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CHAPITRE XXXI

Des chambres bien éclairées, de bons feux, des figures joyeuses, la musique de voix enjouées, des paroles d'amitié et de bienvenue, des cœurs chauds et des larmes de bonheur, q\:Al changement ehez M. GarlandI Voilà pourtant les délices vers lesquelles le pauvre Kit précipite ses pas. On l'attend, il le sait. U a peur de mourir de joie avant d'être arrivé parmi ceux qui l'aiment.

Toute la journée on l'avait préparé insensiblement à de si bonnes nouvelles. On lui avait dit d'abord qu'il ne devait pas perdre espoir jusqu'au lendemain. Far degrés on lui fit connaîtrn Le Magasin d'antiquités. — n

258 LE MàGAJSÎIÏ D'AljJTÎOUITÉS.

qu6 àeh doutes s'étaicdit élevés, cpn^ allait procéder à ^ane enquête, et que <peut<»ôtr6 après cela il obtiendrait un verdict de libération. Le soir Tenu, on l'avait fait entrer dans xme salle oà plusieurs gentlemen étaient réixBi^. Parmi ceux-ci se trouvait au premier ïang sffa hem. maître qiù s'avança et le prit par la maiû. Kit apprit alors que son î»noceDce était reooBBue, et qu'il étaeît i^ctevoyé de la^lainte. Il ne put distinguer la personne qtd lui parleât, mais il ^ tourna du côté d'où partait la voix, et en essayant ^Ste répondlreil tbmâ)a évanoui.

'On le tàppéla à lui-même; on M «d^ft de se costenir «t de sup*poHer efn homiâe la prospéHté. <}àelqu'un ajouta qu'il devait pënseir à sa pauvre mère. Ah ! c'etalit parce qu'il pensait iant à elle, que cette heureuse nouvelle l'avait anéanti. On l'isntoura, on lui dit que la térîté s'était fait jour; que partout, en vilte comme af dehors, la sympathie avait éclaté pour son malàeur. Ce n'hélait pas 1& ce qui le touchait ; sa pensée ïie s'étendait pas au delà de la maison. Barbe avait^Ue eu connaissance de tout ce qui B'étdt passé? Qu'àVait^lle ditt Que M avaît*>on dit? il n'avait pas d'autre parole.

On lui 'fit boire un peu de vin. On lui adi'etea quelques meils affectueux jusqu'à ce qu'il fût remis ; alors il put entendre dis* tinctement efrdmerciersés protecteurs.

Il était libre de partir. M. Garland émît l'avils d'emmener Kit, maintenant qu'il se sentait beaucoup mieux. Les gefntlem^ l'en» tourèrent et lui pressèrent les mains. Il leur exprima toute sa reconnaissance pour l'intérêt qu'ils lui avaient témoigné et pour les bonnes promesses qu'ils lui faisaient ; mais cette fois encore il fut impuissant à parler, et il lui eût été bien difficile de mar* cher s'il ne se fût appuyé sur le bras de son maître.

Gomme on traver^âdt les sombres couloirs, on rencontra quel* ques employés de la prison qui attendaient Kit pour le féliciter dans leur Mde kEugage aor sa mise en liberté. Le lecteur de journal était de ce nombre : mais ses complim^its, «loin^de pat*tir du colbr, avaient quelque chose de morose. 11 semblait eoa* sidérer Kit<;omme un intrus, comme tin intrigant qui,- sous de &UX prétextes, avait obtenu son admission dans la prison et joui d'un privilège auquel il n'avait pas droit

c C'est, pensait-il, un excellent jetine homme ; mais il n'avait pas affaire ici, et le plus tôt qu'il en sortîi^a sera le mieux*, »

La dernière porte se ferma derrière Kit et ses amis* Ha av»aiit

LE MAftASîIf D'ANtIQtJITÉS. 26*

fram^ le ihtir extétiefur oit se trouvaient en plein air, dans la rue dont il s*étaît bî souvent retracé Timage , qu*il avait ei souvent rêvée lorsqu'il était enferma entre ces noires murailles. La rue lui sembla plus large, plus animée qu* autrefois. La nuit était triste, et cependant combien à^es yeux elle parut vive efl; gaiel i>

TTn des gentlemen, en prenant congé de Kît, M glissa de l'argent dans la mmn. Éit ne le compta point : mais à peine eut-on dépassé le tronc destiné aux prisonniers pauvres, que le jeune homme y courut déposer l'argent qu'on venait de lui donner.

M. Garland avait dans une rue voisine une voiture qui l'attendait. Il y fît monter Kit auprès de. lui, et ordonna au cocher de le conduire à la maison. La voiture ne put d*abprd marcher qu'eau pas, précédée^ de torches pour Féclairer, tant le J^otrillard était intense : mais quand on eut franchi la rivière épaisse en arrière les quartiers de la ville proprement dite, on n'eut plus k prendre ces précautions, et Ton alla plus vite. Le galop même semblait trop lent à l'impatient Kit, pressé d'arriver au terme du voyage ; ce ne fut que lorsqu'ils furent près de l'atteindre, qu'il pria le cocher d'aller plus lentement, et, quand !1 verrait la maison, de s'arrêter seulement une miniïte ou deux pour lui laisser le temps de respirer. »

Mais ce n'était pas le moment de s'arrêter. Le vieux gentleman éleva la voix; les chevaux hâtèrent leur pas, franchirent la^ grille du jardin, et une minute après stattionnèrent à la porte. A rintérleur de la maison retentit un grand bruit de voix et de pieds. La porte s'ouvrit. Kit se précipita.... H était dans les hnà de sa mère.

n y avait là aussi l'exceTlente mère de Barbe, qui tenait Ile petit nourrisson dont elle ne s'était pas séparée depuis le trii^ jour où l'on pouvait si peu espérer une telle joie. La pauvre femme 1 Elle versait toutes ses larmes et sanglotait comme ja* mais femme n'a sangloté ; puis il y avait la petite BarbîBii pauvre petite Barbe, toute maigrie et toute pâle, et cependant. si joHe toujours r Mie tremblait comme la feuille et B'appuya^ contre la muraille. B y avait mistress Garland, plus affable et plus bien* veillante que jamais, et qui, dans son émotion, se sentait défaîUar^ et prête à tomber sans que personne songeât à la soutenir; puis M. Abel, qui frottait vivement son nez et voulait embrasser tottt le monde; puis le gentleman qui tournait autour d'eux iom

260 LE MAGASIN D'ANTIQUITES.

sans s'arrêter un momeDt ; enfin il y avait le bon, le cher, Taffectueux petit Jacob, assis tout seul au bas de Tescalier, avec ses mains posées sur ses genoux comme un vieux bonhomme, criant à faire trembler sans que personne s'occupât de lui ; tous et chacun heureux au delà de leurs souhaits et faisant ensemble ou à part mille espèces de folies à la fois.

