‹ Le Magasin de librairieChapitre 119 sur 180 · I. Clément. IV, Epist, ap. Raynald. Annal eccks · texte numérisé non relu

I. Clément. IV, Epist, ap. Raynald. Annal eccks

quî le suppliaient de se réconcilier avec l'Église : « J'enverrai dans votre Tille trois ceiits Sarrasins qui feront dire la messe par force. » L'opinion populaire commençait à se déclarer contre lui , et il était Taincu dans la conscience des peuples avant de l'être sur le champ de bataille.

Milan et les autres villes guelfes favorisèrent la marche des Français jusqu'à Ferrare, où des renforts leur arrivèrent de tous côtés : quatre cents hommes d'armes des émigrés florentins, les sujets du marquis d'Esté et quatre mille Bolonais, qui, à la voix de Tévôque de Sulmone, avaient pris la croix contre Manfred. Cette armée, après avoir traversé sans obstacle l'Exarchat et la Pentapole , parut dans Rome vers les derniers jours de 1265. Charles n'avait point d'argent pour la payer, et le pape déclarait qu'il ne pouvait lui en donner : il se décida à commencer la campagne en plein hiver. Il partit par la route de Frosinone; le Garillan, qui formait la limite du royaume, fut franchi par les Français près de Ceperano. La forteresse de Rocca d'Arce et celle de San Germano furent prises d'assaut. Les deux armées étaient en présence sur le fleuve Calore , à deux milles de Bénévent. Manfred essaya de négocier; mais Charles d'Anjou répondit en français à ses ambassadeurs : « Dites au sultan de JVocera que je ne veux aultre que bataille, et que ce jourd'huy je mettrai lui en enfer ou il me mettra en paradis. » Le combat s'engagea le 26 février 1266 . Manfred fut vaincu et tué. Il sufflt de cette victoire pour conquérir tout le royaume, pour abattre le parti gibelin avec la domination de la maison de Souabe, et pour rétablir l'autorité du pape sous !a protection des armes françaises. Clément IV reprocha à ses défenseurs d'avoir pillé sa ville de Bénévent , qui ne leur avait opposé aucune résistance ^

A la nouvelle de la défaite de Manfred, la Toscane s'était soulevée contre les Gibelins qui l'opprimaient. Charles d'Anjou envoya à Florence un renfort de huit cents chevaliers, et favorisa dans cette ville une révolution qui donna le pouvoir aux Guelfes. Il se fit donner à lui-même la seigneurie de la ville pendant dix ans, c'est-8-dire le droit d'y nommer un vicairfe pour les affaires de la guerre et de la justice. Un peu plus tard, il obtint du pape le titre de vicaire impérial en Toscane (1267). Le parti vaincu chercha un vengeur en Allemagne, et Conradin vint en Italie défendre les droits de

U Clément. IV, ËpisU cclxii, ap. Marlenne, Thésaurus anecdot., L !I.

sa famille; il était accompagné du jeune duc d* Autriche, Frédéric, qui s*était dévoué à sa fortune. A Rome, la faction gibeline releva la tète, et, au mépris des droits de Charles d'Anjou, nomma sénateur Henri de Gastille, frère du roi Alphonse X. Une révolte avait éclaté dans la terre de Labour, dans la Calabre et dans les Abruzzes. Les Sarrasins avaient repris les armes à Lucera.

Il fallut recommencer la conquête : Charles courut assiéger Lucera. Clément I Y excommunia Conradin,qui s'avançait rapidement à travers lltalie. Ce prince menaça, en passant, Viterbe où résidait le pontife, et arriva à Rome, où il fut très-bien accueilli 'par le sénateur, Henri de Castille, et où il s'empara des trésors du clergé cachés dans les églises. L'entrée du royaume de Naples était bien gardée par les Français du côté de la Campanie: Conradin essaya d'y pénétrer par les Abruzzes ; il remonta le Teverone jusqu'à Tivoli, traversa le val de Celle, et arriva dans la plaine de Tagliacozzo. Charles d'Anjou s'était hâté de lever le siège de Lucera : il alla au-devant de son rival et le vainquit à Tagliacozzo (23 août 1268). Plus malheureux que Manfred, Conradin ne périt point sur le champ de bataille. Condamné à mort après le combat, il fut exécuté à Naples deux mois après sa défaite. Il vit la mort avec courage, versa une larme au souvenir de sa mère, jeta son gant au milieu du peuple conune un gage de vengeance, et livra sa tête au bourreau.

