‹ Le Magasin de librairieChapitre 106 sur 180 · Id,, t&id · texte numérisé non relu

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Dans le DRAM EL 379

Ne croyons pas œpendant que , dans la GcHméUe de la Mûrt de Pompée^ il n'y ait qu'noe héroïne et point de yeove. L'héroïne domine la TeuTe , mais la yeure soutient L'héroïne , et, pour en étie eonyaincus y demandjiinsHious un instant ce que nous penserione <ia Gornétie» si, tout en restant l'héroïne de son parti , elle manquait à k fidélité de son veuvage, si elle épousait quelqu'un après Pompée, fut-ce un adversaire de César» Nous cûos^o^ns volontiers à ce qu'elle ait la grandeur d'âme que ComàUe aime à prêter aux Romains , à condition qu'elle aura aussi les sentiments qui conviennent à la veuve, et que les grandes vertus ne la dispenseront pas des pelâtes» quoiqu'il me répugne d'appeler petites les vertus qui soutienneal la Êmiille et qui sont la îorœ et l'honneur du foyer domestique. Ne nous y trompons point,, d'ailleurs : Cornélîe emprunte à son veuvage tout ce qui iait sa grandeur. Elle ne poursuit César qu'au nom de Pompée, an nom de son mari. Prèlei-lui d^autres sentiments , foîtes qu'elle soit seulement une hénmie de la guerre civile et qu'elle songe plutôt à la république opprimée qu'à son mari vaincu , aussitôt Yhé» roine nous déplaît, tant il y a encore de la veuve dans l'héroïne, quoi qu'en dise Saini-Évremond» Il ne croit pas que ht fidélité d'une épouse et la douleur d'une veuve puissent jamais nous intéresser an théâtre. Pauline dans Polyeucie, et Cornélîe dans ta Mort de Fom^ pie, protestent contre cet arrêt, qui frappe les sentiments les plus naturels et les phis honnêtes du cœur humain*

Le personnage que COTneille, dans la Mort de Pompée, semble avoir opposé à dessein à Comélie, est Cléopâtre. Il ne feut peut-êtxQ point juger Cléopâtre sur le portrait qu'en £giit^ CorneiUe ou sur les injures des poètes latins du parti d'Auguste, qui rappellent la cour* tisane-reine. L'histoire lui est plus fovorable que la poésie. Il y a <lans Cléopâtre trois choses à remarquer : une âme forte dans* une vie efféminée; une passion vraie avecdesmcemrs licencieuses; une grande pensée politique poursuivie à travers les plaisirs et les fêtes. Telle est l'idée qu'en donne Plutarque dans la Vie d Antoine, idée qui fait de Cléopâtre un de ces personnages complexes qui ont des réputations différentes, selon le point :de vue d'où on les regarde. LonlByron^ dans son Sardanapale, a voulu peindre une de ces âmes courageuses dans un corps efféminé, que nous offre parfois l'histoire et qui piquant notre curiosité. Sardanapale a épuisé toutes les voluptés de l'Asie^ et il meurt avec cette intrépidité insouciante, propre aux Orientau]^.

Cléopâtre est aussi une de ces natures fortes et souples qui aiment

le plaisir et la mollesse sans se laisser araollir. La civilisation orientale produit souvent ces contrastes. Le corps jouit et raffine sur ses jouissances; Tâme résiste. Dans Cléopâtre, quelles recherches infinies du plaisir ! Quelles prétentions de savoir jouir mieux que le reste des hommes! Elle a institué avec Antoine une sorte d*école de voluptueux, dont le but est de mener une vie inimitable ^ L'homme de la civilisation est ainsi fait, qu'il ne lui faut pas seulement du plaisir : il lui faut aussi la réputation d'en savoir jouir. Une veut pas seulement satisfaire ses sens : il faut aussi qu'il satisfasse sa vanité. De là les noms divers que prennent, selon les temps, ces élus du plaisir et de l'abondance; noms bizarres ^, qui témoignent tous du besoin qu'a l'homme d'exalter ses jouissances par lorgueil pour les prolonger, car les jouissances touchent vite à la satiété.. Aussi ces voluptueux sont rarement gais ou ne le sont pas longtemps : témoin les tnimttables de Cléopàtre et d'Antoine, qui se changèrent bientôt en une autre confrérie, la confrérie des comourants ^, c'est*à-dire de gens décidés à mourir ensemble, mais qui, en attendant, menaient la vie la plus joyeuse qu'ils pouvaient , et qui avaient peut>-ètre même la prétention de mourir à table , au milieu des plaisirs. De ces comour rants, il n'y eut qu'Antoine et Gléopâtre qui moururent ensemble, et il n'y eut aussi que Gléopâtre qui, à travers sa mollesse, regardant d'un œil plus sérieux cette mort dont la confrérie avait pris le nom, se mit à étudier les poisons qui faisaient mourir l'homme avec le moins de douleur. Elle faisait ses essais sur des condamnés. Après les poisons, elle étudia la morsure et le venin des serpents, et elle trouva que l'aspic était celui qui causait le moins de souffrance.

Voilà bien les scènes de la vie antique et de la vie orientale : le luxe, les festins, les voluptés de toute sorte, en même temps l'idée et l'étude de la mort. Gléopâtre avait appris avec soin le rôle de ses derniers moments. Aussi sa mort fut belle et majestueuse, digne d'une reine. Elle était enfermée dans son mausolée, gardée avec soin par les soldats d'Octave, qui la réservait pour son triomphe à Rome, et qui craignait qu'elle ne voulût, par la mort, se dérobera cet outrage. Mais elle trompa Octave et ses satellites : on lui apporta un aspic caché dans un panier de figues, et elle se fit picpier par ce serpent

2. Les raffinés, les enragés, les roués, les incroyables, les viveurs, les lions.

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