Même après qu'ils commencèrent à calmer ce fortuné délire, et qu'ils purent ressaisir la parole et le sourire, Barbe, cette douce, gentille et folle petite Barbe, disparut soudainement, et on s'aperçut qu'elle venait de tomber en pâmoison dans le parloir voisin; que de la pâmoison elle était tombée en une attaque de nerfs, et retombée de cette attaque de nerfs en une nouvelle pâmoison; son état était tellement grave, qu'en dépit d'une quantité coâsidérJble de vinaigre et d'eau froide, à peine finit-elle par se sentip^ la fin un peu mieux qu'elle n'était d'abord. Alors la mère de Kit s'approcha demandant à son fils s'il ne voulait pas entrer voir Barbe et lui dire un mot : c Oh! oui, » dit-il, et il entra. Et il dit d'une voix amicale :

€ Barbe I *

Et la mère de Barbé dit à sa fille : c Ce n'est que Kit. »

Et Barbe dit, les yeux fermés tout ce temps : ^ c Ohl vraiment, est-ce bien lui? »

Et la mère de Barbe dit : c Certainement, ma chère ; il n'y à plus rien à craindre à présent. »

Et comme pour donner une preuve de plus qu'il était sain et sauf. Kit lui adressa de nouveau la parole, et alors Barbe tomba dans un nouvel accès d'hilarité suivi d'un nouveau déluge de pleurs, et alors la mère de Barbe et la mère de Kit sanglotèrent dans les bras l'une de l'autre, tout en la grondant d'en faire autant, mais c'était seulement pour lui rendre le plus, tôt possible l'usage de ses sens. En matrones expérimentées, habiles à reconnaître les premiers symptômes propices du retour de Barbe à la santé, elles consolèrent Kit en l'assurant qu'elle c allait bien maintenant, » et le renvoyèrent d'où 11 était venu.

Justement en rentrant dans la chambre voisine, qu'est-ce (ju'il voit? Des carafes pleines de vin et toutes sortes de bonnes choses aussi splendides que si Kit et ses amis étaient des gens de la plus haute volée. Le petit Jacob, avec une incroyable activité, tombait, comme on dit, à pieds joints, sur un baba de ménage; il ne quittait pas des yeux les figues et les oranges

qui devaient suivre, et vous pouvez penser s'il faisait bon usage de son temps. Kit ne fut pas plutôt entré, que le gentleman (jamais il n'y eut gentleman aussi affairé) remplit les verres , quels verres I jusqu'au bord, porta sa santé et lui dit :

c Tant que je vivrai, ions ne manquetez jamais d'un ami. »

M. Garland fit de même, de même mistress Garland, de même M. Abel. Mais ce n'était pas assez de tant d'honneur et de distinction : car le gentleman tira de sa poche une grosse montre d'argent, qui allait bien, à une demi-seconde près, et sur le boîtier de laquelle était gravé le nom de Kit avec des enjolivements tout autour; bref, c'était la montre de Kit, une montre achetée exprès pour lui et qui lui fut offerte séance tenante. Vous pouvez être certain que M. et mistress Garlmd ne purent s'empêcher de donner à entendre qu'ils avaient, eu^, aussi, leur présent en réserve, et que M. Abel dit clairement qu'ft avait également le sien, et que Kit fut le plus heureux des heureux mortels de ce monde.

Mais il y a encore un ami que Kit n'a pas revu, et comme ledit ami, en sa qualité de quadrupède, avec ses souliers ferrés, ne pouvait être convenablement admis dans le cercle de famille, Kit saisit la première occasion favorable pour s'éclipser et se rendre en toute hâte à l'écurie. Au moment même où le jeune homme posait sa main, sur le loquet, le poney le salua du plus bruyant hennissement que puisse faire entendre un poney. Lorsque Kit franchit le seuil de la porte, Whisker cabriola le long de sa demeure où il était en pleine liberté, car il n'eût pais supporté l'injure d'un licou, pour lui souhaiter la bienvenue à sa manière folle; et lorsque Kit se mit à le caresser et lui donner de petites tapes, le poney frotta son nez contre l'habit de Kit, et le caressa plus tendrement que jamais poney n'a ca* 'ressé un homme. Ce fut le bouquet de cette vive et chaleureuse réception, et Kit enlaça de son bras le cou de Whisker pour le presser contre sa poitrine.

Mais expliquez -moi par quel hasard Barbe se trouve à l'écurie. Ah I qu'elle était redeVenue jolie I Je parie qu'elle était allée donner Un coup d'œil à son miroir depuis qu'elle avait repris l'usage de ses sens. Mais enfin comment se fit-il que de tous les endroits du monde ce fut l'écurie qu'elle choisit pour y venir? Yoici l'explication du mystère : depuis que Kit était parti, le poney n'avait voulu recevoir sa nourriture de per^

361 LE MAGASIIf D'ANTIQiriTBS.

senne que de Barbe, et Barbe, tous conspr^Eiies, Be ee dontwnk pas qne Christophe IftA là, et TOoJant s'assurer si toak était eo ordre, l'avait rejoint sans le savoir. Comme elW rougit, la fietite Barber!

Peut-être qfoe Slt avait snftsammeirt oaireasë le jxmey ; peutêtre aussi qu'il j* avait à earesser Bûeux qif U99. pon^^qnô Yiagt poneys. Tout ee que je sais, c'est qu^il laissa anaskèt ffUskec pour Barbe....

c J*espdre que vous ailes mieux, ditril.

