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CHAPITRE XXIX

et surtout dans cette forme cette, incisive, naturelle, qui fait de Boileau, dans son genre, un des plus grands poètes de la littérature française, et de toutes les littératures. Comme philosophe, Boileau me semble discuter et conclure assez faiblement, en comparant la conduite des animaux à celle de l'homme, et en accordant la supériorité aux premiers sur le second. Bossuet prend fort au sérieux la huitième satire, et, dans son Traité de la concupiscence, il reproche à l'auteur d'attaquer « en forme, jusqu'à la raison, sans songer qu'il déprise l'image de Dieu, dont les restes sont encore si vivement empreints dans

notre chute d 11 appelle ses plaisanteries « fausses et dange- •

reuses; » fausses en efifet, le plus souvent, mais nullement dangereuses. Quelques-unes de ces plaisanteries même sont courageuses et s'attaquent à des abus funestes aux mœurs. Dans Boileau, le critique et le moraliste sont bien supérieurs au philosophe. De combien de ridicules, de travers, de vices mékne n'a-t-il point fait justice? Qui eût plus que lui le courage si rare en France d'aller en guerre contre les vieilles gloires et les vieux préjugés ! La raison et la décence protestaient en vain contre une jurisprudence ridicule et obscène, passée des coutumesjdu moyen âge dans les nôtres, et soigneusement mainte» nues parles partisans aveuglesde la tradition judiciaire. Boileau, dans la satire dont s'occupe le professeur aujourd'hui, l'attaqua avec force :

Jamais la biche en rut n'a, pour fait d'impuissance , Traîné du fond des bois up cerf à l'audience : Et jamais juge entre eux ordonnant le congrès De ce burlesque mot n'a sali ses arrôts,

Et à ce propos, M. Saint-Marc Girardin nous lit l'exorde du réquisitoire de l'avocat général Lamoignon contre cette jurisprudence odieuse et grotesque en même temps. Le congrès fut ordonné, pour la dernière fois, dans l'afiaire du marquis de Langeais, fort longuement racontée dans Tallemant des Réaux. Les juges et les matrones se ras* semblèrent ; la plaignante et l'intimé parurent devant eux, et le mari fut déclaré atteint et convaincu du fait dont se plaignait sa femme : il se remaria et eut sept enfants. Voilà comment on respectait la sainteté des nœuds du mariage, la pudeur publique, et l'honneur des familles dans un temps que Ton oppose encore au nôtre, au point de Tue de la morale et des mœurs. Le réformateur du Parnasse fut donc aussi dans cette circonstance le réformateur de la justice, c'est un

honneur qu'il est bon de lui rendre et qui rejaillit tout entier sur les lettres. Boileau fut dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, Torgane des honnêtes gens, il devança la magistrature, et il parla au nom de Topinion publique avant que M. de Lamoignon prît la parole au nom du droit. Si, de son temps, ce fut un grand honneur pour Boileau de trouver dans M. de Lamoignon un approbateur et un imitat^jor, aujourd'hui , ainsi que Ta très-bien fait remarqua M. Saint-Marc Girardin, c'est l'avocat général qui est honoré de se présenter devant la postérité en donnant la main au poète.

U ne faut pas abuser des épisodes dans une leçon, pas plus que dans une histoire, mais il est bon d'y recourir de tjsmps en temps; ce sont des jours qui éclairent un tableau. M. Saint -Marc Girardin manie l'épisode avec habileté. Avant l'épisode du congrès, l'auditoire s'était arrêté avec plaisir à celui de la prétendue satire inédite de Boileau, trouvée dans les papiers de Gonrart. Que ne trouve-t-on pas dans ces fameux papiers ! On y a fait d'assez heureuses découvertes; pour cette fois, cependant, l'odorat des chercheurs a^té mis en défaut, et le professeur leur a démontré qu'ils étaient sur une fausse piste : il lui a suffi pour cela de lire [quelques-uns des principaux passages de la pièce de vers en question. Ce n'est pas ainsi qu'écrit Boileau même dans ses mauvais moments , mais c'est de cette façon qu'a pu écrire un des nombreux poètes qui s'essayaient alors à l'imiter. L'imitation de Boileau a été portée à un degré de perfection qu'elle ne pouvait avoir à cette époque, c'est pour cela qu'on trouve dans la satire exhumée par M. Louis Passy tant de morceaux faibles, à côté de deux ou trois qui rappellent le ton et le style de Boileau. On me demandera sans doute , maintenant , quels sont le ton et le style de M. Saint-Marc Girardin dans ses leçons? N'ayant jamais entendu les maîtres de l'âge héroïque du profes^rat, MM. Cousin, Guizot et Yillemain, je ne saurais les prendre pour poiiit de comparaison, et d'ailleurs M. Saint-Marc Girardin a, comme les maîtres, son individualité propre. C'est un causeur aimable, spirituel, sans prétention, et cependant chez lequel les rapprochements généreux et élevés abondent ; qui sait faire intervenir son auditoire dans l'action , et qui a l'art de donner au monologue l'air d'une conversation, art difficile, qui assure au professeur la sympathie de son auditoire et son action sur les esprits. C'est le grand, le véritable art du professeur.

M. Saint-Marc Girardin a annoncé en commençant qu'il parlerait de la huitième satire et de la dixième :

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