Dante, Purgatoire , cb. XX, v
2. Bulle Clericis laicos pour défendre les propriétés du clergé, i 8 août 1296* — Bulle Ineffabilis, qui reproche à Philippe le Bel la ruine du commerce, 21 septembre 1296. Âp. Raynald. Annal, ecclesiast.
cent m, à exercer une suprême juridiction sur les peuples et sur les rois. En 1298, quand Albert d'Autriche avait triomphé d'Adolphe de Nassau et s'était fait couronner roi des Romains, le pontife, loin de reconnaître le vainqueur, l'avait condamné comme traître et rebelle. On raconte même qu'il avait dit en brandissant une épée : a C'est moi qui $uis César ; c'est moi qui défendrai les droits de l'Empire. » On le voit, plus tard, intervenir comme juge entre les prétendants au royaume de Hongrie , protéger les infants de la Cerda en Castille, et soutenir les Écossais contre le roi d'Angleterre. Il ne pardonna pas à Philippe le Bel le procès intenté à l'évêque de Pamiers, Bernard de Saisset, qu'il avait envoyé comme légat à la cour de France. Le pape évoqua l'affaire à son tribunal, et adressa au roi la bulle Ausculta fili^ où il lui reprochait longuement tous ses t(Hrts. Ce fut alors que, pour résister aux prétentions du saint-siége, Philippe le Bel créa une grande institution nationale : il convoqua les états généraux du royaume, où l'on vit paraître, pour la première fois , les représentants de la bourgeoisie à côté de ceux du clergé et des barons (1302). Les trois ordres furent unanimes pour soutenir les droits^ de la couronne. Les prélats eux-mêmes, dans une lettre adressée au pape, déclarèrent qu'ils étaient liés par leur serment envers le loi. L'année suivante, les conseillers de Philippe le Bel, Guillaume de Plasian et Guillaume de Nogaret, accusèrent Boniface VIII devant une assemblée de seigneurs et de prélats. On parlait, en France, de le faire déposer par un concile général. Le roi se trouvait compris dans la sentence générale d'excommunication prononcée contre ceux qui s'étaient opposés aux volontés dix pape.
En rompant avec la France, Boniface YIU n'avait pas su ménager ses propres sujets. Il avait déclaré la guerre à cette puissante maison de Colonna, qui comptait dans son sein deux cardinaux, et qui pos« sédait presque tous les châteaux de la Sabine. Dépouillés de tous leurs biens; les Colonna étaient les alliés naturels de Philippe le Bel. Aussi quand Guillaume de Nogaret vint en Italie, sous prétexte de négocier au nom du roi, un grand nombre de barons romains étaient tout prêts à prendre les armes, et à la tête de ce parti était Sciarra Colonna, le frère des deux cardinaux que Boniface avait déposés. Le pape était venu passer Tété à Anagni : la troupe de Colonna entra dans la ville sans résistance, aux cris de vive le roi de France I mort à Boniface! Tandis que le peuple pillait les maisons des cardinaux et même le trésor pontifical, Colonna et Nogaret arrivèrent jusqu'au pape. Quel*
ques historiens modernes oot prétendu que le gentilbûmme lomam a^ait osé toucher de son gantelet la joue du pontife ; maia Sismonfi , qu'on n'accusera pas de partialité en faTem des pqpes , affirme que cette anecdote est démentie par tous les historiens oontemporains ^ Colonna et Mogaret menacèrent Boniface de le conduire à Lyon pcnir le faire juger par un concile» et^ pendant deux jours, îifi le gardècent à ¥ue dans son palais. G*est ce que le Dante a lappelé dans un de ses poèmes : a Je vois les fleurs de Ik entref dans Anagni^ et, dan» la peiw sonne de son vicaire , le Christ priisoanier. » Le troisième jour, les habitants d'Ânagni eurent pitié du pontife qu'ils avaient ahandonaé; ils prirent les armes aux cris de mve It Pape ! et meurent /es traàttes t Soutenus par les paysans des environs ^ ils délivrerait le palais pou* tifical et remirent Bpni£ace en libertés Le. pape m rendu aussitôt à JRome où il comptait assembler un cencite. pour punir ses eauemis;. mais il tomba tout à coup malade,, et mourut, dil*Qn , dans uu eakk de fièvre chaude, un mois après les tristes scènes. d'Anagni.
