Anastas. Bibliotbec, yi(a Sergii IL
DU POUVOIR TEMPOREL D%S PAPES 7i
Lothaire, qui aocuefllit arao empressement oette proposition, exhorta le pontife à mettre au plus tôt la main à l'ouvre, et envoya une grande quantité d'argent, tant en son nom qu'au nom des rois see frères. Aussitôt que le pape eut reçu la réponse impériale, il assenibla les Romains et les consulta sur l'exécution de son dessein. Toutes lea propriété^ et toutes ]es villes dû duché 4ç Romq durent contri- ][>uer aux frais de cette grande entreprise. Los, monastères fournirent un grand nombre d'ouvriers. Ce travail fut terminé en quatre ans, et le nouveau quartier prit le nom du pontife qui l'avait fai^ })âtir : \[ fut appelé cité Léonine ' .
Dans le même temps, le pape s'occupait aussi à réparer leç mûrs dci Bome, qui étaient en assez mauvais état ; il fit refaire les portes et rebâtir quinze tours; il en fit construire deux nouvelles sur les bordt du Tibre, et fit jeter d'une rive à l'autre des chaînes destiziées à arrêter les barques ennemies. Anastase nous représente le pontife venant partons les temps, tantôt à cheval, tantôt à pied, visiter les trayauii et animer les ouvriers. U rebâtit les villes de Porto et de Centum Cellae ^, dont il fit des lieux d'asile pour les habitants de la Corse qui fuyaient devant les Sarrasins. Léon IV se vit seconder, dans sou œuvre généreuse, par plusieurs villes d'Italie qui n'étaient pas comprises dans ses États. £n 849, quand les Sarrasins osèrent se remontrer aux embouchures du Tibre, les habitants de Naples, de Gaëte et d'Amalfi, qui formaient déjà de petites républiques et n'apparteoaienli plus que de nom à l'empire grec, -vinrent au secours de Rome, II4 réunirent leurs vaisseaux à Ostie, et, sous les auspices du pape qui vint bénir leur dévouement, ils attaquè|:«nt vigoureusQfîiçot la flotte f^urrasine, et la forcèrent k se retirer.
Les peuples que Gharlemagne avaient un instant réunis tendaient de plus en plus à se séparer. A la mort de Lothaire, en 85S, ses États, qui n'étaient qu'un démembrement de l'empire carlovingien, furent ^ux«-mêmes partagés entre ses trois fils. L'ainé garda l'Italie avec le
i. Anastas. Bibliothec, Vita Leonis IV.
2. La uouYelle irille ftat construite sur la montagne, à douze milles de la mer, et fut appelée Leopoîis ; mais plus tard les habitants sont revenus & l'ancienne ville, qu'ils ont nommée pour cette raison CivitOr-Vecekia,
titre d'empereur; le second eut }a Lorraine, et le troisième la Provence. Ce n'était plus, comme disait le diacre de Lyon, que des lam« beaux de royaume :
pro regno, fragmîna regni'.
La papauté sembla d'abord hériter du prestige et de la puissance que l'empire avait perdus. Léon IV avait été un des sauveurs de Rome; Nicolas I" voulut dominer toute la chrétienté. Un chroniqueur contemporain dit qu'il régna sur les rois eux-mêmes, et qu'il les soumit à son autorité comme s'il eût été le maître du monde '• Il écrivait, en véritable précurseur de Grégoire VIT, à l'évêque de Metz, Adventitius, qui avait approuvé le divorce du roi de Lorraine, Lothaire II (863) : « Vous dites que l'apôtre ordonne d'obéir aux rois et aux princes ; mais examinez d'abord si ces rois et ces princes auxquels vous vous dites soumis sont vraiment des rois et des princes. Examinez s'ils gouvernent bien , d'abord eux-mêmes, ensuite leur peuple ; car celui qui ne vaut rien pour lui-même, comment sera-t-il bon pour un autre? Examinez s'ils régnent selon le droit; car autrement il faut les regarder comme des tyrans plutôt que comme des rois, et nous devons nous dresser contre eux au lieu de nous soumettre *. »
En vain l'empereur Louis II essaya de défendre son frère Lothaire et le clergé lorrain; il céda à l'ascendant du pontife, et Nicolas P' triompha des souverains temporels, comme des résistances ecclésiastiques. Mais ses successeurs ne purent conserver cette fière attitude. Après la mort de Lothaire, ses deux oncles, Charles le Chauve et Louis le Germanique, se partagèrent ses États (870) . Le pape Adrien II réclama la Lorraine comme l'héritage légitime de l'empereur Louis, et enjoignit aux deux rois, soùs peine d'excommunication, de renoncer au partage qu'ils avaient fait. L'archevêque de Reims, Hincmar, contesta au pape le droit de disposer des royaumes, et déclara qu'il ne pouvait séparer sa cause de celle de son roi. Sur ces entrefaites, un fils de Charles le Chauve, Carloman, se révolta contre son père. Un autre Hincmar, évêque de Laon et neveu de l'archevêque de Reims,