CHAPITRE I
ciers anglais ne reconnaissaient d'autre autorité que celle de la Compagnie des Indes, d'autres rebelles que ceux qui se révoltaient contre cette autorité. Le résultat de la tentative de Maduré était là pour apprendre à nos Pères qu'ils ne pouvaient fonder aucune espérance sur les représentants du gouvernement.
Les restaurateurs de la Nouvelle Mission mesurèrent, dès le principe, l'étendue des trois obstacles que nous avons signalés : le protestantisme et ses inépuisables ressources ; le schisme et son entêtement ; la condition des chrétiens et les difficultés qu'elle créait aux envoyés du Saint-Père. Leur confiance n'en fut pas ébranlée. Dans l'impossibilité où ils étaient d'occuper les anciennes églises, ils formèrent le dessein d'en bâtir de nouvelles, et d'y réunir les chrétiens qui les reconnaissaient comme les vrais envoyés de Dieu. Il est temps de les montrer à l'œuvre.
Au mois de juin 1838, les PP. Bertrand et Garnier se séparèrent ; celui-ci revint à Trichinopoly ; le premier resta dans le Marava.Dans le Sud, le P. Martin rayonnait autour de Tuticorin, sa principale résidence; le P. du Ranquet, autour de Palamcottah. La petite armée avait pris ses positions ; elle était prête pour combattre le bon combat.
A Trichinopoly le P. Garnier voulut tenter de ramener du schisme les prêtres goanais ; ses efforts n'eurent aucun succès. Se voyant exclu de l'ancienne église construite autrefois par un missionnaire jésuite, il élève à la hâte une église provisoire capable de contenir 2,000 personnes; en même temps il jette lesfondements du vaste édifice qui sera plus tard la
LE P. GAKNIER.
cathédrale. Deux mille chrétiens de haute caste et plus de deux mille parias, c'est-à-dire plus de la moitié de la population catholique à cette époque, se déclarent en sa faveur. Le schisme fait jouer contre lui tous les ressorts de la violence et de la mauvaise foi ; c'est une guerre toujours renaissante, de tracasseries, de fausses imputations, de procès. « Vous dire, écrivait le Père, ce que font ces prêtres schismatiques pour me décrier, séduire mes chrétiens, me tendre des pièges, me compromettre auprès des Anglais, c'est impossible. » Le Père avait beau recommander aux siens de ne répondre à aucune provocation ; parfois les deux partis en venaient aux mains ; alors c'étaient de vraies batailles, où la police devait intervenir. Dans une circonstance, les représentants de l'autorité furent mal reçus par les catholiques exaspérés, et le P. Louis eut à répondre de la conduite des siens. Le Père demanda à comparaître devant les autorités militaires, attendu que le lieu de sa résidence était dans les limites du cantonnement. Il était lui-même fils d'un ancien officier et il y avait en lui l'étoffe d'un soldat. Quelques mots lui suffirent pour confondre ses accusateurs. Les officiers anglais le comblèrent des témoignages de leur estime; les soldats irlandais lui vouèrent toutes leurs sympathies. Chaque dimanche ceux-ci se rendaient officiellement en corps à l'église des prêtres goanais ; ils refusèrent d'y aller à l'avenir. Les fils de l'Irlande ne sympathisent guère avec le schisme. Le commandant de la garnison, tout protestant qu'il était, se fit un plaisir de les confier au P. Garnier qui devint ainsi chapelain militaire. En prévision de cet heureux dé-
noûment, il avait appris juste assez d'anglais pour faire honneur à son nouveau titre.
Ouand on s'est mis sous l'influence du mauvais esprit on se porte facilement aux moyens extrêmes ; nous en verrons plus d'un exemple. Quelques schismatiques résolurent de se défaire du P. Garnier. Ils trouvèrent un misérable qui se chargea, pour un peu d'argent, de l'office d'assassin. Il fit ses préparatifs, chercha une occasion favorable et crut l'avoir trouvée; mais au moment où il allait frapper, il reste immobile; puis il s'enfuit. Lorsqu'on lui demanda ce qui l'avait empêché d'accomplir son crime : « Ah ! dit-il, quand j'ai vu cet homme, j'ai cru voir la personne même de Jésus-Christ. »
Un peu au nord de Trichinopoly sont les anciennes chrétientés de Pratacoudy et de Vadouguerpatty. Elles étaient administrées par un prêtre syriaque qui subissait l'influence des prêtres schismatiques. Le P. Garnier, autorisé par Mgr Bonnand,se rend auprès de cet ecclésiastique, lui fait connaître les dispositions du Saint-Siège et le trouve hésitant. Pour stimuler son courage, il convoque les principaux chrétiens qu'il savait être favorables à la bonne cause, et triomphe ainsi de ses hésitations. La partie était à peine gagnée que les deux prêtres schismatiques de Trichinopoly arrivent sur les lieux. La lutte recommence ; le Père s'efforce de convaincre ses nouveaux adversaires; vains efforts. La foule compacte qui les entoure paraît indécise. Que va faire le P. Garnier ? Il se tirera d'affaire par un de ces coups hardis qui lui étaient familiers et qui lui réussissaient toujours. D'une voix de Stentor