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Péninsule : ce fut à la France qu'il s'adressa, pour y trouver un vengeur de rÉglise et de lltalie. Il offrit à saint Louis la couronne de Sicile pour un de ses fils ou de ses frères.
La négociation rencontra d'abord un obstacle , la conscience du roi de France. Ce prince n'avait rien à dire en faveur de Manfred, qui combattait à la tête des Sarrasins , et qui venait de ravager la campagne de Rome pendant la vacance du saint-siége. Mais Conradin, héritier légitime des Hohenstaufen, et Edmond, roi de Sicile par la grâce de l'Église, lui paraissaient avoir des droits auxquels rien ne devait porter atteinte. La morale du roi était plus sévère que celle du pape. Il est curieux de voir, dans la correspondance d'Urbain IV, combien il eut de peine à triompher des scrupules de saint Louis. Il écrivait à Albert de Parme, notaire apostolique qu'il avait chargé de la négociation : « Nous rendons grâce à Dieu de ce qu'il a conservé l'âme du roi de France dans une si grande pureté de conscience ; mais ce roi doit prendre en nous et en nos frères un peu plus de confiance. U doit croire, sans l'ombre d'un doute, que nous, qui le regardons comme le fils chéri de l'Église romaine , nous nous garderions bien d'exposer sa renommée et son âme dont la défense nous est confiée... il doit croire que nous-même et nos frères, nous voulons aussi conserver pures nos consciences et sauver nos âmes devant l'auteur de tout salut; en sorte que nous savons, de science certaine, que rien de ce que nous voulons faire n'est au préjudice de Gonradin ou d'Edmond ou d'aucun autre homme ^ d
Urbain lY soutenait que la sentence portée par Innocent lY et le concile de Lyon contre Frédéric II avait frappé toute sa race ; que l'Église avait prononcé, de la manière la plus formelle, l'exhérédation de Conrad et de Couradin. Quant à Edmond, le pape obtint sa renonciation et celle du roi son père à tous les droits qu'Alexandre IV avait pu leur concéder sur le royaume de Sicile. Louis IX n'était pas encore entièrement persuadé, et il persista à refuser pour un de ses fils la couronne qu'on lui offrait. Son frère Charles, comte d'Anjou, eut moins de scrupule. C'était un prince d'un caractère sombre, qui parlait peu et agissait beaucoup. Il ne riait presque jamais; ipais il n'en était pas moins attaché aux intérêts de la terre, et ce n'est pas lui qui aurait dit comme saint Louis : ce Je donnerais tout ce monde visible pour le salut des âmes. » Comte d'Anjou par
1. Urban. IV, EpisU ad Albert. ap« Rayaald, Annal eccks. ann. 1262.
sa naissance, comte de Provence par son mariage, il était dévoré du désir d*être roi, et son ambition était encore aiguillonnée par celle de sa femme fiéatrix, humiliée de n*étre que comtesse quand ses trois S(£urs étaient reines. Aussi était-il prêt à accepter la couronne qu*on lui offrait ; mais il ne voulut partir pour Tltalie qu'après avoir réglé les conditions de son alliance avec l'Église. Le pape avait d'abord demandé que le comte d'Anjou s'engageât à remettre au saint-siége !NapIes, la terre de Labour et toutes les iles adjacentes. Charles refusa cette proposition, et, après de longues négociations, Urbain consentit à promettre au prince français l'investiture des deux royaumes de Sicile tels que les avaient possédés les rois normands.
Mais le comte d'Anjou ne bornait pas son ambition à Naples et à la Sicile : il entendait conserver toute sa liberté d action à l'égard des autres acquisitions qu'il pourrait faire en Italie. Déjà plusieurs villes de Piémont, en le choisissant pour seigneur, lui avaient ouvert l'entrée de la Péninsule. Les Romains eux-mêmes, en 1263, l'avaient élu sénateur. Il faut ajouter que la population de Rome était divisée, et que le parti gibelin avait déféré la même dignité à Manfred. Urbain lY autorisa le prince français à accepter le titre de sénateur, à la condition qu'il s'engagerait à y renoncer aussitôt qu'il aurait fait la conquête des Deux-Siciles, et à remettre la sénatorerie de Rome à la disposition du saint-siége. Le pape, en créant un nouveau roi de Sicile, n'entendait pas se donner, à Rome, un rival ou un maître.
