‹ Le MaduréChapitre 8 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

par le baptême, quelles que fussent d'ailleurs leurs races ou leurs conditions. Il était donc immérité le reproche qu'on devait adresser au P. de Nobili, d'avoir laissé croire à ses néophytes qu'ils formaient une sorte d'humanité à part, qu'ils devaientou pouvaientmépriser les chrétiens d'un rang inférieur, ou dont les coutumes étaient en opposition avec les leurs. Rien n'était moins fondé. Le fait que nous venons de citer et d'autres dont nous aurons à parler, montrent que la formation donnée par le P. de Nobili à ceux qui s'appelaient ses disciples, tendait, au contraire, à combler peu à peu l'abîme que le paganisme avait creusé entre les hautes et les basses castes.

Les deux néophytes arrivèrent le ij juin 1609 a Cochin. La grandeur des bâtiments du collège, le bon ordre qui y régnait, la beauté de l'église, la pompe des cérémonies, la multitude et la dévotion des chrétiens les remplirent de joie et d' admiration. A toutes les questions qui leur furent posées soit par les Pères du collège, soit par l'évêque de Cranganore lorsqu'ils lui furent présentés pour recevoir la confirmation, ils répondirent avec une assurance et une exactitude qui firent l'étonnement des assistants. L'évêque qui venait de leur conférer le sacrement, leur ayant fait remarquer que le petit soufflet qu'il leur avait donné, signifiait la disposition où ils devaient être de souffrir les injures et les humiliations; — «et la mort aussi», ajoutèrent les deux confirmés.

La vue de ces néophytes fit une telle impression sur les Pères de Cochin, que nombre d'entre eux sollicitèrent la faveur d'êtres associés au P. Robert. Le choix

l'apostolat du r. de nobili.

du P. Provincial tomba sur le P. Emmanuel Leytan, qui arriva à Maduré le 26 août 1609. Juste un mois après il écrivait au P. Laertio une lettre dont nous extrayons les passages qui suivent.

« Louange et gloire au Seigneur des seigneurs qui a comblé mes vœux ! Vraiment j'ai honte d'avoir si peu fait pour mériter la faveur qui m'a été accordée. Je ne changerais pas ma vie présente contre tout l'or et toutes les pierreries du monde. Ne sachant comment répondre à tant de grâces, je me console en offrant tous les jours à mon aimable Maître et mon cœur, et mon âme, et toute ma vie. »

Il raconte sa première entrevue avec le P. de Nobili. « De l'église, où j'étais allé d'abord rendre grâce à Dieu, je fus conduit au lieu où m'attendait le P. Robert. La réception se fit avec les cérémonies prescrites par l'usage lorsqu'un gourou reçoit une personne en qualité de disciple. Le Père était gravement assis sur une estrade recouverte d'un drap rouge. Je le saluai par une profonde révérence qu'il reçut avec la plus grande solennité. Puis, ordonnant à tous les spectateurs de se retirer, il fit fermer la porte. Alors mettant de côté le cérémonial voulu par l'étiquette, il m'embrassa avec des transports d'allégresse. Quant à moi, je ne savais ni où j'étais, ni ce que je faisais ; j'étais ivre de joie et de consolation. »

Cette joie devait bientôt être assaisonnée de sacrifice ; écoutons la suite du récit : « Après quelques instants donnés aux épanchements de la charité fraternelle, le P. Robert me dit que c'était l'heure du souper. Ses disciples vinrent faire les préparatifs du repas ; ce

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