‹ Le Magasin de librairieChapitre 117 sur 180 · Tome IX; — 35* Liirraifoxu · texte numérisé non relu

Tome IX; — 35* Liirraifoxu

passait dans Rome. Les Bolonais gardèrent avec plus de vigilance que jamais les trente otages qui répondaient de la vie de Brancaleone, et ils envoyèrent une députation au pape pour demander que TaU"den sénateur fût mis en liberté, Alexandre lY leur représenta que ' celui qu'ils défendaient était le plus redoutable et le plus passionné des Gibdins; qu*il était dévoué à Manfred, le fils et le sucesseur de leur ennemi, Frédéric IL II les menaça de Tinterdit s'ils ne relâchaient les otages qui leur avaient été livrés. Les Bolonais s'obstinèrent, même sous l'interdit , à défendre leur concitoyen. Un sou* lèvement populaire délivra Brancaleone, qui sortit de la ville et renonça aux droits de sa charge. Deux ans plus tard, les députés du peuple romain rengagèrent à reprendre ses fonctions; il revint à Rome, et y rétablit le gouvernement populaire. Pendant cette seconde magistrature, il se montra encore plus rigoureux envers les nobles. Il condamna à mort quelques-uns des seigneurs qui lui étaient oppo<sés, et il exila les autres. Il détruisit jusqu'à cent quarante forteresses féodales. Excommunié par Alexandre IV, non-seulement il brava la sentence pontificale, mais il força lé pape et toute sa cour à quitter Rome. Alexandre se retira à Viterbe, et il se proposait même d'aller jusqu'à Assise. On voit par la date de ses lettres qu'il était encore à Rome le 12 mai 1257, qu'il était à Viterbe le 29 du même mois» et qu'il y resta jusqu'au commencement de septembre 1258*

Le sénateur n'épargnait ni les amis ni les parents du pontife. IL alla même jusqu'à faire prendre les armes aux Romains, et marcha avec eux contre Anagni, qui était la patrie d'Alexandre lY. Il fallut que le pape lui-même intervint pour sauver la place et s'humiliât devant Brancaleone. Le sénateur conserva son pouvoir jusqu'à sa • mort (1258). « U avait été, dit Matthieu Paris, le marteau des oi^ueilleux et des puissants, l'efiroi des malfaiteurs et le défenseur du peuple. » Les Romains lui firent des funérailles magnifiques; sa tête, déposée dans un vase précieux , fut placée au sommet d'une colonne de marbre. Son influence lui survécut ; car le peuple lui donna son oncle pour successeur, malgré la défense formelle du pape, qui avait recommandé aux Romains de ne point élire de sénateur sans son aveu.

La famille des Brancaleone avait un puissant allié en Italie, Man* fred, qui ne cherchait qu'à susciter des embarras au pontife. Le fils de Frédéric II avait poursuivi ses conquêtes : il était mailre de la Sicile, de la principauté de Tarente, de la PouiUe et de la terre de

DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES. 40a

Labour. Il répandit le bruit de la noiort de soa neveu Couradia, ^t SQ iBt couronner roi à Palerme le il août 1258.

Alexandi'e lY, ne pouvant faire respecter son pouvoir dans Rome même , n*avait pas la force de reconq]uérir les Deux-«Siciles ; aussi résolut-il de donner ce royaume en fief à quelque nouveau prince qui se chargeât de Tenlever à la maison de Souabe.v C'était une idée qu'Innocent lY avait conçue, et qu*il avait même cherché à réaliser. Il avait ouvert, à cet effet, des négociations avec TÂngleterre et avec la France. Une bulle du 14 mai 1254 avait concédé le royaume des Deux-Siciles à Edmond, second fils du roi d'Angleterre Henri III. Le monarque anglais fit pendant plusieurs années de grands sacri«fices pour établir son fils en Italie ; mais le peuple et les barons se lassèrent de ces dépenses, qui appauvrissaient la nation sans pnn duire aucun résultat au dehors. Dans les statuts d! Oxford, que la^ ristocratie britannique imposa à la royauté en 1258, il fut stipulé qu'il n'y aurait plus d'envoi d'argent à Rome pour la conquête des Deux-Siciles ^ Le jeune Edmond, qui depuis plusieurs années dis^ tribuait à Londres les fiefs de son royaume italien, écrivit, en 1261 , aux principaux seigneurs napolitains et au pape Alexandre IV, pour leur annoncer qu'il était prêt à se rendre à Rome avec autant d'argent et de soldats qu'il en pourrait rassembler, et qu'il espérait se mettre bientôt en possession du trône qui lui était promis depuis si longtemps. On ne fit pas grande attention à ces lettres, parce qu'on savait que l'état intérieur de l'Angleterre ne permettait pas au fils de Henri III d'accomplir ces grands projets,

La première pensée d'Urbain lY, successeur d'Alexandre I Y, fut de choisir un champion plus puissant et plus capable de faire trionoe phar la cause de l'Église. Le nouveau pape était Français; né à Troyes en Champagne, il s'était élevé de la plus humble condition aux plus hautes dignités de l'Église; il avait été successivement archidiacre de Liège, évèque de Yerdun^ patriarche de Jérusalem. Élu pape à Yiterbe, en 1261, il était exclu de Rome comme son pré-* décesseur; il voyait l'Italie méridionale au pouvoir de Manfred, rinfhience gibeline toute-puissante en Toscane et dans le nord de la

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