Les conditions du traité étaient à peine convenues qu'Urbain lY mourut à Pérouse (1264). Le saint-siége resta vacant quatre mois. Ce fut encore un Français qui fut élu. Gui de Foulques, cardinal de Samte-Sabine , qui prit le nom de Clément IV, était né à Saint- Gilles sur le Rhône ; il passait pour un des meilleurs jurisconsultes de son temps, et il avait été employé dans les affaires les plus importantes par le comte de Toulouse et le roi de France. Il acheva l'œuvre de son prédécesseur, et, par la bulle du 16 février 1265, il donna la Sicile, en deçà et au delà du Phare, au frère de saint Louis. Le royaume était déclaré héréditaire pour les descendants de Charles, même pour les femmes; il était formellement établi que la couronne de Sicile était incompatible avec celle de l'Empire, aussi bien qu'a- Tec la possession de la Toscane et de la Lombardie. Le roi se reconnaissait vassal de l'Église, et s'engageait à lui payer un tribut annuel de huit mille onces d'or. Il devait mettre tous les ans, pendant trois
mois, trois cents cavaliers à la disposition du pape. La Yiïle et le territoire de Bénévent étaient réseryés au saint-siége.
Le comte d'Anjou, qui avait minutieusement discuté tous les articles du traité, ne perdit pas un seul instant aussitôt qu'il eut été conclu. Il partit de Marseille, avec mille chevaliers, sur une flotte de vingt galères qui se dirigea vers les bouches du Tibre. La flotte de Manfred croisait à peu de distance de la côte italienne, et la navigation du Tibre était interceptée par des palissades. Charles échappa aux vaisseaux ennemis, grâce à une tempêté qui les dispersa. Jeté avec quelques galères sur là côte de Toscane, il faillit être pris; mais, s*étant remis en mer, il fut poussé par le vent vers l'embouchure du Tibre. Il remonta le fleuve sur un bâtiment léger, et, le 24 mai, il fit son entrée dans Rome au milieu des acclamations populaires. Il prit possession du palais de Latran et s'y logea avec ses chevaliers. Clément IV se montra blessé de cette conduite, et lui écrivit de Pérouse : « Nous ne pouvons approuver que le sénateur de Rome, quel que soit son rang et de quelque faveur qu'il soit digne, habite l'un ou l'autre de nos palais '. » Et il engageait le prince français à chercher un autre logis pour lui et pour ses chevaliers. Charles obéit sans murmure. Le pape envoya à Rome quatre cardinaux chargés (Je donner au prince l'investiture du royaume de Sicile, de lui îemettre le gonfalon ou l'étendard de l'Église', et de lui faire prêter ïe serment féodal. Charles n'avait avec lui que les mille chevaliers qui l'avaient accompagné. Son armée, qui s'élevait à trente mille hommes, n'arriva en Italie qu'à la fin de l'été, sous le commandement de son gendre, Robert de Béthune. Elle entra en Piémont par le mont Cenis : le marquis de Montferrat, qui s'était allié au parti guelfe et aux villes de Turin et d'Asti, avait ouvert les Alpes aux Français.
Il y avait encore en Lombardie une ligue de villes gibelines capables de fermer toute communication entre le nord de la Péninsule et l'Italie centrale. La Toscane entière tenait pour le fils de Frédéric H. Manfred, obligé de quitter les environs de Rome, s'était retiré dans le royaume de Naples. Le pape, qui l'avait excommunié et qui avait frappé d'interdit tous les lieux qu'il occupait, faisait prêcher la croisade contre lui . Ce prince voyait avec colère le service divin interrompu dans toutes les villes de ses États, et il dît un jour aux Napolitains