— Oui. Beaucoup mieux. Tai peur (et id Barbe» baissa ks yeux et rougit plus eneore), j'ai peur qu« vous M»ni'aûre%tffQQr vée bien ridicule. t

— Pas du tout, dît Kit.

— Jùt\ taol mieuxf » dlit Barbe avee «ne petUeUem^ huai )» phis petite toux possible, qucîl pas plus que ça^ bem.i

Quel discret poney quaad il lui plaisait d'être, disetetl LftveîUt aussi tranquille que s'il était de marbre. Il a l'air ua ]peu lueeur à regarder de c^té; mais ceB.'est pasi neuTsau : il a tauiJKmrs Fair ferceur.

c A peine. Barbe, si Beos avens en le temps dénoua sanrep la main, > dit Kit.

Barbe lui tendit la main. Mais en vérité. elW tieatUait! Bst-elle sotte, oetta Barba, d'avoir peur eoaiaHi «al çuaad on est à la distance d'une longueup da bras,, pourtant 1 U est vrai qu'Hine longueur de bras, ea n^eat pas gvaad'eheea, et puis le bras de Barbe n'était pas bien long, et d'aiUeura, die ne le tenait pas tout droit, mais elle le pliait an pAU. Kit était si près d^elle, quand leurs mains se presftbraot, qa'il put apercevoir une toute petite larme qm^ treiDbiait aneora au bout d*un eiL II était naturel qu'il examinât œla de plu4 pr^, sans en rien dire à Barbe. H était naturel aussi ^e Barbe levât ses yeux sans se douter de cet axamen et rencontrât Isa sioas. Mais était-il aussi naturel qu'en ce moment et sans la amndre préméditation Kit osibras^ Bari»e? Je n'aa laia rîaa; Mil ce que fe sais bien, c'est qu*ii" l'em^^ssa.

c Fi donc ) » s'éoria Barbe.

Mais elle le laissa reoommeneer. Il Feàt mêma embrassée jusqu'à trois fbis si le poney ne se Kit avisé de ruer at de seaouar la tête comme dans un transport subit de fdUe joie. Barbe, effrayée, s^enfuit, mais elle n'alla pas tdut droit là oA S0 trouvaieat

sam^FQ etmUtress N^bbles, de peur qu'elles ^'eussent Tldiée da remarquer comme elle avait les joues, rouges, et de la questipun ue^ là-dessus. lai maligue petite B^rbe l

Q^aAdiles premiers t^causpocts de tput 1q Qiouda^uj*eut passés,, lorsque mt et sa ip^ère, Bairlpe çt s^ mère, avec le petit Jacob et le poupoQ). eurent soapé, sai^ se presser, car i},^ fussent YOlQxxtie^s^ res^tés. ensemble U nuit ej^Uère., M- Cracliei^Ld appela Kit , et 1/9 meoiant à pa^t daxis une saUe pà ^ étaient, ton.t s/^ujl^ il luj. anxiouça» qu'il (lyait à. lui faire une cow;qaT^cajtiQA V^ le. j^jojrpi^endjc^it étrangement. Kit parut si inquiet et. d^ei^At ai p4le ' en entei^idant ces paroles , que le Tieiu; gentleman, s'em$;ife$sai d'ajouter quQ ^e surpjrise serait 4'njie nature agpé^liç , et. U lui de^iimda s^^ serait pjrét, le.l6ixdemaiip. matin p0,i;i^ e^trep^eA"^ dçewiToya,ge,

€; XJiv ^oy^e^ mon^ienjc ?..,.. s'écria, Cit.

r-Oui,. en ma cowpaigiMje et celle de mon, ami qui ?st h oôté^ Peyin.ez-rYous. le motif i^ ce yoyageî >.

Kit. 49yint. pl^s pâle encore et secoua \a tèl^e cQçme^ 9^tX 9e a'en dou.tait pas.

( Obi quQ si, je suis str que touse l^ 4^11902 déjà, lui dit son mattre. Essayes^ >»

Kit murmura quelques, mots yagues etî ii4ntellii£i)?l«^, CepeiPr dant il dit djtstiiji^temenlt : % Illiss Nell 1:^91^. dit trQÎs^ 01^ 9^latre ^is, e:^ chaque fois, il aecouait la téite,. Ç9j9W^ s^'il ef^i ^Oit^^ jouter ; <; Mais o,ox^, c^ «l'est^ pas» ça». %

Mais M. Ga^rland» au lieu de lui dire ; >; Essayer, > pui^&que Kit avait satisfait k sa question, dÂ^ très-sérieuse^^tj qu'4 avait deviné ju^te^

c Le lieu de leur retraite est ex^ÛA d^çcH^yert,, p^ouraiûvit-riL. Tel est le but de no^re voyage, j^

Kit multiplia^ eo^ trembl^n^^ des questioiis comme celles-ci : Où ét£ût le, lie» de \eur i^etraite? Conap^eint Tayait-on décou» ye;ct? Depuis qU9A4t V^ifi^. ^^ étaitrell^ bie^ portai^tQ^? fitait-K elle heureuse ?

< Nous savoAii qu'elle est heuireuse, d^i M. Garland. Bie^ portante, je.... je pei^e qu'elle ne tardera pas à l'être. Elle a ét^ faible et souffrante , à ce qiii'on m'a dit ; mais eUe était mieux ^ d'après le» nouvelles que j'ai se^çues oe matin, et l'on ét^t plein d'espoir. Asseyez-vous , que je vous dise le reste, j

