Jules Simon. Du Devoir, p
part, l'homme a toujours été un être docile par nature , sur lequel l'éducation et l'autorité de l'exemple ont un pouvoir immense ; nous n'avons pas la prétention de le diminuer, et nous espérons même qu'U s'augmentera à mesure que les principes qui dirigeront la société seront en plus parfaite harmonie avec le sens commun et les instincts secrets de l'humanité. Nous ne craignons donc pas que le triomphe définitif du libre examen et de la méthode scientifique dans les sciences morales et politiques soit le signal d'une anarchie funeste dans les opinions et la conduite de tous les hommes. D'autre part, nous n'en espérons pas une ère de progrès merveilleux et inattendus ; le temps est passé de pareilles illusions. De tout temps le principe utilitaire a présidé, selon nous, aux développements et aux progrès de la morale. Depuis un siècle, son influence est devenue plus apparente, et n'a pas été étrangère , nous le croyons, aux transformations qu'ont subies la société et les idées morales et politiques. Après ce grand mouvement, les progrès à faire seront sans doute lents et difficiles , et l'utilitarisme , en posant les questions avec plus de netteté, devra^ pour en faire progresser la solution, compter moins sur lui-même que sur les progrès des sciences psychologiques , sociales et politiques. Mais pourtant, en indiquant à la morale son vrai principe et sa vraie méthode , en lui donnant conscience d'ellemême, nous croyons qu'il contribuera^ pour une notable part, à en affermir les résultats acquis et à en activer les progrès futurs. C'est là notre ferme conviction, et, en essayant de le relever de son discrédit, et de renverser à son profit un système moral aujourd'hui triomphant, nous n'avons pas cru satisfaire seulement à un pur instinct de curiosité scientifique; car nous pensons, avec tous ceux qui ont foi en la raison humaine, qu'elle gagne à se rendre compte d'elle-même, et que nos facultés sont des instruments comme tous les autres , dont on se sert avec plus de force et de justesse quand on en connaît mieux le mécanisme.