GuilL de Nang^, Ckrùfu
chaltie de la Servitude.... Que le bruit se répande parmi les nations qu'ainsi que vôtre royaume se distingue par sa noblesse et par son adtriirable fertilité, ainsi, avec Tappui de la t^rovidence divine, il réunit à tant d'autres avantages la gloire d'une liberté bien réglée ^ )>
Ce qui faisait la force d'Innocent lY^ et ce qui devait assurer son trfoftiphd, c*est qu'il se présentait partout comme l'allié et le défenseur de la liberté. Par là sod autorité, même temporeUe, avait de profondes racines daùs le cœur des peuples. Aussi Frédéric sùccombatrll après une lutte de cinq ans* Il mourut obscurément dans une bourgade de la Capitanate, le 13 décembre lâSO. Innocent IV, après s^ètre téjoui^ plus qu'il n'était cdnvenable^ de la mort de son ennemi, conçut le projet de réunir le royaume de Sicile atl patrimoine de Saint-Pierre, et de ne plus le donner en fief à aucun prince. Il écrivit à la ville de Naples : « On consentement de nos frères les cardinaux, nous ayons pris vos personnes, vos biens et Totre ville elle-même sous notre protection, statuant qu'elle demeurera perpétuellement sous la dépendance immédiate du saint-siége, et nous engageant à ce que jamais l'Église n'accorde la souveraineté ou aucun droit sur elle à aucun empereur, roi, duc, prince ou comte, ou à quelque personne que ce soit ^. i>
Le testament de Frédéric II avait laissé l'Allemagne à Conrad, qui, du vivant même de son père, avait le titre de roi des Romains. L'empereur avait légué le royaume de Sicile à un autre fils, Henri^ qu'il avait eu de sa dernière épouse , Isabelle d'Angleterre. Le comté de Caiane avait été réservé au fils de Conrad, à Conradin ou Corradino, et la principauté de Tarente à Manfred, fils naturel de l'empereur. A la mort de Frédéric, Manfred prit le gouvernement des Deux*Siciles en qualité de régent. En 1252, Conrad, après avoir fait reconnaître son autorité dans les villes gibelines de l'Italie septentrionale, s'embarqua sur l'Adriatique et vint se joindre à Manfred dans la Capitanate. Ces deux princes réduisirent les villes qui s'étaient déclarées pour le pape, et s'emparèrent de Naples après un long siège.
Pendant que le pape s'efforçait de régner à Naples, Rome échappait à son autorité. Quelques-uns des barons romains s'étaient forti-
i. Innocent IV EpùL, ap. Raynaid* Àmial. eccL, ann. 1246. 2. Innocent IV JB/pisU, lib. IX^ Ep. 148.
fiés dans leurs maisons ; d'autres s étaient emparés des monuments antiques, des tombeaux, des arcs de triomphe, dont ils faisaient autant de forteresses. Là, ils braTaient à la fois la souveraineté pontificale et la juridiction du sénateur. Quelquefois, pendant la nuit, ils sortaient en armes de leur retraite, pour piller la demeure des marchands; ils faisaient, en pleine rue, des prisonniers dont ils exigeaient de fortes rançons. L anarchie avait été portée au comble pendant le séjour dlnnocent IV à Lyon, et, pour rétablir Tordre dans la ville, le peuple avait donné le titre de sénateur à un noble Bolonais, Brancaleone d'Ândalo. Cet étranger était armé d'une autorité absolue; mais, connaissant Tinconstance des Romains, il ne voulut accepter le pouvoir qu'on lui confiait qu'à la condition de l'exercer trois ans. Il exigea aussi que trente jeunes gens des plus nobles familles de Rome fussent envoyés en otage à Bologne, pour répondre de sa vie et de sa liberté. C'était à ces conditions qu'il était entré en fonctions au commencement de Tannée 1253.
