CHAPITRE XXIX
chêne où nos pères se^nt assis. Arrière les sybarites et les profanes ! quand Fesprit est captivé par Téloquence , le corps n'éprouye pas le besoin d'étendre ses jambes , ni d*appuyer son dos quelque part. Eh bien ! soit, laissons de côté ces questions matérielles, conservons Tantique mobilier de la Sorbonne; mais, 6 Pascal! ô Bossuet! ô Corneille! ô Racine! ô Boileaul souffrez que nous demandions pour vous d'autres fresques et d'autres statues. A quels artistes de salon de cent couverts a-t-on confié le soin de reproduire vos traits augustes? Qu'un badigeon vengeur fasse disparaître des murs les traces de ces profanations, et que l'État commande à des peintres, à des sculpteurs dignes de ce nom , la tftche glorieuse de faire revivre par Fart les grands hommes du dix-septième et du dix-huitième siècle dans le temple où l'on relit et où l'on commente sans cesse leurs écrits ! Si . l'État ne veut rien faire 'pour ces morts illustres , qu'ils cessent du moins d'être exposés en caricature sur les murailles sorbonniennes. Entre ces grotesques peintures et la nudité murale, mon parti est pris. Je vote pour le lait de chaux , sans phrase.
Je demande une restauration complète du grand amphithéâtre de la. Sorbonne; Pourquoi l'État ne feraitp-il pas pour la littérature ce qu'il a fait avec tant de générosité pour la religion , pour les monuments d'utilité publique, pour le conseil d'État, pour le Sénat, pour le Corps législatif , pour le Palais de justice, pour FHôtel de ville, pour la Préfecture de police? On met de la peinture partout, et on a bien raison , les églises surtout en sont pleines; on n'y voit que peintures sur les murs, au plafond, dans le bas, dans le haut, au dedans, au dehors; ce ne sont plus des peintures, vraiment, mais des illustrations. Pourquoi la Sorbonne n'aurait-elle pas son tour? La décoration de son amphithéâtre est vraiment ridicule; M. Yillemain s'en moquait déjà il y a vingt-cinq ans. Je n'en dirai pas davantage.
U est midi un quart, la leçon ne tardera pas à commencer; l'exactitude est la politesse des professeurs , aussi bien que celle des rois et des simples particuliers. M. Saint-Marc Girardin est exact. H me reste encore dix minutes. Étudions le public, ce public dont je viens de parler tout à l'heure.
Le mot de public convient-il bien à cet auditoire? N'est-ce pas plutôt une phalange , un bataillon sacré , quelque chose comme la vieUle garde de la littérature? Je ne vois autour de moi que grognards et vétérans. Salut, glorieux débris de la grande épopée parlementaire! conscrits en 1827 , vous avez fait les premières campagnes