‹ Le Magasin de librairieChapitre 122 sur 180 · Voyez la 34« Livraisou · texte numérisé non relu

Voyez la 34« Livraisou

ne prétendons pas qu'il soit évident sous sa forme abstraite. Gomme beaucoup de principes à priori, il ne se manifeste, selon nous, que sous une forme obscure et synthétique, par un travail mystérieux de rintelli* gence , dont le résultat seul est directement apparent pour la conscience. Si cela est vrai, si tel est réellement le caractère de ces principes , il n'y a qu'un moyen de les démontrer : c'est de prendre un certain nombre de faits attestés directement par la conscience , et de montrer par l'analyse qu'ils se ramènent à l'un de ces principes , ne peuvent s'expliquer que par lui, qu'il est la seule hypothèse suffisante à en rendre compte, et, par conséquent, l'hypothèse vraie. Nous l'avons déjà dit, c'est précisément la méthode par laquelle l'astronomie a découvert et démontré la gravitation universelle, par laquelle la physique démontre la chaleur ou l'électricité. Pour prouver que l'homme croit à priori à la constance et à l'universalité des lois de la nature, il n'y a qu'un moyen. Ce n'est pas d'en appeler au sens intime : sous sa forme abstraite, le principe n'est pas évident; c'est de faire voir qu'un grand nombre de jugements particuliers et concrets que portent à chaque instant les hommes les plus différents par la culture intellectuelle, présupposent ce principe et ne peuvent s'expliquer que par lui. Pour démontrer la réalité du principe moral, tel que nous l'avons énoncé , il ne s'agit pas de faire appel à une prétendue évidence ; mais il faut et il suffit de prouver que toutes les vérités morales s'expliquent par lui; qu'en l'admettant par hypothèse, on peut les en déduire toutes, tandis qu'au contraire tous les autres principes qu'on a voulu invoquer sont insuffisants à en rendre compte. -Notre démonstration va donc consister à prendre un certain nombre de questions morales, et à prouver, en même temps, que^la solution indiquée par le sens commun s'explique logiquement par le principe utilitaire, et ne peut s'expliquer par aucun autre.

Gela dit sur la portée que nous attribuons à la discussion qui va s'engager, nous n'avons plus qu'à l'aborder immédiatement.

Une première question, question générale, se présente tout d'abord. La conduite humaine doit-elle se régler d'après des préceptes généraux, préconçus, qui ne laissent à l'homme, lorsqu'une occasion particulière d'agir se présente, qu'à examiner sous l'application de quelle règle générale tombe le cas dont il s'agit? ou bien, au contraire, l'homme doit-il, dans chacun de ces Cas, se régler par des considérations spéciales et se poser directement la question de savoir ce qu'il doit faire ? — Gette seconde solution ne peut être soutenue que par la doctrine idéaliste la plus absolue , la doctrine du sens moral, qui admet que, dans chaque circonstance particulière, une perception immédiate de la conscience vient nous révéler notre devoir. Encore la

Page 1