Acte m, sciène i
on annonça à PauI-Émile que le roi Persée, Taincu et captif, s'approchait de sa tente, il sortit pour aller à sa rencontre, «c les yeux baignés de larmes, dit Plutarque, en songeant à ce roi précipité dans une disgrâce cruelle par la colère des dieux et la jalousie de la fortune. )> Le peuple romain lui-même, c'est-à-diro une foule et par conséquent ce qu'il y a de moins capable de réflexion , mais ce qui a naturellement Tinstinct de la pitié en face des grandes infortunes, le peuple romain lui-même, quand, le jour du triomphe de Paul- Émile, il vit passer les enfants de Persée encore tout jeunes et qui comprenaient à peine leur changement de fortune , fut ému de compassion : a Plus d'un, à leur aspect, dit encoro Plutarque, ne put retenir ses larmes \ d Enfin, dans la Mort de Pompée , Cléopâtre, le personnage en apparence le moins propre à rossentir ces émotions généreuses qu'inspire le malheur d'autrui, Cléopâtre, en apprenant le meurtre de Pompée, s'écrie :
Admirons cependant le destin des grands hommes, Plaignons-les, et par eux jugeons ce que nous sommes.
Ainsi finit Pompée, et peut-être qu'un jour César éprouvera même sort à son tour.
U n'y a donc personne, si ferme ou si frivole qu'il soit, guerrier^ peuple ou coquette, qui ne soit ému à l'aspect de ces grands coups de la fortune. Et pourquoi l'âme de César n'aurait-elle pas été touchée à l'aspect de la tête de Pompée ? Pourquoi n'aurait-il pas pleuré sur tant de grandeur et tant de malheur? Corneille me fait bien croire à l'émotion magnanime d'Auguste maîtrisant sa colère et devenu clément, Auguste, qui avait beaucoup d esprit et peu de cœur : pourquoi ne croirais-je pas aux larmes de César, qui était bon et qui fut toujours clément? Corneille, grâce à Dieu, n'a donc point abaissé César jusqu'à en faire, comme Lucain, un scélérat hypocrite \ il lui a gardé la grandeur de l'âme, qui va si bien avec la grandeur de la puissance. Quand il reçoit Comélie , yaincué et prisonnière , quels respects magnanimes , dignes de celui qui les rend et de celle qui les reçoit! Est-ce encore le César de Lucain? non : c'est César tel que nous sommes habitués à le connaître et à Tadmirer.
i • y te de PaulrÉmile;
Û d'un iUufiU*e épous nobl£ et di^e moitié, dit-il à Cornélie,
Dont le courage étonne et le sort fait pitié I
Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieux Qu'Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux, Oue ce héros si cher, dont le ciel vous sépare, N'eût pas si mal connu la cour d'an roi barbare, Ni mieux aimé tenter une incertaine foi Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi t -»•>« •• *•• •• ••»•.•».
Alors, foulant aux pieds la discorde et l'eaviet Je l'eusse conjuré de se donner la vie, D'oublier ma victoire et d'aimer un rival, Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal. J'eusse alors regagné son âme satisfaite, .Jusqu'à lui faire aux dieux pardonner sa délaite; Il eût fa^t, à sQn tour, en me çendai^t spn cœpr,. . Que Rome eût pardonné la victoire au vainqueur^
Quels beaux vers ! Quelle élévation de sentiments ! Sont-ils sincèrçs ? César croyait -il que Pompée et lui auraient pu vivre réconciliés par la défaite de l'un et la victoire de l'autre? L'orgueil et l'ambition ne souffrent Iguère ces traités où le vaincu doit toujours se résigner et le vainqueur toujours se modérer. Je ne conçois pas plus la concorde de César et de Pompée après Pharsale qu'avant Pharsale ; mais , comme un vœu n'est pas un plan de conduite , il n'est pas tenu d'être toujours possible pour être sincère. Ce vœu , <I*ailIeurs , était celui des poètes et du peuple , deux imaginations du mépie genre, crédules au bien et répugnant à Teipéneace. Yirgile, dans le sixième chant de V Enéide, fait voira Énée les âmes encore Unies et encore sœurs de César et de Pompée :
Concordes animsë nunc et dum uocte premuntur. •
MaiS) si elles viennent janiais à la lumière ,
quantas acies stragemque ciebunt I