RhegiD t. I, p
i 2. Rheginon, Chronic, ap. Pertz^ Monumenta histmœ germanicœ, scriptor..
dont le pape Formose consentit à le couronner empereur, ainsi que son fils Lambert.
Les Grermains n'avaient pas renoncé à Fltalie : Amulf, en dépit du démembrement qui avait suivi la déposition de Charles le Gros, se regardait comme Théritier de tout l'empire carlovingien. Il descendit deux fois dans la péninsule par la vallée de TAdige, que Bérenger lui avait ouverte : la première fois, il fut repoussé par les Lombards; mais, la seconde fois, il s'avança jusque dans les Etats de TÉglise; il prit d'assaut la cité Léonine, et se fit couronner empereur par le pape Formose (895). Guido était mort; mais son fils Lambert rallia un grand nombre de villes et de seigneurs. Ârnulf fut obligé de retourner dans ses États d'Allemagne qui étaient attaqués par les Slaves. L'ItaUe semblait comprendre qu'elle avait besoin d'être unie pour résister à l'étranger : l'ancien rival de Guido, Bérenger, se réconcilia avec Lambert, à condition qu'il conserverait lui-même le titre de loi, et que ses Étants s'étendraient jusqu'à l'Adda. Sous le pontificat de Jean IX, en 898, le sacre d'Amulf fut déclaré subreptice et har^ bare^ et Lambert seul fut reconnu empereur.
A la même époque, un concile tenu à Rome rétablit les droits impé* riaux en ce qui concernait l'élection des papes. On lit dans un des canons de ce concile c <c A la mort d'un souverain pontife, l'Église romaine est exposée à soufirir de grandes violences^ quand on consacre le nouveau pape à l'insu de l'empereur, et sans attendre la présence de ses commissaires qui empêcheraient le désordre. C'est pourquoi nous voulons que désormais le pape soit élu dans l'assemblée des évêques et du clergé tout entier, sur la proposition du sénat et du peuple; qu'il soit ensuite consacré solennellement en présence des commissaires de l'empereur, et que personne ne soit assez hardi pour exiger de lui des serments nouvellement inventés; le tout afin que l*Église ne souffre aucun scandale, et que la dignité de l'empereur ne soit point diminuée. » Le concile chercha aussi à réprimer une étrange coutume qui s'était introduite, et qui montre toute la barbarie de, ce temps : à la mort du pape, on pillait le palais pontifical, et le pillage s'étendait dans toute la ville de Rome et ses faubourgs. L'assemblée interdit de pareils actes, sous peine non-seulement des censures ecclésiastiques, mais encore de l'indignation de l'empereur et des châtiments temporels ^
H. Labbe, CondliorumCoUec^, t. 1X« .....
L'Église étftit d'accord avec les princes pour restaurer Tautorité impériale, parce que cette autorité était nécessaire pour maintenir Tordre intérieur ei pour défendre lltalie contré les attaques du dehors. On était d^ailleurs résolu à ne plus souifirir que des empereurs italiens. Après la mort de Xjamliert et d'Âmoul, les éyéques et les seigneuis de Germanie élurent, en 899, un fils d'Arnoul, désigné sous le nom de Louis Tenfant. Ils prièrent le pape de confirmer cette élection ; mais ni Jean IX ni son successeur Benoît IV ùe consentirent à eouronner le fils d*Arnoul, et TËmpire resta tacant jusqu'en 901 i
Les Italiens étaient Unanimes contre la domination allemande, tnais ils n'étaient point d'accord entre eux ; souyent même ils se plaisaient à entretenir la rivalité des princes, et, selon la remarque d'un bisto* Tien, ils aimaient à aToir deux maîtres, afin de les contenir Tun par l'autre ' . Depuis la mort de Lambert, Bérenger se regardait comme le mattre de l'Italie ; Louis, roi de Proirence, Tint lui disputer le pouvoir ; vaincu dans une première expédition, il jura de renoncer à toute préteùtion sur l'Italie, ce qui ne Tempécba pas de revenir quelque temps après : cette fois, il arriva jusqu'à Borne et se fit couronner empereur par le pape Benoist lY (901). Quatre ans après^ Bérenger le surprit dans Vérone, et lui fit crever les yeux. L'empereur Louis m rentra dans ses États héréditaires, abaridonnatt l'Italie à son rival. Bérenger fit reconnaître sa domination dans tout le nord de la péninsule; mais il ne fut couronné empereur qu'en 916, et il ne jouit pas longtemps de cette dignité. Les seigneurs italiens lui suscitèrent un nouvel adversaire dans la personne de Bodolphe II, roi de Bourgogne transjurane. Après une lutte qui se prolongea pendant trois ans, Bérenger fut vaincu à Fiorenzuola ; il n'échappa au combat que pour . tomber sous le fer d'un assassin à Vérone, où il avait fait crever les yeux à Louis III. Bodolphe n*eut que le titre de roi d'Italie: depuis la mort de Bérenger jusqu'au couronnement d'Othon le Grand, c'est-àdire pendant un intervalle de trente-huit ans, de 924 à 963, il n'y eut plus d'empereur d'Occident.
Sous Bérenger même, et sous ses prédécesseurs, l'autorité impé^ riale avait été purement nominale. C'était le temps où l'Italie^ comme les autres États sortis de l'empire carlovingien, subissait la révolution fikklalei Ce n'étaient plus seulement les anciens ducs lombards qui
i. Semper Italienses geminis uti dominis volunt^ quatenus alterum alterius terrore coerceant (Luitprand| iib, 1 , cap. z).