L'autorité impériale ét,ait complètement effacée en Italie. Albert d'Autriche, qui s'était réconcilié avec Booifiace YIII et qui avait poDO" mis de le défendre , ne prenait aucun intérêt à ce qié se passait au delà des Alpes. La Péninsule était retombée dans l'anasebie; la guerre se rallumait partout entre les dtés,. entre les familles, a Ceux* là même , dit le Dante , qu'une même muraille et qu'ua même fossé renferment, se rongent les uns les autres^ » Et le poète^ dont le cmir saigne des maux de son pays , s'écrie : c O Italie esclave, hôtellerie de douleur, navire sans nocher au milieu de la tempête l... d Dante, qui était devenu Gibelin depuis son exil , ne voyait d'autre remàda aux souffrances de Tltaliti que la puissance impériale commandant aux villes et aux priaoes : « 0 Albert de Gennanie, tu abandonnes cette bête devenue indomptée et sauvage» toi qui,, ismie s» tes arçons, devrais la soumettre au frein*. Qu'un juste ch^^imenl tombe du ciel sur ta race! car loi et ton père, enlrdnés loin de nous par votre cupidité, vous avez pernûs la désolation du jairdiii de l'E^« pire ^. » Hélas 1 le poëte lui-même salaissait entraîner par l'esprit de parti; car à quoi aurait servi l'intervention d'Albert d'Autridie, sûwu à ajouter le fléau de la guerre étrangère aux misères intérieures qui dévoraient l'Italie ?
f . Sismondi, Ei^toire des républiques itaUennes (m mofjen âge, chap« 2. Oanle^ Jhargca^, cant. Yl, v. 97,
Le successear de Boniface YUI, BqdoU XI, n'eut aucune liberté dans son gouvernement. Les barons et même les cardinaux agitaient Rome par de continuelles séditions. Les Coloona rentrèrent dans la ville escortés de gens armés , et prétendirent fairç la loi au nouveau pape. Au printemps de 1304, Benoît sortit de Rome , malgré plusieurs cardinaux qui s'opposaient à son départ ; il alla s'établir à Pérouse , et il y mourut au moment où il se préparait à punir l'attentat d'Anagni. Le saint-siége resta vacant dix mois. Philippe le Bel profita des divisions du sacré collège pour faire nommer pape rarchevéque de Bordeaux , Bertrand de Got , avec lequel il avait fait un pacte secret (130S). A cette époque, la papauté devint française, conune à une autre époque elle avait été allemande. Bertrand de Got, prit le nom de Clément V, en souvenir de Clément IV, qui lui-même avait été si dévoué à la France, Ce ne fut point à Rome qu'il se fit sacrer, ce fut à Lyon, la Rome des Gaules. Philippe le Bel, Charles de Valois, et les principaux seigneurs de France assistaient à la cérémonie. Clément V créa bientôt dix nouveaux cardinaux , parmi lesquels il y avait neuf Français et un Anglais.
Les cardinaux italiens n'avaient passé les Alpes qu'avec répugnance, et leur doyen, Matthieu Rosso, de la famille des Orsini , dit au cardinal de Prato qui était dévoué au parti français : ce Vous en êtes venu à vos fins de nous mener au delà des monts ; mais l'Église ne reviendra de longtemps en Italie. y> En e0et , Clément V, après avoir résidé dans plusieurs villes françaises, à Bordeaux, à Toulouse, à Poitiers, vint s'établir à Avignon (1308), où il gouverna l'Église non pas seulement sous la protection ^ mais sous la direction du roi de France , et d'où il ne pouvait exercer sur ses domaines d'Italie qu'une autorité précaire et contestée^
(M^te à U prochaine Uvraison.)