LES MISSIONNAIRES PARIAS
1744. Le Général annonça la chose au supérieur des missionnaires en ces termes :
« J'ai cru devoir recourir à ce parti extrême. Sa Sainteté a approuvé la mesure et l'a insérée dans sa constitution. Votre Révérence veillera à sa pleine exécution. Ce ne sera point un déshonneur pour des hommes apostoliques destinés au salut de tous, et qui doivent chercher leur gloire dans les opprobres de la croix de Jésus-Christ. »
Le Père Général savait que ce langage serait compris. Le P. Laurent Cœurdoux, à qui cette lettre était adressée, écrivait ensuite :
« A la nouvelle que le Saint-Père demandait des missionnaires spéciaux pour les parias, non seulement tous nos Pères sans exception, (ceux qui étaient présents, de vive voix ; les absents, par écrit) se sont offerts pour ce ministère, mais il s'est élevé entre eux une généreuse rivalité, une sublime lutte d'humilité. Nous les avons vus, avec admiration, plaidant chacun leur cause et faisant valoir, l'un son âge, l'autre sa santé, d'autres tel ou tel motif pour obtenir la préférence. »
Le P. d'Origny, compagnon du P. Provincial, et le P. Barbosa, professeur de théologie, s'offrirent des premiers. Parmi ceux qui obtinrent de se consacrer à l'œuvre des parias, nous trouvons le P. Calaya, ancien Provincial, les PP. Jules César Potenza, Ferdinand Pimentel, Jean Alexandri, Laurent Costa, Pierre Lichetta, Douarte, Matchado, etc. Nous aimons à citer l'hymne de louange que leur consacre l'auteur des Lettres aîinuelles de l'année 1 747-
« Allez, fidèles compagnons du Christ ! Marchez par
cette voie royale de la Croix où vous précède votre Maître et votre Modèle! Vous êtes, selon le langage de l'Apôtre, le rebut du monde, la balayure du genre humain ; mais la Compagnie vous regarde comme sa plus belle gloire, cette province (du Malabar) comme son plus bel ornement. Vous êtes isolés, en apparence étrangers à vos Frères et inconnus aux enfants de votre mère ; ils semblent fuir votre présence et refuser vos embrassements. Mais que votre cœur ne se trouble point ; dites-leur, avec saint Paul : vous êtes, vous, grands et honorés ; mais nous sommes, nous, petits et méprisables: vos nobiles.nosautem ignobiles;çX vous leur tirerez les larmes des yeux, et vous les forcerez à envier votre sainte ignominie. »
1 1. Pauvre mission de Maduré ! Avait-elle été assez éprouvée! Et cependant la mesure de ses tribulations était encore loin d'être comble. La violence allait lui arracher ses missionnaires.
Tous les ans, au 31 juillet, l'Eglise récite la prière suivante : « O Dieu, qui voulant accroître et propager la gloire de votre Nom, avez daigné parle moyen du Bienheureux Ignace, pourvoir l'Eglise militante d'un nouveau renfort... » Cette prière, où se trouve exprimée la fin pour laquelle la Compagnie de Jésus a été fondée, explique la haine dont elle n'a jamais cessé d'être l'objet de la part des ennemis de l'Eglise. Cette haine atteignit son paroxysme au milieu du siècle dernier. Son principal instrument fut Dom Sébastien de Carvalho y Melho, plus connu sous le nom de marquis de Pombal. Devenu premier ministre du roi Joseph Ier, il exerça un pouvoir absolu sur ce faible prince, lui