Frédéric d'Autriche et les principaux seigneurs qui avaient soutenu Conradin partagèrent son supplice. Une terreur guelfe régna dans toute l'Italie ; les villes du royaume des Deux-Siciles, et Rome elle-même, furent inondées de sang gibelin. Le sénateur, Henri de Castille, fut seul épargné : l'abbé du Mont-Cassin, qui l'avait fait prisonnier, ne l'avait livré qu'à cette condition. Chartes d'Anjou reprit Lucera sur les Sarrasins et rétablit partout son autorité; mais le gant que Conradin avait jeté au milieu de la foule fut, dit-on, porté à Pierre d'Aragon , qui avait épousé la fille de Manfred et qui était destiné à venger la maison de Souabe.

Le conquérant du royaume de Sicile était tout - puissant dans Rome ; Clément lY n'était pas rentré dans cette ville; il avait contir nué de résider à Yiterbe, où il mourut le 29 novembre 1268, Le saintrsiége resta vacant deux ans et neuf mois. Ce long interrègne ne fit que fortifier la puissance de Charles d'Anjou dans les États de l'Église. Il assembla à Crémone une diète des villes guelfes de Lombardie (1269) ; il chercha à leur persuader que, pour donner plus de

force à la ligue, il fallait le choisir pour chef. Plaisance, Crémone, Parme, Modène, Ferrare et Reggio y consentirent. Les députés des autres villes répondirent qu'ils voulaient avoir le roi de Sicile pour ami, et non pour maître. Cependant les envoyés de Charles firent si bien que les Milanais finirent par lui prêter serment de fidélité. Plus tard, il se fit nommer gouverneur de Bologne, et, à ce titre, il commandait à toutes les villes guelfes de Romagne. Par le marquis d'Esté, qui était dans sa dépendance, il était maître de la Marche Trévisane. Il possédait toujours plusieurs villes de Piémont qui l'avaient reconnu leur seigneur et qui l'aidaient à opprimer les autres. Le pape lui avait donné, comme nous l'avons vu, le titre de vicaire impérial en Toscane, et il ne restait plus en ce pays aucune ville qui ne fût soumise à son influence : le frère de saint Louis était donc devenu l'arbitre de l'Italie.

Les cardinaux, qui n'avaient point quitté Yiterbe depuis la mort de Clément lY, donnèrent enfin un chef à l'Église par l'élection de Grégoire X (1271). Le nouveau pontife, qui était en terre sainte au moment de la nomination, se hâta de revenir en Italie. En abordant sur les terres du roi de Sicile, il trouva une ambassade des principaux de Rome, qui le priaient instamment de venir dans leur ville; mais il préféra se rendre à Yiterbe, où il s'occupa de préparer une croisade. n convoqua un concile général à Lyon, où les papes se trouvaient plus libres qu'à Rome, et qui était alors comme la seconde capitale de la chrétienté. Ce fut dans le concile de Lyon que fut réglée la constitution du conclave et les formes de l'élection pontificale, telles^ qu'elles sont encore observées aujourd'hui. Ce décret avait'pour but d'accélérer la nomination du pape, et de prévenir ces longs interrègnes si funestes aux affaires de l'Église.

