‹ Le MaduréChapitre 71 sur 172 · LES GRANDES ÉPREUVES · texte numérisé non relu

LES GRANDES ÉPREUVES

Mais Dieu aura pitié de cette église désolée ; au jour marqué par sa providence il lui enverra de nouveaux apôtres. S'il permet que la mission de Maduré descende, en quelque sorte, dans la tombe, c'est parce qu'il lui réserve un jour de résurrection.

Avant de raconter les événements auxquels nous venons de faire allusion, il est nécessaire de jeter un regard en arrière. Le lecteur se rappelle l'opposition que rencontra, dès le principe, le système d'évangélisation du P. de Nobili, et cette bulle de Grégoire XV qui l'autorisait, jusqu'à nouvelle décision du Saint-Siège, à poursuivre son œuvre. Pleinement rassurés par cette sentence du Chef de l'Église, les missionnaires du Maduré, et plus tard ceux du Carnate, tout en se conformant aux prescriptions de la Bulle grégorienne en ce qui regardait le Kondoumi, le cordon bramanique, l'usage du sandal et des ablutions, continuaient à suivre, sur d'autres points, la marche tracée par le P. de Nobili. Dans le but non pas précisément d'aplanir aux Indiens la voie du salut, mais d oter certains obstacles qu'ils jugeaient insurmontables, ils tolérèrent quelques-uns de leurs usages, s'entourèrent eux-mêmes, dans l'exercice de leur ministère, de certaines précautions. Ainsi, pour citer un ou deux exemples, trouvant chez les Indiens une horreur instinctive de la salive, ils s'abstenaient d'en faire usage dans les cérémonies du baptême. Moins dans l'intérêt de leurs néophytes, auxquels ils ne cessaient d'inculquer la doctrine de saint Paul, — savoir que dans la famille des baptisés « il n'y a ni juif, ni gentil, ni circoncis, etc., mais Jésus-Christ est tout en tous » ; — que dans Tinté-

2o8 PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V.

rêt de leurs catéchumènes et de ceux qu'ils espéraient de ranger parmi leurs catéchumènes, ils évitaient ce qui, au regard de ces derniers, eût été une souillure, comme d'entrer dans les huttes des parias; ils mettaient parfois les ténèbres à profit pour accomplir auprès de ces infortunés certains de leurs ministères. Que leur intention fût très pure et les justifiât pleinement devant Dieu, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Ils agissaient d'ailleurs avec l'approbation formelle de leurs supérieurs immédiats, tant ecclésiastiques que réguliers, et ils pouvaient considérer le silence de l'Église comme une approbation tacite.

L'Eglise, en effet, appelée à juger de leur conduite, l'a trouvée irréprochable ; le fait suivant en est la preuve. Parmi les missionnaires qui usèrent, à l'égard des Indiens, des ménagements dont nous venons de parler, se trouve le glorieux martyr du Marava. Non seulement il en usa, mais il dut même, lorsqu'il fut chargé de gouverner la Mission, les recommandera ses inférieurs et veiller à ce qu'ils en fissent usage. Or, lorsqu'il fut question d'introduire la cause de béatification de Jean de Britto, le Promoteur de la foi (vulgairement X Avocat du diable) ne manqua pas d'objecter que le Martyr avait toléré des coutumes réprouvées par l'Eglise. Mais l'objection fut aussitôt écartée ; il fut reconnu que le Bienheureux avait simplement usé de son droit, et rempli son devoir.

Que l'Église ait finalement condamné ce qui avait été longtemps toléré, à cela rien d'étonnant ; de pareils faits ne sont pas rares dans son histoire. L'Église condamne aujourd'hui l'esclavage qu'elletoléra pendant

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