‹ Le Magasin de librairieChapitre 111 sur 180 · DE L*AMOUR CONJUGAL DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

DE L*AMOUR CONJUGAL DANS LE DRAME

majestueux, et qu'ils pcuTent parler comme tout le monde. Les intérêts ou les sentiments sont grands, les paroles sont simples , et ce contraste plaît à Tesprit. Cette familiarité surtout est charmante quand elle tourne à l'ironie, comme dans la scène que nous venons de voir. Corneille sait élever l'ironie sans effort à la dignité tragique ; dans Nicomède et dans Suréna^ il en fait l'arme des héros persécutés. C'est par là qu'il mêle la comédie à la tragédie avec un art admirable, qui a même trompé parfois son temps et la postérité, étonnés et presque choqués de rencontrer le comique où ils cherchaient le tragique, ne comprenant pas l'à-propos de ce mélange et s'en prenant au poète de leur désappointement. Corneille, plus qu'aucun autre poète, a mis des contrastes dans ses tragédies, non pas seulement le contraste des passions, qui fait le fond nécessaire des tragédies, ou celui des bons et des méchants, de la vertu persécutée par le vice , mais le contraste de la grandeur et de la bassesse, qui, selon une poétique étroite, est moins propre à la tragédie. Étendant le cercle du drame, c'est-à-dire de l'imitation de la vie humaine. Corneille a mis sur son théâtre, comme dans le monde, des personnages petits et bas à côté des personnages grands et généreux : Félix, dans Polyeucte^ à côté de Pauline, de Polyeuçte et de Sévère ; Prusias, Arsinoé et Flaminius, dan$ Nicomède^ à côté de Nicomède et d' Attale ; Ptolémée et Cléopâtre enfin, dans la Mort de Pompée^ à côté de Comélie et de César.

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PAR M. FILON

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