Le chroniqueur qui nous a transmis ces faits, Matthieu Paris, dit que l'administration de Brancaleone fut juste, mais d'une extrême sévérité. Le sénateur, on pourrait dire le dictateur, ne pardonnait à aucun gentilhomme coupable d'avoir porté atteinte à la paix publique. Il marchait avec le peuple contre la forteresse qui servait d'asile au coupable, et il ne se retirait qu'après l'avoir prise et rasée. Plusieurs seigneurs, convaincus d'homicide, furent pendus aux fenêtres de leur palais^
Brancaleone voulut aussi réduire les campagnes sous son obéissance. Ses délégués prescrivirent aux habitants de Terracine de reconnaître son autorité et de se soumettre aux lois de Rome. Innocent IV, qui siégeait alors à Assise, expédia une bulle au sénateur, pour lui rappeler que les citoyens de Terracine étaient vassaux immédiats du saint-^siége , et n'étaient tenus à aucun service envers les Romains. Il déclara qu'il soutiendrait de toutes ses forces la ville de Terracine, si le sénateur persistait dans ses prétentions. Mais, bien loin d'obéir, Brancaleone était accoutumé à commander. Il exprima son étonnement que le pape fût presque toujours absent de sa ville épiscopale; que ses bulles fussent datées de Lyon, de Pérouse, d'Assise ou d'Anagni, et qu'il ne donnât pas aux évêques de la chrétienté l'exemple de la résidence. Une ambassade du sénateur et du peuple
i. Matthieu Paris» Grande Chrwu, ann. i253.
invita Innocent lY à rentrer dans Rome <c pour protéger son troupeau comme un bon pasteur. » Comme il différait de se rendre à cette sommation, les Romains lui déclarèrent que <c s'il ne revenait point immédiatement dans la ville, il n*y rentrerait jamais. » Le pontife, dit Matthieu Paris, se rendit à Rome le cœur plein d'inquiétude et d'effroi; car on lui avait glissé à l'oreille que les Romains, et même les Milanais voulaient exiger de lui les sommes dont il leur était redevable, et qu'ils avaient dépensées à combattre Frédéric dans l'intérêt du pape et de l'Église. Innocent IV fut bien reçu par le peuple; mais il était évident que son pouvoir temporel était subordonné à la dictature de Brancaleone.
Après la mort du jeune roi de Sicile et de son frère Conrad, le pape fit une nouvelle tentative pour mettre l'Italie méridionale sous sa domination immédiate. Il rassembla dans Anagni une armée que lui avaient fournie les villes guelfes de la Lombardie, de la Toscane, de la Marche d'Ancône et la république de Gènes où dominait sa famille. Manfred gouvernait le royaume de Sicile comme tuteur de son neveu Conradin ; il alla au-devant du pape, non comme ennemi, mais comme sujet; il consentit même à se reconnaître son lieutenant; mais bientôt, sous prétexte qu'un légat avait voulu lui parler en maître, il se sépara du pontife ; il alla rejoindre ces Sarrasins que Frédéric II avait établis en Italie, et, à leur tête, il battit l'armée pontificale. Innocent lY mourut à Naples, qui était rentrée sous son obéissance, et ce fut dans cette ville que les cardinaux lui donnèrent pour successeur Alexandre IV, un des comtes de Signa, de la famille d'Innocent III et de Grégoire IX.
La mort d'Innocent IV rendit Rrancaleone encore plus puissant dans Rome : son administration se prolongea encore deux ans et nefit que redoubler de sévérité. Les Romains s'étaient d'abord réjouis^ de voiries coupables du plus haut rang traités avec autant de rigueur que les derniers des criminels; mais, à la longue, cette sévérité leur pesa encore plus que Tanarchie. Un complot, excité par une noble famille, les Annibaldeschi, éclata contre le sénateur. Ce magistrat fut enlevé du Capitole et emprisonné; ceux qui avaient des plaintes à former contre lui, furent invités à les produire devant son successeur, Emmanuel des Maggi, de Brescia, et il semblait qu'une sentence de mort allait frapper cet homme naguère tout-puissant.
Mais au moment où Brancaleone avait été mis en prison, sa femme s'était rendue à Bologne pour instruire ses compatriotes de ce qui se