, et se remit en route, dirigeant sa course vers l'est. Il arriva sur le territoire de Sattiamangalam. Un soir, s'étant arrêté sous le portique d'une pagode, il y rencontra plusieurs jogues, ou pénitents indiens, qui se disputaient entre eux sur les mérites des diverses sectes auxquelles ils appartenaient; l'un d'eux cependant écoutait en silence, et semblait regarder ses compagnons d'un air de pitié. Ce dernier fixa particulièrement l'attention de notre pèlerin ; l'ayant pris à part, il le pria de lui faire connaître son système religieux. « J'adore, répondit celui-ci, un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre ; sa loi me commande d'éviter tous les péchés et de pratiquer toutes les vertus. » Ce disant, il fît le signe de la croix. Le Vellage, à ce signe, a reconnu la religion du soldat son ami ; il tressaille de joie, fait à ce chrétien le récit de ses aventures, le prie d'être son mentor et de le conduire au lieu où il trouvera la perle précieuse qu'il cherche depuis six mois au prix de tant de fatigues. Il arrive enfin à Candelour. Peu après il recevait la grâce du baptême après laquelle il avait si ardemment soupiré.

Le nom de Gaudence revient souvent dans les lettres des anciens missionnaires ; il fut porté par trois néophytes qui ont tous les trois mérité de grands éloges. Celui dont nous nous proposons de parler fut baptisé par le P. Balthasar da Costa. C'était, dit ce

Père, un jeune homme qui faisait le tourment de sa famille et de tout son village par la dissolution de ses mœurs et la violence de son caractère. Un chrétien eut occasion de lui parler de notre sainte Religion, et Dieu lui inspira un si vif désir de la connaître qu'il se rendit aussitôt à Trichinopoly pour se faire instruire. Mais le missionnaire était absent, et les chrétiens, le voyant arriver avec ses deux femmes, refusèrent même de lui parler. De Trichinopoly il se rendit à Maduré, où il ne fut pas mieux accueilli. Instruit du motif de cette sévérité, il fît aussitôt appeler sa seconde femme, lui remit une somme d'argent et la congédia, en lui donnant le titre de sœur. C'est, dit le P. Balthasar, dans les usages du pays, une manière de déclarer la dissolution du mariage. Dès lors les chrétiens l'accueillirent comme un frère, et après l'avoir instruit des vérités de la foi, ils l'adressèrent au P. Balthasar, qui était alors à Carour. Le Père, en le baptisant, lui donna le nom de Gaudence, pour exprimer la joie avec laquelle il recevait cette grâce. Ses parents voyant en lui un homme tout nouveau, émerveillés d'un tel changement, voulurent en savoir la raison. Quatre d'entre eux, convaincus que la vraie Religion seule pouvait opérer de tels prodiges, se rendirent aussitôt auprès du P. Balthasar pour recevoir le baptême ; douze autres imitèrent bientôt leur exemple. Ce fut dans le village un ébranlement général ; 120 personnes se rangèrent au nombre des catéchumènes.

Le brave Gaudence vécut seize ans encore, et mérita d'être appelé le Tobie du Maduré, à cause de son zèle à ensevelir les morts. Sa foi paraissait surtout quand il

MIRACLES DE GRACE

allait confier à la terre le corps de quelque enfant chrétien. Il l'ornait de son mieux, le couronnait de fleurs, se chargeait ensuite lui-même de ce pieux fardeau qu'il portait en triomphe à travers les rues les plus fréquentées, tandis qu'une foule de chrétiens, formant un cortège à sa suite, chantaient des cantiques, et faisaient retentir les airs de leurs instruments de musique. Aux païens qui demandaient avec étonnement la raison de cette pompe et de ces chants de joie, notre Tobie répondait : « C'est ainsi que nous ornons ceux qui vont au céleste Banquet. »

Il était comme le père de tous les néophytes ; il les recevait chez lui lorsqu'ils arrivaient des environs pour se confesser, et les disposait à recevoir le Sacrement. Durant les persécutions, il allait visiter les chrétiens dans leurs villages, pour les animer et les encourager. Tous les ans, il préparait un festin à ses nombreux filleuls, qu'il appelait ses fils spirituels, et il faisait suivre le repas d'une chaleureuse exhortation. L'arrivée d'un nouveau missionnaire lui faisait verser des larmes de joie. Il priait sans cesse pour la conversion des idolâtres, et se dévouait lui-même à cette œuvre avec le zèle d'un apôtre. Imitateur de Tobie par sa charité, il le fut encore de Job par la patience avec laquelle il supporta la maladie, la perte de ses biens et celle de ses enfants. Il mourut en 1660, chargé de mérites et revêtu de la robe d'innocence qu'il avait reçue au baptême.

II. Aux miracles de grâce que nous venons de raconter s'ajoutèrent souvent des miracles proprement dits, les néophytes étant d'ordinaire les intruments

l8o PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV.

dont il plut à Dieu de se servir pour les opérer. Ici encore nous nous bornerons à quelques faits. Le suivant est rapporté par le Bienheureux de Britto.

Dans un village nommé Sattipady, trois enfants, surpris par un orage en pleine campagne, s'étaient réfugiés sous un grand arbre. Soudain la foudre éclate, et tous les trois sont frappés à mort. Deux de ces enfants étaient païens; leurs cadavres furent brûlés selon la coutume. Le troisième, âgé de treize ans, était le fils d'une fervente néophyte qui lui avait donné le nom de Xavier. Au moment où on allait déposer son corps dans la tombe, cette femme, animée d'une sainte confiance, tombe à genoux : « Glorieux saint François- Xavier, s'écrie-t-elle, vous savez que je vous ai choisi pour mon protecteur ; montrez aujourd'hui votre puissance ; vengez-moi des reproches de mes parents encore idolâtres, qui imputent à ma conversion la mort malheureuse de mon enfant ; cet enfant portait votre nom ; pour la gloire de Dieu et de sa sainte loi, rendez-lui la vie. »Sa prière à peine achevée, l'enfant se lève plein de vie et de santé ; l'heureuse mère le mène aussitôt à l'église, où une multitude de païens et de chrétiens les accompagnent pour rendre grâce à Dieu.

Voici un autre fait du même genre.

Une femme des environs de Nandavanam, nommée Tevasinegam, ou Charité, tomba gravement malade, reçut les derniers sacrements, et cessa bientôt de donner signe de vie. Des fers brûlants appliqués sur son corps la laissaient parfaitement insensible. Elle fut tenue pour morte, et sa famille désolée prépara ses funérailles. Tandis qu'on vaquait à ces préparatifs,

Page 1