M disputaient rantorité Bupréme : les marquis d'Itrée, de Toscane fet de Camerino, étaient de Véritables souTerains. Les moindres seigneurs s^enfermaient dans leurs châteaux forts ; les Tilles s'entouraient de murs pour résister aux incursions des Hongrois et des Sarrasins» Ce fut là le commencement de leur liberté, et les plus anciens diplômés qui leur ont accordé ce droit remontent aux premières années du dixième siècle.
Au milieu de ce mouvement politique, plus sensible en Italie que partotit ailleurs, quelle était la situation de Rome et du poutoir pon* tiiical? L'autorité des papes n'était pas toujours reconnue dans leurs propres domaines. Les feudataires laïques, au lieu d obéir au pontife» osaient souTont lui dicter la loi. Les éréques eux-mêmes, entraînés par Tesprit du temps, se faisaient quelquefois souverains de leur cité» conune cet archevêque de Ravenne, qui, sous Nicolas I*', s était arrogé l'autorité politique dans les villes de l'exarchat et de l'Ëmiliei Dans rintérieur de Rome, le vieil esprit républicain s'était réveillé parmi le peuple ; les partis contraires étaient aux prises dans les élections; plus d'une fois de honteuses intrigues déterminèrent le choitt des Romains : témoin ces papes élus sous l'influence de deux patritriciennes fameuses, Tbéodora et Marozia. Des papes ainsi nommés n'édifiaient point le mpnde par leurs vertus chrétiennes; mais ils mon-^ trèrent quelquefois le vif sentiment de la nationalité italienne : on en vit qui défendirent le pays par les armes. Ainsi Jean X, élu par le crédit de Théodora, chassa les Sarrasins du poste qu'ils occupaient sur les bords du Garillan.
. Marozia, fille de Théodora j fut encore plus puissante que sa mère par son mariage avec un des principaux seigneurs des environs de Rome, avec Albéric, marquis de Camerino. Albéric fut tué dans une sédition ; sa veuve, grftce au pouvoir qu'elle exerçait sur les barons romains, s'empara par surprise du môle Adrien, devenu le château Samt-Ange; de là elle dominait la ville et tenait le pape en échec. Elle o&it sa main à un seigneur encore plus puissant que son premier mari, à Guido, marquis de Toscane. Les deux époux, après avoir réuni les forces dont ils pouvaient disposer, furent vraiment les maîtres de Rome. Ils firent tuer un frère de Jean X, et enfermèrent le pape lui-même dans une prison oii il ne tarda point à succomber. Ds disposèrent de la tiare comme de leur bien : Léon VI et Etienne VU furent leurs créatures. En 931, Marozia fit nommer pape son second fils, qui prit le nom de Jean XI, et qui n'eut dans Rome aucune auto-
rite temporelle. M^rozia s'était réservé tout le pouYoir politique, et continuait de résider au chftteau Saint-Ânge '•
Une nouvelle révolution s'était accomplie dans le nord de la pénin<suie. Le roi Hugues de Provence avait passé les Alpes à son tour, et ^ s'était fait proclamer roi d'Italie, en 926, à la place de Rodolphe de Bourgogne. Marozia, ayant perdu son second mari, le marquis de Toscane, fit proposer au roi Hugues de l'épouser, promettant de lui apporter Rome pour dot. Ce prince accepta la proposition ; il vint à Rome, épousa Marozia, et prit possession du château Saint- Ange. Mais ses manières hautaines indisposèrent contre lui plusieurs seigneurs* Un jour, au sortir d'un repas, le jeune Albéric, né du premier mariage de Marozia avec le marquis de Camerino, présenta l'aiguière à son beau-père, et lui versa maladroitement l'éau sur les mains ; Hugues frappa le jeune homme à la joue; Albéric, indigné, appela les Romains aux armes et força le roi à prendre la fuite. Hugues ne put jamais rentrer dans Rome; Marozia fut renfermée dans un couvent ; le pape Jean XI fut gardé à vue dans le château Saint-Ange, et son frère Alliéric resta maître du gouvernement.
Rome se croyait redevenue une république : Albéric la gouverna pendant vingt-deux ans, prenant indifféremment le titre de consul ou de patrice. Durant cet intervalle, la puissance temporelle du pape fut complètement suspendue, et il restait à peine quelque liberté au pouvoir spirituel. Depuis la chute de Marozia, Jean XI était prisonnier. Les quatre pontifes qui lui succédèrent furent élus sous l'influence d' Albéric et ne purent rien faire sans son aveu. En 936, un abbé français que TÉglise a mis au nombre des saints, Odon de Cluny, viqt à Rome, et réconcilia Hugues avec Albéric, à qui le roi donna sa fille en mariage. Quelques années plus tard, le patrice, qui disposait des biens ecclésiastiques, donna à saint Odon le monastère de Saint-Élie, près de Nepi.
Albéric avait transformé Rome en une sorte de principauté léo^ dale: sous ses ordres, les barons romains étaient devenus des vassaux dociles, et, à sa mort, en 954, son fils Octavien lui succéda sans obstacle. Deux ans après, le pape Agapit II étant venu à mourir, le jeune patrice, qui était clerc, se fit décerner à lui-même le pontificat, et gouverna l'Église sous le nom de Jean XII. Ce fut ainsi que le pouvoir temporel fut rétabli, après une trentaine d'années d'inter-