Baronii Annales ecclesiasticif anno
3. Orsi, Deîla origine del dominio e délia sovramita de' romani fontefid, p. 145»
74 DES 0RI6INES
D^exi&te pas; les historiens contemporains, hors qn seul, n'en disent rien ; et Jean VIII lui-même n^en fait aucune mention dans les lettres qui nous restent de lui '.
, Le mouvement de dissolution politique qui avait suivi la mort de Gharlemagne ne s'arrêta pas au partage de l'empire en plusieurs royaumes. Ghaeun de ces royaumes se divisa en seigneuries indépendantes, où la puissance politique se confondait avec la possession de la terre. Partout la monarchie faisait place au gouvernement féodal. Dans une telle situation, il n'y avait plus d'autorité ceqtrale, d'institutions communes, et, si le nom d'empire subsistait encore, il y avait longtemps que la chose avait disparu. Charles le Chauve, qui avait sanctionné la puissance de la féodalité française par le capitu-^ laire de Kiersy (877)^ n'eut que l'ombre de l'autorité impériale; et, après lui, il y eut un interrègne de quatre ans dans le nouvel empire d'Occident. Son âis, Louis le Bègue, ne fut que roi de France. Car*' loman, ||ls atné de Louis le Germanique, qui possédait la Bavière depuis la mort de son pè^e, fut élu sans opposition roi des Lombards ; mais le pape Jean YIII lui refusa la couronne impériale. Deux des plus puissants seigneurs d'Italie, Lambert, duc de Spolète, et Adal-» bert, marquis de Toscane, se déclarèrent pour Carloman; ils entrèrent dans Rome à main armée, arrêtèrent le pontife, et forcèrent les Romains à prâter serment de fidélité au nouveau roi d'Italie. Jean YIII parvint à échapper à ses gardiens ; il alla chercher un asile en Pro-> vence auprès de Boson, qui gouvernait ce pa; s comme duc. Le temps était arrivé où la papauté allait se trouver, à son tour, exposée aux attaques de la féodalité italienne.
Après avoir passé quelque temps en France, où il avait présidé le concile de Troyes, Jean VIII retourna en Italie avec Boson, comte de Provence, qu'il avait adopté comme fils, et qu'il voulait opposer à Carloman. Les seigneurs et les évoques lombards n'ayant pas oon^ senti à se prêter aux vues du pontife, il retourna à Rome, où il n'exerçait qu'un pouvoir assez précaire; et de là il travaillait à soulever le piidi de la Gaule en faveur de Boson. Une diète ou plutôt un concile se rassembla au bourg de &lontaille, entre Vienne et Valence. Les archevêques de Lyon, de Vienne, de Tarentaise, d'Aix, d'Arles et de Besançon, se joignirent à dix-sept évoques de ces provinces. De comtes et des seigneurs laïques avaient été admis a cette assen^blée»
i. DauDou, £s$ai historique sur la puissance temporelle des papes, cbafi, ik
mais ils ne furâit point appelés à en signer les actes. Bosen fut élu roi ; et ce fut ainsi que se forma, sous les auspices de TÉglise romaine» ce royaume d*Ârles ou de Provence, qui enleva une partie de la France aux descendants de Cbarlemagne (879).
