RÉSURRECTIONS
celle qu'on croyait trépassée ouvré les yeux, lève les bras vers le ciel, fait le signe de la croix avec un profond respect, croise ensuite les mains sur sa poitrine, et reste comme en contemplation. Les témoins de cette scène étaient muets d'étonnement. A l'étonnement succéda une religieuse terreur lorsqu'on la vit, après quelques minutes, incliner la tête, comme si elle faisait la révérence à une personne respectable, faire encore le signe de la croix et se lever pleine de santé. Les assistants veulent d'abord prendre la fuite ; mais elle les rappelle et les rassure. — € Où étiez-vous, lui demandent-ils, quand on vous appliquait les cautères et le feu? — Où j'étais, répondit-elle, il me serait difficile de le dire : tout ce que je sais, c'est que je me suis vue entourée de lumière ; j'ai vu la Mère de Dieu accompagnée d'un chœur de vierges et de mon ange gardien. J'aurais bien voulu rester avec elle. — Non, m'a-t-elle dit, il n'est pas encore temps. — J'ai incliné la tête en signe d'acquiescement à la volonté divine. Marie a disparu alors, et je me suis trouvée rendue à la vie. » Tous les parents attestèrent ce fait au P. d'Almeida qui le raconte, et la miraculée elle-même en confirma devant lui toutes les circonstances.
Le P. Balthasar da Costa rapporte un autre fait encore plus extraordinaire ; nous ie laisserons parler lui-même.
« J'étais allé administrer un chrétien à Zakacoury, village situé à l'ouest de Trichinopoly. Quand je quittai le malade, il était à l'extrémité ; il mourut peu après en donnant des marques d'une vive contrition. Au moment où on allait prendre le corps pour lui donner
la sépulture, quel n'est pas l'étonnement général ! le mort se lève comme s'il se réveillait d'un profond sommeil, et regardant les assistants : « A mon dernier soupir, leur dit-il, j'ai été conduit au tribunal suprême; Jésus-Christ, me montrant un visage irrité, m'a condamné à l'enfer pour n'avoir pas déclaré en confession une haine secrète que j'ai longtemps nourrie contre quelqu'un. Mais, au même instant, la sainte Vierge a bien voulu intercéder en ma faveur et m'a obtenu le temps de faire une bonne confession. » Il demande donc qu'on lui appelle son confesseur. On lui offrit à manger, et il mangea, en effet, de très bon appétit, lui qui depuis plusieurs jours n'avait pu prendre la moindre nourriture.
« La mère du ressuscité vint aussitôt me rendre compte de ce qui était arrivé et me conjura d'aller absoudre son fils. Sachant combien les Indiens sont portés à l'exagération dans leurs récits, surtout quand il y entre du merveilleux, je ne crus pas pouvoir ajouter foi à la narration de cette femme ; j'envoyai cependant sur les lieux un catéchiste sage et instruit. Il prit les plus scrupuleuses informations et, à son retour, il me confirma l'exacte vérité de ce qui m'avait été dit, ajoutant que le bruit s'en était répandu dans tous les environs, et que les païens accouraient de toutes parts pour contempler ce prodige.
« Après avoir pris ces précautions, je me rends moimême sur place. J'interroge le jeune homme; il me répète tout ce qui m'a été raconté. J'entends sa confession ; je lui donne l'absolution et le laisse comblé de joie. Quelque temps après mon départ il expire