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OBÉISSANCE DES MISSIONNAIRES

« Depuis douze ans, nous vivons dans une guerre continuelle avec nos néophytes. C'est une tempête qui secoue et bouleverse toutes nos chrétientés. C'est aux missionnaires qu'ils s'en prennent ; ils les accusent d'avoir apporté ces Brefs pour les tourmenter. Ils sont soutenus dans leur rébellion par quelques prêtres venus de Goa, lesquels n'admettent pas les Brefs, et proclament partout qu'on peut sans scrupule observer les pratiques qu'ils condamnent (J).

« Qui le croirait ! Tandis qu'ici nous combattons et souffrons l'agonie pour assurer l'entière observation des décrets de Rome, ailleurs on nous dépeint comme rebelles à ces mêmes décrets, comme fauteurs et propagateurs de l'idolâtrie dans les Indes ; et cette calomnie est l'arme la plus puissante dont se servent nos ennemis pour arriver à la destruction de notre Compagnie ! O Dieu de justice ! Tibi, Domine, revelavi catisam meam. »

Les missionnaires avaient beau protester, la calomnie faisait son chemin, et trouvait parfois crédit auprès des personnes les mieux intentionnées. Pour ne citer qu'un exemple, un frère du P. Bouttari, excellent chrétien et grand ami de la Compagnie, croyant de bonne foi que les missionnaires Jésuites refusaient d'obéir aux ordres du Saint-Siège, conçut des craintes sur le salut de ce frère chéri, et lui fit part de ses inquiétudes.

i. Ces prêtres appartenaient à la juridiction de l'archevêque de Goa, qui avait péremptoirement refusé de reconnaître la mission du cardinal de Tournon. Alors, comme de nos jours, le clergé goanais aimait à s'abriter derrière l'autorité du roi de Portugal pour refuser obéissance aux décrets du Saint-Siège. Leur en a-t-on fait un crime? Pas le moins du monde. Il n'y a eu de désobéissance que parmi les Jésuites !

2l6 PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V.

La réponse qu'il reçut est un énergique témoignage de l'obéissance des Pères. « J'ai reçu votre lettre, dans laquelle vous m'exprimez vos doutes sur notre fidélité à observer la dernière Constitution du Souverain Pontife. Je vous réponds que je suis tout prêt à affirmer, et comme Religieux et comme Prêtre, que la dite Constitution s'observe ici avec toute la rigueur possible, et que ceux qui disent le contraire, mentent. »

Un autre témoignage du plus grand poids, c'est la lettre que le P. François Retz, Général de la Compagnie, écrivait, le 10 février 1748, en réponse à une lettre du P. Calaya, Provincial du Malabar.

« J'ai reçu la* lettre de Votre Révérence, datée du 20 août 1746. Je ne puis vous exprimer la joie et la consolation que me cause la nouvelle delà soumission et de la parfaite obéissance avec laquelle tous nos missionnaires ont accueilli le décret du Souverain Pontife, et s'efforcent, malgré tous les obstacles, d'en assurer l'exécution. Rien ne convient mieux aux enfants de la Compagnie, qui s'engagent et se dévouent au Chef de l'Église par un vœu spécial d'obéissance. En récompense d'une résignation si parfaite et d'une si louable promptitude, j'espère que la divine Bonté bénira cette Mission. Oue s'il semblait en être autrement, il faudrait nous abandonner à la divine Providence; pour nous, il nous suffit d'obéir. Recevez donc mes actions de grâces toutes spéciales et pleines d'amour, vous et toute la province, et continuez à les mériter par de nouveaux efforts contre les difficultés que rencontre votre obéissance. »

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