Osant à pain» i^iref,^ Kit obéit ^SQ» msd^ex VL. â^rkud

loi raconta alors qu'il ayait un frère, dont il devait se souTenir d'avoir entendu parler dans la famille et dont le portrait , fait au temps de sa jeunesse , ornait la plus Ëelle pièce de la maison ; que ce frère avait vécu depuis longues années à la campa* gne , auprès d'un vieux desservant son ami d'enfance ; que tout en s'aimant comme doivent s'aimer deux frères , ils ne s'étaient pas revus dans tout ce laps de temps, et n'avaient communiqué entre eux que par des lettres écrites à d'assez longs intervalles ; qu'en attendant toujours l'époque où ils pourraient encore se presser la main, ils laissaient s'écouler le présent, selon l'usage des hommes, et l'avenir devenir lui-môme le passé; que son frère, dont le caractère était très-doux, très-tq^nquille , trèsréservé , comme celui de M. Abel , avait gagné l'afTection des pauvres gens parmi lesquels il vivait et qui vénéraient le vieux bachelier (c'était son sobriquet) et éprouvaient tous les jours les effets de sa charité et de sa bienveillance; qu'il avait fallu bien du temps et des années pour connaître toutes ces petites circonstances, car le vieux bachelier était de ceux dont la bonté fuit le grand jour et qui éprouvent plus de plaisir à découvrir et vanter les vertus des autres qu'à emboucher la trompette pour préconiser les leurs, fussent-elles plus grandes. BI. Qarland ajouta que c'était pour cela que son frère lui parlait rarement de ses amis du village; que cependant deux de ces derniers, une enfant et un vieillard auquel il s'était fortement attaché, lui avaient tellement été au cœur que, dans une lettre datée de ces derniers jours, il s'était étendu sur leur compte, depuis le commencement jusqu'à la fin, et avait donné sur l'histoire de leur vie errante et de leur tendresse mutuelle des détails si touchants, que cette lettre avait fait couler les larmes de toute la famille. A cette lecture , M. Garland avait été amené tout de suite à penser que l'enfant et le vieillard devaient être ces deux infortunés fugitifs qu'on avait tant cherchés , et que le ciel f es avait confiés aux soins de son frère. Il avait en conséquence écrit pour obtenir de nouvelles informations qui ne laissassent subsister aucun doute : le matin môme, la réponse était arrivée; elle avait confirmé les premières conjectures. Telle était la cause du projet de voyage qu'on devait exé(suter dès le lendemain.

€ Cependant, ajouta le vieux gentleman en se levant et posant la main sur l'épaule de Kit, vous devez avoir grand besoin de repos ; car une journée comme celle-ci est faite pour brider

LE MAGASIN D'ANTIQUITES. 265

les forces de rhomme le plus robuste. Bonne nuit , et puisse le ciel donner à notre voyage une heureuse fini >

GHAPITBE XXXn.

Kit ne fit pas le paresseux le lendemain matili. Il sauta à bas du lit avant le joi^r et commença à se préparer pour l'expédition tant désirée. Ag^té à la fois par les événements de la veille et par la nouvelle inattendue qu'il avait reçue le soir, il n'avait guère goûté de sommeil durant les longues heures d'une nuit d'hiver ; des rôves sinistres qui avaient assiégé son chevet l'avaient tellement fatigué , que ce fut pour lui un repos de se trouver debout sur ses pieds. ^

Mais, quand c'eût été le commencement de quelque grand travail, comme ceux d'Hercule, avec Nelly pour but, quand c'eût été le départ pour quelque voyage de longue haleine , à pied même, dans cette saison rigoureuse, condamné à toutes les privations, entouré de tous les genres d'obstacles, menacé de mille peines , de mille fatigues , de mille souffrances ; quand c'eût été l'aurore d'un grand jour d'entreprise laborieuse , capable de mettre à l'épreuve toutes les ressources de sa fermeté , de son courage et de sa patience , qu'on lui laissât voir seulement en perspective lar chance de le terminer heureusement par la satisfaction et le bonheur de Nell , Kit n'aurait pas déployé moins de zèle, il n'aurait pas montré moins d'impatience et d'ardeur.

Il n'y avait pas que lui qui fût éveillé et sur pied. Un quart d'heure après , toute la maison était en mouvement. Chacun était affairé , chacun voulait contribuer pour sa part à hâter les préparatifs. Le gentleman, il est vrai, n^ pouvait guère rien faire par lui-même; mais il exerçait une surveillance générale, et peut-être^ n'y avait-il personne qui se donnât autant de mouvement. Il ne fallut pas longtemps pour arranger les bagages; tout était prêt dès le point du jour. Alors Kit commença à regretter qu'on eût été aussi vite, car la chaise de poste qui avait été louée d'avance ne devait arriver qu'à neuf heures ; et d'ici là , il n'y avait que le déjeuner pour remplir l'attente d'une heure et demie.

26^ Ll MAGASIN D'ANTIQjUITÉS.

Oui, iQais Bavl^e? Il me £au,t pas Toublier. Barbe arait fort à faire; mais tant miâa^, après, tout, Kit poujifait Taider, et c'était bien la manière la plus agréable de tuer le temps. Barbe ne fit aucune objection à cet arrangement; et Kit, poursuivant ridée qui la veille au soir lui était yenue si subitement , commença à se douter que sûrement Barbe Taimait et que sûrement il aimait Barbe.

Barbe , de son côté, s'il taxt Si^. la Yéïîité , comme on doit toujours la dire, Barbe semblait, de toutes les personnes de la maison, ealle qiû s'associait avec le moins de plaisir à tout ce ttou.Yeiaeoiife; Qt Ki,t, dans Texpansion d^ son cœur, lui ayant fait c(Hi9altr% to^t sou r^Yissevront , toute sa ioie ^ Barbe devint eacoFeiplus abattue et pairut voir aveq mQinç de ^lajjsir qu<^ jamais U iio;iiag^ projeté.

c Yqqs i»!ôUii» sa% plutôt, de* r^tpnir au logis, Qltnstopbe,, dil^ JM» te. tp^ )% pito^ ifiswKwt 4^l monde » vqvs u*ête^ pas plutôt de retour au logis , que vous voil^tout conjteutAe partir.

^ Aht^ maiak VQ»ssavw.pftiw:qw? i?ép.Qi^dit. IS^t^Pour ramener miss VelU poi^ la ravoir l So^ig^^ doxv^Ifs et pui$, ^ n^ fait, tant d« plai«r de peas^r que vous, aussi tou% ^ez l^ voir ^fin, Baik«U

Lit ifm» SO»vfi dit paA aj^solument qu^eUe ^'y trouvers^t pas uft grand ylaitis; mais» eUeieqrpfima si paj^faiteiûe^t pa^: uo i^tit movveiotKtt d% ^«^ çf SR'il J ^^^t dans, sou ccsur^ qu^ Kit eu lut tout déoMie^i et «e demandai, §^plQ c/mxQQ U é.tai^, i^ojarquoi élte té99koig]^t ^»% de froideur.

c YojàB vtnm, dilHll eu se. frottaut \n maius, si dU^ ^'a^ pas kl igik&st do«e^, la pli^. jolie ftguve que ^oi^ ayez^ jainaÂs ^/çirçue-, Je suis kisR sûr qac^ ^o«s» le direz, comx^^ çjyov. 4

Barba seeen^a i» nmJ^^. la t^te.