Grégoire X, qui joignait à un esprit politique une ftme profondément religieuse, s'efforça pendant tout son règne de rétablir la paix entre les partis. Nous le voyons à Florence, réunissant tout le peuple sur les bords de l'Ârno, mandant devant lui les commissaires des Guelfes et ceux des Gibelins, et les forçant à abjurer leurs haines héréditaires. Mais Charles d'Anjou s'opposa de toutes ses forces à cette pacification, qui était contraire à ses intérêts. Le prince français travaillait pour lui-même beaucoup plus que pour l'Italie ; aussi Grégoire X chercha-t-il les moyens de balancer sa prépondérance dans la Péninsule : il s'appuya sur l'empereur d'Orient, Michel Paléologue, qu'il parvint à réconcilier avec l'Eglise romaine, et il résolut de don-

ner un empereur à l'Occident. H mit fin à l'anarchie qui divisait l'Allemagne, en réunissant les suffrages des électeurs sur Rodolphe, comte de Hapsbourg (1273). C'était un riyal qu'il suscitait à Chailes d'Anjou, pour contenir son ambition.

L'oeuvre de Grégoire X fut continuée par Nicolas DI. Ce pontife, issu de la famille des Orsini, une des premières de Rome, s'attacha surtout à limiter la puissance de Charles d'Anjou en lui opposant habilement Talliance de Rodolphe. Le roi de Sicile, craignant d'être attaqué par le vainqueur de la Bohême et de l'Autriche, consentit à résigner l'office de sénateur de Rome. Nicolas m publia une constitution qui défendait qu'à l'avenir aucun prince souverain pût être nommé sénateur, et il prit immédiatement pour lui-même cette haute dignité. Charles renonça en même temps au vicariat de Toscane, et évacua tous les châteaux des domaines de l'Église où il avait garnison.

Rodolphe de Hapsbourg, de son côté, consentit à donner à Nicolas III une charte qui sanctionnait Tindépendance des États pontificaux, comme l'avaient fait les anciennes donations d'Othon le Grand et de Henri IL Cette charte, signée en 1278, reconnaissait que les domaines de l'Église s'étendaient depuis Radicofani jusqu'à Ceperano. Ces deux châteaux sont situés à cent vingt-cinq milles l'un de Tautre : l'un à l'extrémité méridionale de la Toscane, l'autre au nord du royaume de Naples. La charte désignait en outre la Marche d^'Ancône, le duché de Spolète, les terres de la comtesse Mathîlde, l'exarchat de Ravenne et la Pentapole. Elle comprenait aussi le royaume de Sicile en deçà et au delà du Phare, ainsi que les îles de Corse et de Sardaigne. La charte de Rodolphe fut confirmée par les princes de l'Empire, qui s'engagèrent à maintenir, de tout leur pouvoir, la souveraineté pontificale '.

Les États de l'Église, tels qu'ils sont déterminés par la charte de Rodolphe, avaient donc atteint, à la fin du treizième siècle, les limites qu'ils n'ont point dépassées dans les temps aiodemes«^Mais il fiiut remarquer que le droit du saint-eiége, sur h plii^rt de ces domaines,

i . Diploma Roddphi regîs Romanorum cum sua buUa peadente.— Diploma principum imperii, super donatione Rodolphi I icoperat. et conBrmatione privilegiorum sedis apostol. ap. Cennii Monumenta dominationis ponHficÙB, t. n, p. 520 et 526.

se réduidatt à utié shnple 9azeraineté qui ne portait presque aucune atteinte à Findépendance des gouTemements particuliers. Parmi les ▼îUes mentionnées pat Rodolphe, il y avait plusieurs républiques, telles que Pérouse, Ancône et Bologne. La dernière, très-puissante, tenait sous ses 1(hs presque toute la Romagne. Il y avait aussi des principautés, telles que Montefeltro et Bertitioro, qui s'inquiétaient pee de savofr si elles relevaient du pape ou de l'empereur. La papauté attendit plusieurs siècles pour revendiquer la possession directe de tous ces domaines. Nicolas III essaya pourtant d'en donner vttie partie à un de ses parents : il nomma comte de Romagne son frère, Bertholdo Orsino. Il chargea le cardinal Latino, son neveu favori, d'aller partout réconcilier les familles et les cités. Ce prélat parcourut d'abord la Romagne, et fît reconnaître dans les villes de ce pays l'autorité du nouveau comte.

