L'ANNÉE LITTÉRAIRE* ^ÊHAPITRE XXIX
lien», CQBBiie U y es a une au bois de Bralogne et «nx Charape-Élysées, c'est-à^dicB cpCua ceitain ncnabffe d^faenimes et de femmes ra rendent une Ibis pap- sanaine dans une loge de la saUe Lepelfelier et de la salle Ventadonr, pour paswr la soirée, pam ^le c'est la mode de Tenir y étaler sa toikette et sss bijoux, de MêoBe que c'est la mode de se montrer une fois par jour snv l'avenue de ï'Inqpératrioe en calèche ou à diev^ On revoit le même opéra, absolument comme on reroit la cascade, le lae, lie lomi-point du bois de Boulogne. Bans tes antres théâtres on ne met les pieds qu'une fois pour la pièce noujà\e : qui estrce qui, de plein gié, xat Toir deux fois le même drame, la même comédie, le même opérfr-comique? Qui est-ce qui relit un foman;? Il y a pourtant de grands succès au tiiéâtre et dans la Utté-» sature. C'est tout le B»nde qui lés fsût, ce tout le nnnde qui avait a9irtreftHS plus d'esprit qae Voltaire, je le veux bien, mais qui mai]»tenant me semble bien inaU^Térent à Te^rit. il est bon d'avoir tout le monde pour soi, mais il n'est pas mauvais nos pkas d'être l'élu de quelques-uns. Vive la foule ! et vive aussi le puUicI
Entre nous soit dit, dans ce temps-<;i on a plus feeilement la toàle que le public. Qu'entendes-vous donc, me dira^touî, par ce mot de public, qui revient à chaque instant sous votre plume ? Un publie, c'est vous, c'est me», ce n'est pas tsut le monde. Le public existe in^ dépendaniment du nombre. Un seul spectatemr fidèle, attentif) tenace, peut à la rigueur foire un public et honorer un professeur. Félicitons les maîtres qui ont des milliers d'auditeurs, mais ne rions point de ceux qui n'en ont que deux ou trois. Ces trois auditeuTS sont là dé leur plein gré ; ils ont fait im choix ; ils veulent écouter cette parole et pas une autre, ils sont venus aujourd'hui, ils reviendront demain, ils ne se lasseront pas de l'entendre ; ils seront en communauté perpétuelle d'idées, de sentiments, d'opinions avec l'orateur : voilà ce que j'appelle un public, c'est qndque chose de particulier, de personnel, de fomilier, une créati<»i involontaire, un attrait, un charme, im don , un grand nombre d'individus que vous ne connaissez pas , et qui sont vos amis une heure par semaine... N'allons pas plus loin, ce serait battre la campagne ; j'en ai assex dit pour faire comprendre que la chose du monde la plus agréable et la plus difficile à avoir quand on est tribun, avocat^ comédien ou professeur, en un mot quand on s'adresse au public, c'est d'avoir un publie.
M. Saint-Marc Girardin a un public. C'est une bonne fortune et un bonheur que personne ne peut lui contester. Je l'ai vu, je l'ai
étudié, j'en ai fait partie un jour que j'étais monté à la Sorbonne, pressé par ce besoin d'entendre parler d'art, de poésie, de littérature, qui presse encore de temps en temps les hommes de ma génération, et dont on ne parviendra jamais à les déshabituer entièrement.
Le cours de M. Saint-Marc Girardin commence à midi et demi; dès onze heures et demie , le grand amphithéâtre de la Sorbonne est garni; ceux qui arrivent à midi ont de la peine à trouver de la place ; les retardataires sont obligés de se tenir debout aux deux entrées de la salle. La position est fatigante ; mais une heure est bien Yite passée à entendre le professeur , qui , d'ailleurs , évite de fatigua l'attention de son auditoire. On abusait vraiment im peu trop dans nos Chambres des discours de trois ou quatre heures; cela a plus nui au régime parlementaire qu'on ne le croit. Une heure de politique , deux heures , passe encore ; mais un grand tiers de la journée passé à discourir sur la même question , ce n'est plus un discours , mais un rabâchage, qu'on me passe l'expression. Une heure et demie de littérature, c'est'assez ; si la leçon dure plus longtemps, la dureté des sièges, l'absence de dossiers, la gêne du voisinage et de la posture, la chaleur de l'atmosphère, exercent leur influence, et en écoutant les plus belles phrases du monde , on soupire après le moment de s'en aller. Mais aussi pourquoi la littérature garde-t-elle avec une espèce de vanité et d'ostentation son vieux mobilier du dix-septième siècle? L'honneur de la Sorbonne exige-t-il que ses auditeurs soient durement assis sur des bancs de bois étroits, sans appui, sans espace entre les gradins? On est mieux assis au parterre des Funambules que dans les salles de la Sorbonne et du Collège de France. La tradition, dit-on , le veut ainsi. Nargue de la tradition! je suis habitué aux commodités de la vie, et je prétends les trouver partout. Si j'entre dans un cercle , je m'asseois sur un siège commode ; au théâtre , on m'offre un fauteuil bien rembourré, il me semble que j'écoute la comédie ou l'opéra au coin de mon feu , il ne me manque que mes pantoufles et ma robe de chambre; au concert, c'est la même chose; en voyage , je m'étends sur les vastes coussins d'un v^aggop de première classe. Le confortable m'environne, il me sourit, il m'attire, il m'ouvre, partout où je me présente, ses bras bienveillants; je m'y précipite.
Quoi ! des fauteuils à la Sorbonne comme à l'orchestre de l'Opéra l Non , non , pas même des bancs rembourrés. Respectons l'austérité vénérable de l'établissement de Robert Sorbon ; asseyons-nous sur le