• Qtt'y aet-ii 4ww» BarH? dit ,5iU

«^ RieB , 9 s'éori^^ Barbe,

El Barbe it la ir^oiiie, pas d^ cei^ ULO|i|ies. ({ui eula;d\8«eu^ p;^ une jolie petite. «Açiue quil&t eucore uÛQU^ vgir le xoriAeil de 9^$ lèvres coûleuf de ^erise^

n n*j {k pa3 d'école. 0^ rélèye fa^ise de poropès plus rapides que œtie où Kit avait pvii^ so» premiet giraue eu 4o«uaaxt un baiser à Bartte^ XL compj?it la pensée, de Barbe ;, U sut tout dç suite sa leçon par cœur; B&rb^ était le Uvire; il le lut tout ooanmmMifc oowmA si )«|| pasesi ^ dtMi^t iwpnm^^^

MAGASIN D'ANTIQUITfiS. ^%

c Bavba^ dil EU^ ^uâ n'êtes pas. fich4d contré moi? j (^1 mon Di«ftL boh. Pourcpoi Ha7l^% i^rait-*eIU fâcliée? Quel àffoil airasMlttd'^ce lâdiéei? St i^m^ ^a'Q«^-cQ C|u.e ceU fakkait 9ii*eUe f&t lâcliéa ou i^cuitf Qièi ei^tpQ^ qiû âôs^t 9j(twtiaa 4

c Moi, dit £ît; m<tt nadiureU^MaEit, »

brbe dit fuMe qa s%T«i>t p^A pf^iiff^iipi 9'4^t, bbi D^tureUer meikt.

Kit vépmâT^qoi^iÙA docràt pount^il 1^ w^\ <{a,'«iU9i ^'a^^aît fu'à y p«u«r via pëa.

Certainemeiift oui, eOe tootait Ima y- peivi^ m peu.. ^& ça s^empèche pa» qu'aUft me TOjisrftit pa». pow^^i c c'était, liû im.tordUosiMit. j M« nei coBiiuraftait paft qq» qtM. Ghin)$Aûph« eatiHâait par là. Iftà^kasan, ellst était $&J?e f«'^ i^wli l^esoûi cl'çUe «ft kaut , et eUê étak obligea de laofttofw

c Non , Barbe , dit Kit la letenant diMioesMlxt^ s4p£MNW^9A«8 boas anus. Bafus moft chagrins^ ja m'ai otAié 4ik 90A9«a^ 4 i(oms. J^dttsse été , saut tous, bien pLva nuilliavem 0»ciwp« c|a^ je i^e raiété. >^

B<mté oâo9lo ï qualftibe était joitift Wfe^laàVOugMr fuioflcta son yisaga, to«to> tveoablaBita cûbiida un p«lUt oiMaiU fw m x^ ooquiUo^

« Sur mon honewv >• t(»i9 ils la véiritéi, cjOAti^^m Kit ayec chaleur, mais je ne la dis pas aussi fortement q^)/^ to. ^ijidi'^* Si je désira quo ipoim ayez goi^^e aatM^ctioii à voir bûs^ Nell, c'est soolemoïkt p4tr«s qm ja sar9^ cowiteat si yo^s ^wm ce fQO j'aime* Toilà tout* Qiiauit i^ eUe » Barbe^, je moijo^r^Âs. xqXq» tiars pour luiiendie serrioa; ntaiA ^^ws «a ^riez ants^t 9i, y;QUs la oonnaisaioB oomaa ja la coraaia, j'an sui^ biei^ eûr% ^

Barbe fat toncbée, elle ant tagiet 4e a'ôtr^ »ogçitD^ «^ indifférente.

c ToyaD»^«tt% r^pvit Kit» je laa suia habitué k pailei? d'eUe, à penser à rila abadnment ooouae ai ^la était ia^anue ^m ange. Au BMnant au je m^^prétte à la ratoir, ja q^ ri^ppalla çomoe elle souriait, comme elle était aaatente lorsque j'a^njais, comme elle me tendait la viaiix et disait : < Vailà nsicm ^ieuz Kit \ » on quelque cboaa cixwna ça- Ja pansa au plaisir d« la. voir heureuse, avec des amis autour d'elle, traitée comme ella lia «aérite, comme ella doit l'^tfa. Mai» mai» ja ne ma canaidèra que oomma sa» anoîaa aerat^us, aoMM m g^W^ v4 fk cbé^i an

elle son aimable, bonne et gentille maîtresse, et qui se serait mis au feu pour la servir et qui s'y mettrait encore, oui, encore. D'abord, je n'ai pu m'empôcher de craindre que, si elle revenait avec des amis auprès d'elle , elle n'.ettt oublié ou rougi d'avoir connu un bumble garçon comme moi, et qu'ainsi elle ne me parlât froidement, ce qui m'aurait percé jusqu'au fond du cœur plus que je ne saurais le dire, Barbe. Mais en y songeant de nouveau, j'ai réfléchi que sûrement je lui faisais injure : j'ai donc pris le dessus, espérant bien la trouver telle qu'elle était toujours autrefois. Cette espérance, ce souvenir m'ont animé du désir de lui plaire, et de me montrer à ses yeux tel que je voudrais être toujours comme si j'étais encore à son service. Si je trouve du plaisir à penser tout ça , et la vérité est que j'en éprouve beaucoup, c'est à elle encore que j'en suis redevable; je l'en aime et je l'en honore d'autant plus.. Voilà l'honnête et exacte vérité, chère Barbe; sur ma parole, voilà tout. >

La petite Barbe n'était ni entêtée ni capricieuse; et comme elle se sentit pleine de remords, elle fondit tgut bonnement en larmes. Nous n'avons pas à rechercher où cette conversation eût pu les conduire en se prolongeant : car #n ce moment on entendit les roues de la chaise de poste, puis la sonnette, retentit à la porte du jardin, et aussitôt toute la maison fut en rumeur. Si l'on s'était engourdi un peu, il y eut alors un redoublement de vie et d'énergie. *■ •-.

