‹ Le MaduréChapitre 81 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

moment je me réveillais en sursaut, et ma première pensée était celle-ci : « La Compagnie n'est plus ! Je ne suis plus Jésuite ! C'était comme un glaive qui me transperçait le cœur. »

Orphelins de leur mère, les quelques missionnaires qui restaient encore, se sentaient inclinés vers une solitude où ils auraient attendu en paix l'heure de la délivrance. Mais personne ne s'offrait pour les remplacer, et des milliers de chrétiens les adjuraient de ne pas les abandonner. Ils restèrent donc à leur poste, et se trouvèrent, à raison de leur petit nombre, accablés de travail.

« De tous les Jésuites, dit encore le P. Lichetta, qui dépendaient des provinces du Malabar et de Goa, nous ne restons plus que vingt-et-un, savoir : huit sur les côtes de la Pêcherie et du Travancore, huit dans le Maduré, deux dans la mission de Raichour et trois dans la mission du Maïssour. »

Ce sont les missionnaires du Maduré qui nous intéressent tout particulièrement ; sur huit, le P. Lichetta n'en nomme que deux : l'un était le P. Jules-César Potenza, missionnaire des parias, dont nous avons déjà fait mention. Agé de près de 70 ans, tourmenté par un asthme et d'autres graves infirmités, il portait encore le poids du jour et de la chaleur. L'autre était le P. Xavier d'Andréa, le plus jeune de tous les missionnaires et le dernier arrivé d'Europe. On raconte de lui qu'étant tombé malade à Naples, lorsqu'il était aux prises avec la mort, saint François-Xavier lui apparut et le guérit subitement. Cette faveur lui fut un signe que Dieu l'appelait à marcher sur les traces de son

LES DERNIERS MISSIONNAIRES

illustre patron en travaillant, comme lui, à la conversion des Indiens. Il arriva dans l'Inde en 1757 et fut d'abord attaché à la mission du Maïssour. Atteint, après trois ans de travaux, d'une maladie de poitrine qui fit craindre pour sa vie, il fut transféré dans la mission de Maduré. Sa santé se rétablit si bien qu'il put supporter près de soixante ans encore les fatigues de la vie de missionnaire. Plus heureux que ses Frères, il devait, comme nous le verrons, assister à la résurrection delà Compagnie.

Parmi les six autres ouvriers qui, d'après le témoignage du P. Lichetta, continuèrent d'évangéliser le Maduré, nous ne connaissons que le P. Tomassini.

Le P. Clément Tomassini administrait la grande chrétienté d'Aour, lorsque fut promulgué le Bref Omnium sollicitudinum du Pape Benoît XIV. Chargé de faire exécuter le décret pontifical, le P. Clément dut prendre sur lui-même tout l'odieux de cette mesure. L'effet produit sur les chrétiens ne saurait se décrire ; ce fut une véritable explosion de murmures d'abord, puis d'invectives, une sorte de révolte générale contre le pauvre missionnaire. Le Père ne vit d'autre moyen d'apaiser cette tempête, que de se dévouer lui-même en subissant le sort de Jonas. Il demanda donc son changement à ses Supérieurs. Ceux-ci, jugeant que la position où il s'était mis par pure obéissance n'était plus tenable, appelèrent à Aour le P. J.-B. Bouttari et envoyèrent le P. Tomassini le remplacer à Vadakenkoulam. Nous avons dit le succès que le premier obtint dans son nouveau poste. De son côté, le P. Tomassini conquit bien vite l'affection des chrétiens de Vadaken-

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