‹ Le magasin de chaperons;Chapitre 7 sur 21 · LA MERE LOYE, LE PUBLIC · texte numérisé non relu

LA MERE LOYE, LE PUBLIC

(Public entre en faisant des contorsions et en donnant di coups de poings à droite et à gauche. )

Oh! là, là, là, comme je suis pressé.

LA MERE t'oYE,

Que iaites-vous donc , monsieur Public ?

LE PUBLIC

J'entre en foule.

LA MERE L'OYE.1

Voilà mon magasin à la mode.... soyez le bien venu , il a long-temsjjue je vous attendais.

LE PUBLIC

Pour me faire vo;r votre nouvelle manufacture Que

>ulfz-vous ?... Je ne s-ais auquel entendre î

Air : Ah ! que je sens d'impatience.

Chacun me demande , me prie , Tout le monde veut m'aldrer, Ht de tout côté l'on me crie :

Public, chez nous daignez entrer; Pour me fixer sans cesse, On s'agite , on se presse....

L'un cherche à m'cblouir Pour me saisir.

Plus loin une affiche m'arrête , Je lis en mots grands comme çà :

Public, venez -là, On vous servira ; Public, par ici , On sert b en aussi.

Je rerai dupé , Je serai trompé, Dupé! trompé! dupé! trompé....

Pour qui nous prenez -vous? Je suis connu, je suis

>révftë, je suis patenté, je suis Que bais-je? A

roite, c'est le titre d'une pièce qui ni'annonce un chef- 'œuvre; à gauche, ce sont des jeunes modistes qui me >romettent tout ce qu'il y a de plus irais et de plus neuf...

J'arhète ( lis ) , Et je suis attrapé.

LA MERE l'ûYE.

Vous ne courez pas c< tte chance-îà avec moi.

LE PUBLIC

Tout le monde en dit autant.

LA MERE L'ûYE.

' Quand vous connaîtrez le mérite de mes chaperons.

LE PUBLIC

Nous verrons bien .. En général , je n'aime pas ce qu'on

ae vante d'avance .. D'ailleurs, en fait de petits chape-

ons... j'en ai déjà vu sur Us boulevards , qui ne m'ont pas

donné trop bonne opinion de Cfeux que vous pouvez

voir ici.

LA MERE L'OYE

Vous êtes difficile , monsieur Public, et sur- tout pour les œuvres dramatiques).

Air : Vaudeville de l'avare.

D'après mainte nusavanture,

Les auteurs vous craignent beaucoup;

C'est avec raison , je vous jure,

Qu'ils vous ont surnommé le Loup.

A votre dent toujours fatale

Leurs pièces n'échappent jamais.

LE PUBLIC

J'en croque quelques-unes; mais Il en est bien peu que j'avale.

LA MERE l'oYE.1

Et pourtant, malgré votre sévérité, je vous dois de reriiercienv'ns pour l'indulgence avec laquelle vous ave traité quelques-uns de mes enfans... Ma Barbe-Bleue, pa exemple.

LE PUBLIC

Tl n'y a pas de quoi , votre Barbe-Bleue était d'un« jolie couleur, un peu noire.

LA MERE L'OYE

Et ma Cendrillon ?

LE PUBLIC

Elle n'en avait pas.

LA MERE L'OYE

Tenez, monsieur Public, vous êtes bon homme quelques fois, et pour vous intéresser à mon sort , je vais vous taire une confidence...

Ce n'est pas un conte ?

LA MERE L'OYE

Oh! je n'en fa'S plus !... Apprenez que chaque fois qu'un de mes enfans réussit au théàire, je rajeunis à proportion de son mérite.

LE PUBLIC

Je ne m'étonne plus si vous êtes encore si vieille.

LA MERE L'OYE

tC'est qu'il.y a long-teras que je suis au monde.

Air : C'est le meilleur homme du monde.

Je rajeunis de cinquante ans , Quand on me fit la Barbe-hleue ; Je perdis soixante priatems,

Quand pour Peau d"âne l'on fit queue.

Le mérite de Cendrillon Me rendit mon adolescence.

Le mérite du chaperon

Va vous ramener en enfance.

LA MERE LOYE.

J'espère que vous voudrez bien me protéger, monsieur Public; {e ne néglige rien pour vous plaire. Vous voyez comme mon magasin est brillant : j'ai des demoiselles de comptoir qui ont déjà fait parler d'elles ; tout ici est à votte service.

Mais dites-moi, monsieur Public, quel singulier habit avez-youti donc là? il est de toutes les couleurs.

LE PUBLIC

C'est un habit à la mode : il marque les nuances de mes opinions , et en même-leins c'est le répertoire des pièces que j'ai adoptées. A chaque pièce nouvelle, je mets une nouvelle pièce à mon habit.

Air du major Pal mer.

Ces carrés un peu bleuâtres Que vous voyez là. bien bas, Ce sont de petits théâtres, Quelques pièces à combats.

Variant un peu ma mise , J'ai mis de ce côté-là , Au moyen d'une remise, Koxelane et Mustapha.

Ce morceau ; de couleur pâle, Beprésenie l'Homme Gris.

J'ai sur les bras la Vestale Et la Femme à Deux-Maris.

, Là , sous un pli du corsage, J'ai placé l'Amant jaloux ; J'ai mis la Fille Sauvage Sans façon sur mes genoux.

Tous tes morceaux ont leurs rôles, Et tour prés du Fils Banni , Je porte sur mes épaules Le Château de l'ùlutzi.

Comme chose qu'or, révère , J'ai mis sur mon cœur.... ici Les pièces au grand Molière ; Leurs cou Jeu r> n'ont pas pàii.

Page 1