En même temps que la voiture de voyage, M. Ghukster arriva en fiacre. Il était porteur de certains papiers et de fonds supplémentaires pour le gentleman, à qui il les remit. Ce devoir accompli , M. Ghukster présenta ses devoirs à la famille ; puis se réconfortant par un bon déjeuner qu'il fit debout, en péripatéticien, il assista ave% une indifférence parfaite au chargement ^e la chaise de poste.

c Le snob est de la partie, à ce que je vois, monsieur ? dit-il à M.* Abel Garland. Je croyais que la dernière fois on ne l'avait pas emmené, parce qu'on avait lieu.de craindre que sa présence ne fût pas très-agréable au vieux buffle. ,

— A qui, monsieur ? demanda M. Abel.

— Au vieux gentleman, répondit M. Ghukster un peu interdit.

— Notre client préfère l'emmener, dit sèchement M. Abel. Il n'y a plus de ces précautions-là à prendre avec eux : les liens

de parenté qui existent entre mon père et une personne qui a toute leur confiance, seront une garantie suffisante de la nature a^iicale de cette excursion.

— Ah! pensa M. Ghukster regardant par la fenêtre, tout le monde excepté moi. Un snob passe avant moi 1 à la bonne heure. Il n'a pas pris, à ce qu'il paraît, le billet de banque de ^sinq livres, mais je n'ai pas le moindre doute qu'il ne soit toujours à la veille de quelque chose comme ça. Il y a longtemps que je l'ai dit avant cette affaire. — Tiens I Yoilà une fillette qui est diablement gentille 1 Parole d'honneur, une jolie petite créature I j

C'était Barbe qui était l'objet des remarques flatteuses de M. Ghukster. Pendant qu'elle se tenait près de la voiture prête à partir, ce gentleman sse sentit saisi tout à coup d'un très-vif intérêt pour la fUlette. Il s'en alla en flânant dans un coin du jardin, où il prit position à distance convenable pour jouer de la prunelle.<!omme c'était un vrai Lovelace, la coqueluche du beau sexe, et par conséquent fort au courant de oê^ petits artifices qui vont droit s^m cœur, M. Ghukster prit une pose à effet : il ' appuya une main sur sa hanche, et de l'autre ajusta les boucles flottantes de sa chevelure. G'esfune attitude à la mode dans les cercles élégants, et, pour peu qu'on l'accompagne d'un gracieux sifflement, elle a souvent, comme on sait, un succès immense.

Cependant telle est la différence des mœurs de la ville et de celles de la campagne, que personne' ne prit garde le moins du monde à cette pose engageante; car toutes ces bonnes gens ne songeaient qu'à adresser leurs adieux aux voyageurs, à s'envoyer des baisers avec la main, à agiter leurs mouchoirs, enfin à une foule de pratiques bien moins élégantes et moms distinguées- que la pose de M. Ghukster. Déjà le gentleman et | M. Garland étaient dans la voiture, le postiUon en selle , et Kit, bien enveloppé d'un manteau, bien emmitouflé, était monté sur le siège de derrière. Près de la chaise de poste se tenaient mistress Garland, M. Abel, la mère de Kit et le petit Jacob; à ^quelque distance, la mère de Barbe qui portait le pQupon éveillé. Tous faisaientsigne de la tête et des bras, saluaient ou criaient c Bon voyage 1 » avec toute l'énergie dont ils étaient capables Au bout d'une minute, la voiture fut hors de vue ; M. Chukstf resta seul à son poste. Il avait encore présent aux yeux Ei| debojnt sur son siège, envoyant de la main un adieu à Barbe, l'image de Barbe lui renvoyant le même salut, sous ses yeux

Itii )3hu&6té9r, tShùkster llxcmii&e ^ h<mt^ îarîieam^ âbidcitet, SUT qtii tsiiit de Mies âamefs aYaient laissé ^(»&l)er ]e«¥s i*eg«pè^^ du haut de leur phaéton, le dimanche à la promefOAde ^bM Ikê parcs 1

Mais ÏÏ est hOrs de neutre sujet de i^rftcer CMXune <[!id "A. C3iuks(ter, exaspéré par ce fait moush'ueuit, resta ta qatl^ qvLe temps comme sH avait pris racine dans le sol, 'protestant en loi-mêtne contre K^it, ce prince des pet^des, ceft -empereur dft Mogol et des intrigants, cft comme quoi il rattadia dans sa pensée CÉftte révoltante cîrccmstance à rancien trait dliypocrisie eu schelling. 1S"ous Savons rien de mieux à feitie que de 'suivre les roues qui tournent, et détenir compagnie à nos voyageurs ^hxraiA leur péuîble excursion d'hiver.

. C'était par tme journée fl*un froid aigu ; tm rent violent sou^ fiait ^u visage des voyageurs et blanchissa^ la terre -durcie ea dépoufflaiït les arbres et les haies de la gelëe çtâles%50uVT'aît, ^ qu'à faisait iHui^oyer comme un tom^lon -de poussière. Mais qu'importait àKitlemauvaistempsI Ily aVait même 'dansée veut ({ui arrivait avec des mugissementi^ quelque t^ose de lâm et de raîrsttchissast qtâ eïtt été agréable si le souffle n'avait pa été si foit. tandis qu^il balayait tout but le passage de smt nuage de glace, jetaut i terre les brandies sèches -et les fetdHes Bétries, et les empoii«iift pôle-mile, il sen^lait à ÏLft qu'une sympathie générale régnait d«us la ualaire mt faveur du même but, et que tout y mettait le même intérêt et le même empresse» meut "qu'eux-mêmes. Chaque bouflëe sembMt les peusser ea avant. Croyei-vous que ce ne fdt rien 'que de leur livrer !«*• taille à chaque ptts, te les forcer à Hvrer passage, de les vaincs^ l'une après l'atttre, de les regarder venir, ramassant toutes 'le«Ni forcés et leur furie puur tels assaillir, de leur faiife tête un méhment, le temps de les laisser passer ^en -sifflant, «t idors de ee douuer le plaisir de se retourner pour les voir fuir pair derrièrd, honteux comme des vaincus, d^entendre leur rage expirante dans le lointain, 'frémissant encore au travers des arbres robustes qui se courï)eut devant les derniers efforts de la tempête!

