‹ Le Magasin de librairieChapitre 114 sur 180 · Matthieu Paris, Grande Chronique, t. V, p · texte numérisé non relu

Matthieu Paris, Grande Chronique, t. V, p

Le pape aurait voulu obtenir de Louis IX uoe adhésion plus oomplète à sa cause* Il avait déjà quitté Gênes, et, après avoir traversé les Alpes, il vint s'établir à Lyon, où il passa Thiver de 1244. Cette ville, quoiqu'elle relevât de l'Empire comme tout l'ancien royaume de Bourgogne, pouvait être considérée comme une ville neutre. Elle avait un gouvernement moitié ecclésiastique, moitié républicain ; elle était partagée entre l'archevêque et la commune, et ces deux autorités étaient d'accord pour défendre les intérêts du pape. La ville de Lyon se regardait comme la sœur des cités lombardes. EUe n'était séparée du royaume de France que par la Saône, et il y avait même sur la rive droite de cette rivière un quartier français. Dans les circonstances où se trouvait Innocent IV, il ne pouvait choisir une résidence où il fût plus près de ses amis et plus à l'abri de ses ennemis.

Un concile général fut convoqué à Lyon. En attendant, une nouvelle sentence d'excommunication, prononcée contre Frédéric II, fut envoyée dans toute la chrétienté avec une circulaire d'Innocent lY. On raconte qu'un curé de Paris monta en chaire à cette occasion, et dit à ses paroissiens réunis : a Mes frères, j'ai reçu l'ordre de prononcer contre l'empereur Frédéric la sentence solennelle d'excommunication, à la lueur des cierges et au son des cloches. Je sais qu'il existe entre ce prince et le pape de graves dissentiments et une haine implacable, j'ignore pour quels motifs; ce que je sais fort bien, c'est que l'un est injuste envers l'autre; de quel côté sont les torts? voilà ce que je ne sais pas. C'est pourquoi, mes frères, aussi loin que s'étend mon pouvoir, j'excommunie celui qui a tort, et j'absous celui qui a raison '. » Ces paroles, qui avaient été prononcées, dit Matthieu Paris, avec le ton de légèreté et de plaisanterie ordinaire aux Français, volèrent de bouche en bouche et circulèrent dans toute l'Europe. Le prêtre parisien fut sévèrement puni par le pape, et l'empereur lui envoya de riches présents.

C'était le temps où saint Louis était attaqué de la maladie dont il faillit mourir, et pendant laquelle il fit vœu de prendre la croix. Le roi de France était d'ailleurs résolu à rester le plus étranger possible au grand débat qui s'agitait aux portes de son royaume. Le concile s'ouvrit à Lyon, dans le couvent de Saint-Just, le 28 juin 1245. Le pape , après avoir exposé la situation de la chrétienté , renou-

Page 1