Le pape Jean VIII cherchait partout ua défenseur contre les bar-^ baras qui ne cessaient de menacer l'Italie. Le roi Carloman était mort; les seigneurs, les villes, les évéques eux-mêmes capitulaient avec les Sarrasins ; le pontife appela à son secours le frère puiné de Carloman » Charles, surnommé le Gros, qui n'avait régné jusqu'à ce jour que sur la Souabe, et qui devait bientôt recueillir, sans en être digne, tout l'héritage de Cbarlemagne. Jean YIII écrivait à ce prince, à la date du 30 octobre 880 : a Nous sommes sans cesse persécutés par les Sarrasins et par nos concitoyens, en sorte qu'il n'y a point de sûreté à sortir des murailles de Rome , soit pour le travail nécessaire à la subsistance, soit pour les actes de religion. Si vous ne veneai promptement nous secourir, vous serez coupable de la perte de cq pays'. »
Charles le Gros répondit à l'appel du pape; il vint à Rome, et fut couronné empereur. Il régna sur l'Italie ; un peu plus tard, il réunit tous les domaines que sa famille avait possédés en Germanie ; il fut même reconnu comme roi de France. Mais tous les pays qui s'étaient placés sous sa protection n*en étaient pas plus en sûreté contre leura ennenois : il ne sut pas mieux défendre l'Italie contre les Sarrasins que la Gaule contro les Northmans. Le pape en était réduit à prendra à sa solde des mercenaires qui le trahissaient, et à excommunier lea évéques qui traitaient avec les infidèles. Athanase, évéque de Naples^ resta plus c|*un an sous le poids de l'anathème ; mais enfin il envoya un de ses diacres au pape pour implorer son absolution, en promet-i tapt de renoncer à l'alliance des Sarrasins. Jean VIII envoya à Naples levêque Marin, trésorier du saint-siége, avec une lettre par laquelle il levait l'excooununication prononcée contre Athanase : a A condition, disoitr-il, qu'en présence de nos députés vous nous enverroz le plus que vous pourrez des principaux d''entre les Sarrasins, dont nous qmrquons les noms, après avoir ^orgé les autres. » Cette conditioQ d'absolution imposée par un pape à un évéque n'est guère conforme, dit Fleury, à Tancienne douceur de l'Église ^ ; mais elle peint la du-
\ . Johannis VIII EpisUf ap. Labbe, ConciL, t. IX. 2. Fleury, Histoire ecclésiastique, liv. LIII^ § 29.
reté des temps et Taffreuse situation de l'Italie, déchirée à la fois par Tanarchie intérieure et par rinvasion étrangère.
On murmurait partout contre Charles le Gros qui IsdssaitrEmpire sans défense. Les Sarrasins, établis sur le Garillan, s'étaient emparés du monastère du mont Cassin; les Northmans étaient venus assiéger Paris ; les Slaves et les Hongrois ravageaient TAUemagne. L'empereur Charles fut déposé à la diète de Tribur, en 887, et mourut au commencement de l'année suivante. Alors, dit la chronique de Metz, les royaumes qui avaient reconnu sa domination brisèrent le lien qui les unissait ^ Arnulf, fils naturel de Garloman, fut élu roi de Germanie. La France septentrionale choisit pour roi un descendant de Robert le Fort, Eudes, qui venait de défendre Paris contre les Northmans. Le nouveau royaume de Bourgogne fut divisé en deux États, dont le Jura fut la limite : Louis, fils de Boson, ne conserva que la Bourgogne inférieure ou Provence ; Rodolphe Welf se rendit indépendant dans la Bourgogne supérieure, c'est-à-dire dans le pays entre le Jura et les Alpes. Il y avait longtemps que la Navarre s'était séparée de l'empire carlovingien. L'Aquitaine et la Bretagne voulaient aussi avoir des rois. Arnulf détacha la Lorraine de la Germanie, et en fit un royaume pour son fils*Zwentibold.
Au milieu de ce mouvement des peuples qui aspiraient à l'indépendance, l'Italie s'était séparée de l'Allemagne. Deux princes du pays se disputaient la couronne des Lombards et le titre d'empereur : Béren* ger, duc de Frioul, et Guido, duc de Spolète^. Les domaines du premier s'étendaient depuis les Alpes jusqu'à l'Adige; il se fit couronner roi d'Italie par l'archevêque de Milan, pendant que Guido était au delà des Alpes, aspirant au royaume de France. Mais le duc de Spolète se hâta de revenir en Italie, et marcha contre son rival ; vaincu à Brescia, il fut vainqueur sur les bords de la Trébia,'et se fit reconnaître roi des Lombards à la diète de Pavie (890). Bérenger, repoussé au delà de l'Adige, réclama la protection du roi de Germanie. Dès lors, les Italiens regardèrent Guido comme le seul roi national qui pût assurer leur indépendance. C'était le fils de ce duc de Spolète qui s'était rendu si redoutable au saint-siége et avait fait Jean YIU prisonnier. Cepen-