Toute la journée, il neigea sans iiîterruption. la nuît'vffit, brillante et étoilée; mais le vent n'était pas tombé, et lefhnft était des plus vifis. Parfois, vers la fin de ce long relais, Situe pouvait s'empêcher de âouhaiter qu'il Itt un peu ploB chaufl ;

ht ^AAaiàstN lyÀNTiQutT&s. m

mais ^aQ4 on s'asrrètait ^pour changer <de che^aai;, et^'il avait battu la deéiéllti iieiLdttDt quelques nûiwles^ pi^é le postillon, éveillé rantre, ^u'il s^étadt ûoBoxé du sloavement à droite et à gauche jus^u-à oë que les chevatix fvssetnt Attelés, û avait si chaud, que % ïang lui fourmillait nu bout des doigts. Alors il lui semblait qu'avec -un peu moins de Iroid il perdrait là moitié du plaisÉr et <de l'homieuir an. votjragew Là<4essus , il s'élançait gaiement 'stir sa banquette», chaiifla&it aux accords joyeux des ïoti^ qui recommençaieiit k tour'ner; 'ôt, laissant les bons cîtadinis dorrmîr dans leirrs lâts bien chauds, il poursuivait sa colïfsè Iç lottg de îa toute solitaire.

Cependant les deuï 'gefbtiemen qui 'dfcadent 4 r^iQ>téFieur<, fort peu disposés à âoîiifîr,ti^mpaieiiit le temps ipar^aconversatioa. 'Pressés Vnt. et Fautive «de >ki smême ànpatàeûca, leur ^tretien Voulait Souvent suir Tobj^t de leur -expéditioa, «urla manière 'dbtft elle^avatît étéisondiiîte, '^nr l«s espérances et 'les eraintes que leur en inspil*ait le dénotKment. Desipremières., 'ils •en avaôenil^ beaucoup ; des Secondes, peu, peot-^èfere moine aucune», «u defà de bette inquiétude indéfinissable qoi est in8épia:«tble d'ime espérance subitement éveillée et 'd^ume attente ^prolongée.

Bans un inomeïft de repos sprôs une de letn» conversations, et quand déjà 'la moite de la tiuitis'était foulée, terg^s^leman, devenu de plus en plus silencieux et pesœi^ eè ^otoma vers, son cônipagnon et lui dît brusquement :

c Êtes- vous un auditeur patient?

— Comme bîétid'atitrës, je 8iQ]^[>ôi38, répondit «en eoariant M. Garland. Jte puis l'être si ce qti'<m tire racosiAe <m\tntëresse; dsms le cas cotitraite, je puis faire semi^aiit'de l^tr^* P^^urquoi me demandez-vous çà?

-- TAi sur les lèvres un cotti^t Yécit, et je ^fisâM yot» mettre 4out de suite à l'épreuve. C'est 'très-doiirt. »

Et sans attendre une réponse, il appuya sa maôn sur le bras de M. Garland et "s'eïprima ainsi :

c II y avait autrefois derux iFrères qtti s'iômoient tendrement l'un l'autre. îl existait entre leurs âges une <!er4aine disproportion : quelque dou2e ans. Peut-être ét^iit-ceune raison pour ao^ croître leur attachement mutuel. Cependadt , >malgré k^stance qui les séparait, ils devinrent rivauâc de lumne heure. I<a.plus profonde, la plus forte affection de leur» oours «a porta ^sur de môme objet.

*272 LE MAGASm D'AKTIQUITÊS.

c Le plus jeune s'en aperçut le premier , à diverses circonstances qui éveillèrent son attention et sa vigilance. Je ne vous dirai pas quelle douleur il éprouva, à quelle agonie son âme fut en proie, quelle lutte il eut à soutenir contre lui-même. Il avait eu une enfance maladive. Son frère, plein de patience et d'égards au sein de sa belle santé et de sa force, s'était bien souvent sevré des plaisirs qu'il aimait pour rester assis au chevet du malade, lui racontant de vieilles histoires jusqu'à ce que son visage pâle s'illuminât d'un éclat extraordinaire ; ou pour le porter dans ses bras jusqu'à quelque lieu champêtre où il veillait sur le pauvre et triste enfant, pendant qu'il jouissait là d'une brillante journée d'été et du spectacle de la santé, partout dans la nature alentour, excepté en, lui-même; en un mot, pour lui servir de tendre et fidèle garde-malade. Je ne m'étendrai pas sur tout ce qu'il fit pour conquérir l'amour de la pauvre et faible créature ; car mon histoire n'aurait pas de fin. Mais quand ^lirriva le temps de la rivalité , le cœur du plus jeune frère se ^remplit du souvenir de ces jours d'autrefois. Le ciel lui donna la force d'acqffitter, par les sacrifices réfléchis d'une âme déjà mûrie nar les années, les soins donnés par un élan de dévouement juvénile. Il ne troubla point le bonheur de son frère. La vérité ne s'échappa jamais de ses lèvres; il quitta son pays, avec l'espoii; de mourir à l'étranger.

Le f]jgre atné épousa cette femme.... qui depuis longtemps est dans le ciel et légua une fille à son mari.

c Si vous avez vu quelque galerie de portraits d'une ancienne famille, voiîs aurez dû remarquer combien de fois la même physionomie, la même figure, souvent la plus belle et la plus simple de .toutes, se perpétue à vos yeux dans diverses générations, et comme vous pouvez suivre à la trace la même douce jeune fille à travers toute une longue ligne de portraits, ne vieillissant jamais, ne changeant jamais, comme le bon ange/ de la famille, toujours là pour assister les siens à l'heure des épreuves, peutêtre pour les racheter de leurs fautes....

