CHAPITRE V
distance, sont les seuls passages par où arrivent l'air et la lumière. Le long de cet affreux corridor, imaginezvous vingt-neuf cellules plus affreuses encore. Vous entrez dans chacune par une porte qui donne sur la galerie, mais reste toujours fermée sur le prisonnier ; tout l'air et toute la lumière qu'elle reçoit lui viennent de la galerie à travers une fente pratiquée dans la porte. Le mobilier de chaque cellule consiste dans un madrier qui sert de chaise, de table et de lit. L'humidité de ces cachots, où l'eau suinte des murailles, donne naissance à une multitude de vers ou d'insectes dégoûtants qui vous rongent tout vivants. Notre sommeil, quand nous avons pu nous endormir, est troublé par des rats énormes qui circulent sans cesse. Nos vêtements, notre couverture, la planche même qui nous sert de couche, tout tombe en pourriture.
« A peine entrés dans ces cachots, les portes se fermèrent sur nous ; elles furent murées en partie quatre jours après, comme pour nous ôter toute lueur d'espérance. Non contents de tourmenter nos corps, nos bourreaux exerçaient encore leur cruauté sur nos âmes. Non seulement nous étions privés du bonheur de célébrer la sainte Messe, mais on nous avait même arraché nos bréviaires ; et ce ne fut qu'après bien des instances qu'on consentit à nous rendre ce trésor, et à nous prêter tous les jours une lampe pour réciter l'office divin. Tout le reste du temps nous étions plongés dans les ténèbres, si ce n'est qu'à force de rester dans cette obscurité, notre vue avait acquis assez de sensibilité pour distinguer le jour de la nuit.
« Quand je me vis installé, ou plutôt enseveli tout