‹ Le MaduréChapitre 7 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

front les usages du pays, mais de s'y conformer sur divers points. Il y a certains aliments dont il doit s'abstenir, certains services qu'il ne peut recevoir de certaines personnes, etc. S'il agissait autrement, il s'aliénerait ceux dont il est venu sauver les âmes. Quant à la connaissance des livres que les Indiens appellent sacrés, connaissance dont le P. de Nobili faisait si grand cas, elle est peut-être aussi nécessaire, aujourd'hui encore, au missionnaire qui voudrait entreprendre la conversion des hautes castes et, en général, de la classe instruite, qu'elle l'était du temps du P. de Nobili.

Il y avait plus d'un an que l'illustre missionnaire travaillait sans autre assistance que celle des catéchistes qu'il avait formés lui-même. Cependant le nombre de ses néophytes augmentait de plus en plus, et bientôt il ne put suffire à la tâche. Déjà dans cette lettre du 24 déc. 1608, dont nous avons parlé, il écrivait : « Les néophytes se montrent pleins de zèle pour la conversion de leurs parents. Ceux qu'ils m'amènent sont très bien disposés. Je m'efforce de les instruire peu à peu ; maisjenepuis suffire à tant de travaux. Les familles des chrétiens, comme celles des catéchumènes, sont très nombreuses ; de plus, je vois arriver chaque jour de nouveaux personnages distingués par leur position sociale. Je n'ai pas un instant de repos ni le jour, ni la nuit, et je crains de ne pouvoir pas résister à tant de fatigues. »

Dans une lettre du 22 avril 1609, adressée au P. Laertio, il donne le détail de ses occupations. Ce sont i° les exercices ordinaires de la vie religieuse qu'il

L APOSTOLAT DU P. DE NOBILI

accomplit avec une scrupuleuse fidélité ; 20 la composition d'un grand catéchisme spécialement adapté au génie et aux besoins des Indiens ; 30 l'étude du sanscrit, du badage et des Védas ; 40 quatre instructions qu'il fait chaque jour aux néophytes ou aux catéchumènes ; 50 les audiences à des personnes dont il lui importe de gagner ou de cultiver l'amitié, ou que le désir de s'instruire, ou la simple curiosité amène. La lettre continue ainsi : « J'avoue que ces fatigues sont audessus de mes forces ; et, bien que je me sente soutenu par un secours divin, je crois nécessaire que Votre Révérence me soulage au plus tôt. Qu'elle daigne donc m'envoyer un compagnon pour m'aider et me consoler. »

Dans le but de hâter l'arrivée de ce compagnon désiré, le P. de Nobili fit partir pour Cochin, où résidait le P. Provincial, deux de ses néophytes, âgés, l'un de 25, l'autre de 18 ans. « Ne craignez pas, disait le P. de Nobili dans la lettre où il annonçait leur départ, qu'ils se scandalisent en trouvant, au collège ou dans la ville, une manière de vivre, de manger, de se vêtir différente de la leur ; ils sont pleinement instruits sur toutes ces choses ; ils savent que malgré la différence ou l'opposition de nos usages, nous servons tous le même Dieu et pratiquons la même loi, que sur ce point l'accord est parfait. » Ces paroles méritent qu'on les remarque ; elles montrent quel soin le P. de Nobili prenait d'inculquer à ses néophytes que, devant Dieu, les différences de castes, les distinctions de rang ne sont rien ; qu'ils devaient regarder comme leurs frères en Jésus-Christ tous ceux qui avaient été régénérés

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