LE T. BERTRAND
complètement. Le retour de la santé, la joie de revoir mon bon P. Martin, dissipèrent les idées de poison et les soupçons que j'avais conçus contre mon serviteur. Je passai ainsi trois heureuses semaines. Il fallut cependant revenir à mon poste et me retrouver à Calladitidel, pour un autre rendez-vous que j'avais donné à M. Mehay et à M. Mousset.
« Nous arrivâmes tous les trois le jour fixé. Le soir, pendant notre souper, on nous annonça l'apparition sur les lieux du grand catéchiste du prêtre Borge, le chef de tous les prêtres schismatiques. Celui-ci venait de tenir chez lui une sorte de cour plénière du schisme, pour aviser aux moyens de nous écraser. A cette nouvelle M. Mehay s'écria : « Gare à nous ! cet homme ne nous apporte rien de bon. »
« Le lendemain, de grand matin, je célèbre la sainte Messe, plein de santé; j'assistai ensuite à celle de M. Mehay. Vers l'offertoire, j'éprouve un malaise général ; puis la tête se trouble, les douleurs augmentent. Je sors de l'église. Les chrétiens frappés des traits de mon visage, me demandent ce que j'ai. Je leur réponds : <?Je suis empoisonné. » Les chrétiens se saisissent de mon domestique, le pressent de questions. Il avoue tout : « Le catéchiste schismatique lui a remis une poudre blanche et donné de largent pour l'engager à mettre cette poudre dans l'eau de la messe. »
Tel est le récit du P. Bertrand, que nous n'avons fait qu'abréger, en conservant ses propres paroles. Ce furent donc quatre tentatives d'empoisonnement que» les schismatiques firent sur sa personne. Sa forte
constitution en fut notablement ébranlée; à la suite de la dernière tentative il dut rester douze ou quinze jours couché sur son grabat, entre la vie et la mort. Il savait maintenant à quels ennemis il avait affaire ; il pouvait sonder la profondeur de leur malice.
Voyant que tous leurs essais d'empoisonnement avaient échoué, les schismatiques s'avisèrent d'un autre moyen, qui devait, d'après leurs calculs, forcer le champion de l'unité à abandonner le Marava. Ils commencèrent une guerre de procès.
Le Marava est un pays parsemé de villages chrétiens,ayant chacun leur petite église ou chapelle élevée par la piété des fidèles, et partant leur propriété. Comme la masse des catholiques se rangeait presque partout du côté des missionnaires envoyés par le Saint- Père, sitôt que le P. Bertrand, ou M. Mehay, son compagnon, arrivaient dans un village, les portes de l'église leur étaient ouvertes ; ils s'y arrêtaient, entendaient les confessions, instruisaient le peuple, célébraient les saints Mystères. Mais les schismatiques n'avaient pas oublié le jugement que le magistrat de Maduré avait rendu en leur faveur. Ce qu'ils avaient déjà obtenu, disaient-ils, ils ne pouvaient manquer de l'obtenir encore. Ils eurent recours à l'autorité civile ; ils se donnèrent comme les seuls possesseurs légitimes des églises catholiques ; une fois, deux fois, trois fois, ils obtinrent gain de cause. Ces succès les encourageant, ils résolurent de frapper un grand coup.
Le premier magistrat ou collectetir de Maduré, était celui-là même qui avait dépossédé les PP. Bertrand et Garnier de l'église de cette ville. Les coryphées du