‹ Le MaduréChapitre 80 sur 172 · LE JÉSUITE ORPHELIN · texte numérisé non relu

LE JÉSUITE ORPHELIN

sur coup par les affligeantes nouvelles qui nous arrivaient de notre Compagnie; tourmentés sans cesse par l'appréhension de nouveaux malheurs, nous portions péniblement le fardeau d'une vie qui était plutôt une mort continuelle. »

Le Bref qui supprimait la Compagnie de Jésus, fut publié à Rome le 16 août 1773 ; ce fut neuf mois après seulement que le P. Lichetta en eut connaissance. Quel fils de saint Ignace ne se sentirait ému jusqu'aux larmes en lisant les lignes suivantes, où il nous peint ses déchirements ?

« C'était le 16 mai 1774. Je me trouvais avec le P. Pavoné ; nous avions célébré ensemble la fête de saint Jean Népomucène, protecteur delà Compagnie, et nous faisions ensemble notre lecture spirituelle dans le livre de nos saintes Règles, lorsque une dépêche vint nous apprendre la destruction totale de la Compagnie. Ce coup de foudre nous atterra. Après un moment de stupeur, je fermai ce livre dont la vue maintenant me déchire le cœur ; et donnant un libre cours à mes larmes et à mes sanglots, je m'abandonnai à une douleur immense que je ne puis décrire. Jamais je n'ai rien éprouvé, jamais je n'éprouverai rien de semblable. Chère Compagnie ! j'aurais donné cent vies pour la sauver. Je ne croyais pas pouvoir survivre à un coup si terrible ; je ne pouvais manger, encore moins dormir. Succombant enfin sous l'accablement de la tristesse et l'épuisement des forces, je tombai dans une sorte d'engourdissement. C'était moins un sommeil qu'un délire, pendant lequel mon imagination se nourrissait encore de sa douleur. A tout

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