Le roi Charles, qui naguère commandait à toute l'Italie, se voyait réduit à son royaume de Sicile. Après la mort de Nicolas III, il se rendit maître de l'élection pontificale, et, agissant sur le sacré collège autant par violence que par séduction, il fit nommer le cardinal de Sainte-Cécile, qui avait été chanoine de Tours. Le nouveau pape, qui prit le nom de Martin IV, n'avait rien à refuser à son protecteur : il ôta le comté de Romagne à Bertholdo Orsino, et le donna à un officier de Charles d'Anjou. Martin IV, comme son prédécesseur, s'^it feHnommer sénateur par le peuple ; mais, au lieu de garder pour lui cette dignité, il la transmit au roi Charles, malgré le texte formel de la constitution de Nicolas IIl qui défendait que les rois ou les prin* ^s souverains pussent être éfhis sénateurs. Les troupes françaises Occupèrent tous les États de l'Égiise. Le roi de Sicile résidait à Viterbe avec le pape, dirigeait toutes ses pensées et réglait toutes ses aefiom^

Les vêpres sidSiennes (50 mars 4282) furent une sanglante protestation contre la domination française. Don Pedro d'Aragon vint au secours des rebelles, et disputa la Sicile à Charles d'Anjou, qui mourut sans l'avoir reconquise. Martin IV excommunia don Pedro, et offrit la couronne ^'Aragon au roi de France, Philippe le Hardi, pour son second fils, Charles de Valois. Le fils de saint Louis, moins scrupuleux que son père, accepta cette donation, et tenta de faire valoir ses droits les armes à la main. La papauté était complètement

i. Raynald. Atmaf, ecclesiasU, ann. {^8\.

assujettie à rinfluence de la France et de k maison d*Anjou. Célestin V, élu pape en 1294, fixa sa résidence à Naples, malgré les instances des cardinaux qui le pressaient de s'établir ayec eux dans quelque ville des États pontificaux. Il nomma douze cardinaux, dont aucun n'était né dans les domaines de l'Église : trois d'entre eux étaient originaires des Deux-Siciles ; les sept autres étaient Français. Cette promotion a été regardée, avec raison, comme la première cause de la translation du saint-siége à Avignon*

La politique française, sous Philippe le Bel, n'est plus empreinte de ce caractère de grandeur et de loyauté que lui avait imprimé saint Louis. Dans ses rapports avec l'Église et avec l'Italie, elle ne cherche plus qu'à tout dominer dans son intérêt. Quand Charles de Valois répondit à l'appel de Boniface YIII et vint à son tour en Italie, le pape le créa comte de Romagne, capitaine du patrimoine de Saint- Pierre, seigneur de la Marche d'Ancône, comte de Bertinoro et d'Emilie, duc de Spolète et pacificateur de la Toscane. Mais, malgré tous ces beaux titres, Charles de Valois échoua dans son expédition. A Florence, où il prétendait apporter la paix, il ne laissa que la guerre civile. En Sicile, il fut battu par les Aragonais^ et, de son apparition en Italie, il n'est resté que de tristes souvenirs inmiortalisés par le Dante ^

Frédéric d'Aragon conserva la Sictte et les îles adjacentes avec le titre de roi de Trinacrie. Il se reconnut feudataire du saint-siége, comme les princes de la maison d'Anjou l'étaient pour le royaume de Naples. Il s'engageait à payer un tribut annuel de trois mille onces d'or, et il devait fournir un secours de cent cavaliers ou un nombre déterminé de galères, toutes les fois que l'Église serait attaquée. Les affaires de Sicile étant ainsi réglées par le traité d'Anagni, Boniface VUI se tourna contre la France, dont il avait été jusqu'à cette époque l'allié et le défenseur. Il avait déjà adressé quelques avertissements à Philippe le Bel, qui ne respectait point les immunités ecclésiastiques, et qui s'efibrçait de courber tous les ordres de l'État sous le niveau de son despotisme ^.

Boniface VIII aspirait, comme autrefois Grégoire VII et Inno-

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