Joinville, Histoire de saint Louis, i'« ps^rtie
DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES. 39o
Colonna, cardinal de Sainte-Praxède, ayait quitté le parti du pape et soulevé les fiefs de sa famille. Tivoli Albano et Grotta Ferrata étaient au pouvoir des Impériaux. Frédéric était aux portes de Rome. Grégoire IX mourut , dit-on , de chagrin ; Thistoire doit ajouter qu'il avait près de cent ans. Célestin lY, qui lui succéda, n'occupa la chaire de Saint-Pierre que seize jours ; après lui, le saint-siége resta vacant un an et près de huit mois. Il n'y avait plus à Rome que six ou sept cardinaux qui ne pouvaient s'entendre. Frédéric leur écrivit, pour leur reprocher leurs divisions et leur lenteur à no^uper im pape. Xiouis IX lui-même leur adressa des reproches semblables, « Les Français, dit Matthieu Paris, envoyèrent une ambassade solennelle à la cour romaine, déclarant que si l'on tardait encore k élire un pape, ils auraient soin de se pourvoir, en deçà des monts, d'un souverain pontife auquel ils seraient tenus d'obéir.. y> Le chroniqueiir ajoute <cque la France, en faisant cette déclaration, s'appuyait sur un ancien privilège accordé par saint Clément à saint Denys, l'apôtrç des nations occidentales ^ »
Enfin Innocent IV fut élu (1243). Il était de la maison génoise des Fiesque, qui avait toujours été attachée au parti gibelin. Frédéric, qui connaissait les hommes, ne comptait pas sur sa fidélité : a J'ai perdu, dit-il, un ami zélé dans le collège des cardinaux; à sa place je vois un pape qui deviendra mon plus cruel ennemi. » Le nouveau pontife témoigna d'abord des intentions conciliantes; l'empereur semblait aussi disposé à traiter; mais on ne put s'entendre sur les conditions. Innocent lY, craignant de tomber aux mains des Impériaux, fit demander secrètement à son frère et à ses parents, qui gouvernaient la ville de Gênes, de lui envoyer une flotte a Civita- Yecchia ; il s'embarqua dans ce port et arriva bientôt à Gênes, d'où il comptait gagner la France. Louis IX hésitait à le recevoir. Ce prince déplorait la continuation de la lutte entre le pape et l'empereur ; il pensait que le rétablissement de la paix était nécessaire dans l'intérêt du monde chrétien. Et quand les moines de Citeaux le supplièrent à genoux de donner asile à Innocent lY, le roi répondit : a qu'autant que l'humanité le permettrait, il défendrait l'Église contre toute injure de l'empereur Frédéric, et qu'il donnerait l'hospitalité au seigneur pape, si tel était l'avis des barons, qu'un roi de France doit toujours consulter. »