POUVOIRS SUR LES DÉMONS
cher le possédé et de le lui amener; le Père y consentit. L'enfant court au village païen qui était à trois milles d'Aour, entre dans la maison de l'énergumène, tandis que la terreur retient au dehors ceux qui l'accompagnent, fait le signe de la croix, s'approche de ce furieux qui reste immobile, lui passe son chapelet au cou, le tire au milieu de la rue comme il aurait tiré un agneau, le mène ainsi pendant une heure, au grand étonnement des païens que la peur tient encore à distance, jusqu'au village d'Aour, où il remet son prisonnier entre les mains du P. Bouchet pour être exorcisé.
Le fait suivant est raconté dans une lettre du P. Proenza au P. Paul Oliva, Général de la Compagnie de Jésus.
Les habitants d'un certain village étaient presque tous païens, et, de plus, adonnés à la magie qu'ils exploitaient à qui mieux mieux, dans le but de se nuire mutuellement. Un de ces magiciens, à la suite d'une querelle qu'il eut avec son voisin, jeta un sort sur le fils de ce dernier, un garçon d'une vingtaine d'années. Aussitôt le démon s'empara de ce jeune homme, l'enleva dans les airs et le laissa tomber dans un champ à une distance considérable. Attirés par ses cris, quelques païens accoururent et, touchés de compassion, voulurent le transporter au village le plus proche pour lui donner des soins. Mais ils eurent beau unir leurs efforts, ils ne purent jamais soulever son corps. Persuadés qu'il n'y avait que les chrétiens qui pussent se tirer d'affaire dans un cas semblable, ils appelèrent quelques néophytes. Ceux-ci arrivent, font d'abord une prière, soulèvent ensuite et portent sans difficulté le
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pauvre jeune homme à leur église, où il fut instruit et reçut le baptême.
Mais l'esprit infernal trouva moyen de se venger sur les autres habitants du village. C'étaient, toutes les nuits, des apparitions effrayantes, des secousses soudaines, des craquements de toiture, comme si les édifices étaient sur le point de crouler. Les païens d'implorer alors le secours des chrétiens. Chaque famille voulut avoir un néophyte dans sa maison pendant la nuit, et l'on remarqua que celles qui obtenaient cette faveur étaient épargnées, tandis que le malin esprit se dédommageait sur les autres en redoublant ses vexations. Ces faits, souvent répétés, ouvrirent enfin les yeux à ces malheureux esclaves de Satan. Ils brisèrent leurs idoles, renoncèrent à leurs pratiques diaboliques, se firent instruire dans la foi et reçurent le baptême. « Ce village, ajoute le P. de Proenza, qui était un des boulevards de l'enfer, est aujourd'hui tout entier consacré à Notre-Seigneur, et trouve dans les bénédictions du Ciel la récompense de sa piété et de sa ferveur. »
Quelques années auparavant, le même Père écrivait au P. Gosvin Nickel, autre Général de la Compagnie, le trait que nous allons rapporter.
Dans la chrétienté de Tanjaour vivait une femme depuis longtemps tourmentée par le démon. Après avoir dépensé toute sa fortune à payer les magiciens qu'elle avait appelés à son secours, sans obtenir le moindre soulagement, elle résolut d'essayer delà vertu de l'Évangile, et vint se ranger parmi les catéchumènes.
Mais cette démarche, qui d'ordinaire suffisait pour