« Dans cette fille revivait la mère. Vous pouvez juger avec quel amour celui qui avait perdu la mère presque en l'obtenant s'attacha à cette enfant, sa vivante image. Elle grandit; elle de- ^nt femme, elle donna son cœur à un htmme qui n'en était pas digQe. Eh bieni son tendre père ne put la voir s'affliger et languir dans la peine. Il se dit que peut-être, après tout, oel

LE MAGASMf D'ANTIQUITÉS. 275

homme qu'il regrettait de lui voir aimer valait mieux qu'il ne paraissait; qu'en tout cas, il ne pourrait manquer de s'améliorer dans la compagnie d'une telle femme. Le pauvre père joignit leurs mains : le mariage s'accomplit.

c Le malheur qui suivit cette union , le froid abandon et les reproches immérités , la pauvreté qui vint fondre sur la maison , les luttes de la vie quotidienne , ces luttes trop mesquines et trop pénibles pour ôtre racontées , mais affreuses à traverser : tout cela, la jeune femme le supporta comme les femmes seules savent Te supporter, dans le dévouement profond de leur cœur, dans l'excellence de leur nature. Ses moyens d'existence étaient épuisés; le père était réduit presque au dénûment par la conduite du gendre ; et chaque jour, c^mme ils vivaient tous sous le même toit, il était témoin des mauvais traitements et du malheur que subissait sa fille. Et cependant elle ne se plaignait point d'autre chose que de n'être point aimée dé son mari. Patiente et soutenue jusqu'au bout par la force de l'affection, elle suivit à trois semaines de distance son mari dans la tombe, léguant aux soins de son père deux orphelins : l'un, un fils de iix ou douze ans; l'autre, une fille, une fille presque encore au berceau, semblable pour sa faiblesse, pour son âge, pour ses formes et ses traits, à ce qu'elle avait été elle-même quand elle avait perdu sa mère jeune encore.

c Le frère aîné, grand-père de ces deux orphelins, était désormais un homme brisé par la douleur; courbé, écrasé déjà, moins par le poids des années q«e sous la main pesante du malheur. Avec les débris de sa fortune il entreprit le commerce des taj[)leaux d'abord, puis des curiosités antiques, n avait toujours eu, dès l'enfance, un goût dominant pour les objets de ce genre; il en avait fait son amusement autrefois, il s'en fit alors une ressource pour se procurer une subsistance pénible et précaire.

c Le fils en grandissant rappelait de plus en plus le caractère et les traits de son père; la fille était tout le portrait de sa mère: aussi quand le vieillard la prenait sur ses genoul et contemplait ses doux yeux bleus, il lui semblait sortir d'un rêve douloureux et revoir sa fille redevenue enfant. Le garçon dépravé ne tarda pas à se dégoûter de la maison et à chercher des compagnon^ qui convinssent mieux à ses goûts. Le vieillard et la petite fille demeurèrent seuls ensemble.

« Ce fut alors, ce fut lorsque l'amour qu'il avait eu pour ces

IB MAGASIN d'antiquités! — U 13

deux mortes qui avaient été Tune après l'autre si chères à son cœur, se fut porté tout entier sur cette petite créatujTâ; lorsque ce visage, qu'il avait constamment devant les yeux, ItS rappelait heure pa^ heure les changements qu'il avait observés d'année en année chez les autres, les souffrances auxquelles il avait assisté et tout ce que sa propre fille avait eu, à supporter; ee fut alors, quand les désordres d'un jeune homme dissipé et endurci achevèrent l'œuvre de ruine que le père avait eommeacée, et sànenèrent plus d'une fois des moments de gène et même de dé-* tresse, ce fut alors que le vieillard commença à se senfiir poursuivi sans cesse par 1^ sinistre image de la pauvreté , du dénùment, qu'il redoutait non pas pour lui, mais pour l'enfant. Qetto idée une fois conçue vint obséder la maison comme un spectre qui la hantait jour et ntt

c Le plus jeune frère avait pendant ce temps^là visité plnsienn contrées étrangères et traversé la vie en pèlerin solitaire. On avait injustement interprété son bannissement volontaire, maia il avait supporté, non sans douleur, les reproches et les jugements précipités pour accomplir le sacrifice qui avait brisé son cœur, et il avait su se tenir dans l'ombre. D'ailleurs, les communications entte lui et son ûrère atné étaient diffidles, incertaines, souvent interrompues ; toutefois elles n^Staient point briséqs, et ce fut avec une profonde tristesse que de lettre en lettre il apprit tout ce que je viens de vous raconter.

c Alors les rêves de la jeunesse, d'une vie heureuse, heàrense, bien que commencée par le chagrin et la souffranee prématuré^, l'assaillirent de nouveau plus fréquemment qu'auparavant : chaque nuit, redevenu enfant dans ses rêves, il se revoyait aip: côtés de son frère. Il mit le plus tôt possible ordre à ses afRsiires, convertit en espèces tout ce qu'il possédait, et avec une fortune suffisante pour deux, le corps tremblant, la main ouverte, le cœur plein d'une émotion délirante, il furriva un soir à la porte de son frère I... >

Le narrateur, dont la voix était devenue défaillante, s'arrêta.

c Je sais le reste, dit M. Garland en lui serrant la main.

— Oui, reprit son ami après un moment de silence, nous pouvons nous épargner le reste. Vous connaisses le triste résultat de toutes mes recherches. Lors même qu'après des poursuites où j'ai mis toute l'activité et la prudence possible, nous apprîmes qu'on les avait vus en compagnie de deoï pauvres

coureurs de foires, et que plus tard nous découvrîmes ces deux hommes; puis le lieu où s'étaient retirés le vieillard et Tenfant, eh bien ! môme alors nous arrivâmes trop tard. Ah I Dieu veuille que cette fois encore iïne soit pas trop tardi

— Non, non, dit Garland; cette fois nous réussirons.

— Déjà je l'ai cru, déjà je Tai espéré; en ce moment je le crois et je Tespère. Mais un poids cruel pèse sur mon esprit , et Ir ' tristesse qui m'obsède résiste à l'espérance et à la raison^

— Gela ne me surprend point, dit M. Q-arland; c'est la consé* quence naturelle des événements que vous venez de retracer ; de ces temps malheureux, de ce voyage pénible, et, par-dessus tout, de cette nuit affreuse. Une nuit affreuse, en vérité f... Entendez-vous comme le vent mugit !... >

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