‹ Le MaduréChapitre 76 sur 172 · LA TOUR SAINT-JULIEN · texte numérisé non relu

LA TOUR SAINT-JULIEN

peignit les Jésuites comme les ennemis de sa personne et de son royaume, et finalement lui fit signer un édit qui bannissait les fils de Saint Jgnace de tous les états soumis à sa Majesté-Très-Fidèle. Des lettres scellées furent expédiées dans toutes les colonies portugaises où se trouvaient des Jésuites ; elles devaient être ouvertes partout au même jour, à la même heure ; elles ordonnaient, sous peine de mort, l'immédiate exécution de l'arrêt royal.

L'arrêt fut exécuté à la lettre par le comte d'Ega, vice-roi des Indes. Sans avertissement préalable, sans aucune forme de procès, cent vingt-sept Jésuites furent saisis et enfermés dans les prisons de Goa. Le 2 décembre 1760, on les entassa sur un même navire, sans égard aux réclamations du capitaine, qui affirmait que le vaisseau ne pouvait recevoir plus de 50 personnes. Jetés à fond de cale, séparés entièrement des autres passagers, ne recevant pour nourriture que des biscuits gâtés, pour breuvage qu'une eau corrompue, presque tous furent attaqués du scorbut et vingt-quatre moururent durant la traversée. Le 20 mai 1761, le navire entra dans la rade de Lisbonne, et les survivants prirent possession des cachots que Pombal leur avait préparés. Un des captifs, le P. François Filippi, prisonnier à la Tour Saint-Julien, décrit ainsi ces sombres lieux.

« Vous descendez d'abord dans une galerie souterraine, comme les catacombes de Rome. Deux portes, qui ne s'ouvrent qu'aux geôliers, la font communiquer avec le monde des vivants ; quelques soupiraux, fermés d'un grillage de fer et placés de distance en

Page 1