Acte II, scène i
Oui, reine, si quelqu'un, dans ce vaste univers, Pouvait porter plus haut la gloire de vos fers; S'il était quelque trône où vous pussiez paraître Plus dignement assise en captivant son maître, J'irais, j'irais à lui, moins pour le lui ravir Que pour lui disputer le droit de vous servir.
C'était pour acquérir un droit si précieux
Que combattait partout mon bras ambitieux»
Et dans Pharsale même il a tiré l'épée
Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée.
Je l'ai vaincu, princesse; et le dieu des combats
M'y favorisait moins que vos divins appas :
Us conduisaient ma main, ils enflaient mon courage;
Cette pleine victoire est leur dernier ouvrage;
C'est l'effet des ardeurs qu'ils daignent m'inspirer '.
N'oublions pas que, dans Racine, Alexandre parle de la mémi) manière à la princesse Cléophile :
Par des faits tout nouveaux je m'en vais vous apprendre Tout ce que peut l'amour sur le cœur d'Alexandre. Maintenant que mon bras, engagé sous vos lois. Doit soutenir mon nom et le vôtre à la fois, J'irai rendre fameux, par l'éclat de la guerre, Des peuples inconnus au reste de la terre, Et vous fadre dresser des autels en des lieux Où leurs sauvages mains en refusent aux dieux ^
Si Ck>meille, se conformant au ton des romans de son temps et les autorisant par son imitation, fait de Gléopâtre une héroïne romanesque, Shakespeare, dans son Marc» Antoine^ en fait une amoureuse de comédie. Voyez, par exemple, la scène dans laquelle Gléopâtre apprend qu'Antoine vient d'épouser Octavie, sœur d'Odaye, et interroge le messager sur la beauté de cette nouvelle épouse.
GLÉOPÂTRE.
Tuas vu Odavie?
LE MESSAGER
Oui, redoutable reine.