‹ Le Magasin de librairieChapitre 134 sur 180 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux» Chrétienne dans Paris ^ musulmane en ces lieux.

Non, la reconnaissance est un faible retour, Un tribut offensant, trop peu fait pour l'amour.

Je me croirais haï d'être aimé faiblement.

L'art n'est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin.

L'art le plus innocent tient de la perfidie.

Zaïre, si je ne me trompe, est de 1732 , Toici par conséquent cent vingt-huit ans bien sonnés que cette tragédie est au répertoire. On Fa reprise dernièrement au Théâtre-Français. Je me demande si, dans un siècle et demi , il en adviendra autant à nos chefs-d^œuvre d'aujourd'hui , à ces pièces que l'on joue cent fois de suite par contrat, dont tout le monde parle la veille et le lendemain de la première représentation, et qui tombent ensuite dans l'oubli et le silence le plus profonds.

Mais laissons là Voltaire et parlons un peu du professeur, car c'est pour lui que nous sommes venus. L'auditoire de M. de Loménie est nombreux, et, comme celui de M. Saint-Marc Girardin , composé en grande majorité de personnes d'un âge mur. Les jeunes gens sont aussi rares sur les bancs du Collège de^France que sur ceux de la Sorbonne. Le talent du professeur cependant aurait de quoi les attirer. M. de Loménie est un esprit distingué; il parle avec esprit et facilité sans viser à l'éloquence ; il a du goût , de la finesse , de la pénétration : que faut-il de plus à un orateur? les circonstances. Je plains vraiment ces professeurs obligés de parler devant des auditeurs de cinquante ans. A cet âge-là , on estime un professeur , on l'écoute avec une attention soutenue , on l'applaudit même souvent , mais tout cela avec la froideur de la cinquantaine. Rien ne vaut pour le professeur l'enthousiasme des jeunes gens. Tout homme, qui enseigne publiquement et qui n'agit pas sur la jeunesse manque son but. Ce n'est , s'il en est ainsi , "ni la faute des maîtres , ni celle des élèves. On accuse la jeunesse actuelle d'une grossière indifférence pour tout ce qui concerne les choses de l'esprit. On a raison. Cependant on ne peut demander à des jeunes gens sortis, pour ainsi dire.

la veille de leurs collèges, et entraînés dans le monde des idées courantes, et vers les ouvrages du jour, d'accourir en foule pour entendre commenter les ' tragédies de Voltaire et les épitres de Boileau, qu'hier encore ils étaient obligés d'apprendre par cœur et de réciter en classe. Pourquoi donc, me dira-t-on, se pressaient-ils tant autrefois au cours de M. Villemain? leur parlait-il d^autre chose que de nos grands écrivains ? Eh ! mon Dieu oui ! Dans le tableau de l'histoire de la littérature au dix-huitième siècle , qu'il présentait à ses auditeurs , le dix-neuvième siècle était en scène à côté de son devancier, le présent se glissait à travers le passé, chaque leçon fourmillait sinon d'allusions du moins d'applications au moment actuel, en un mot, le professeur faisait de la politique, et il n'en pouvait être autrement , car la littérature embrasse tout , la polémique , Tart oratoire^ l'histoire, la diplomatie; un discours, un article, une dépêche, tout cela est du domaine littéraire. I3n cours de littérature , quand le professeur est obligé de s'en tenir à la phrase^ au mot , au style, n'est à proprement parler qu'un cours de rhétoriqpie. Les hommes d'un certain âge qui savent quel plaisir on trouve à perfectionner de jour en jour son goût , et à parler des chefs-d'œuvre de notre poésie, suivent un pareil cours avec ardeur quand la chaire esA occupée par un maître d'élite ; mais il faut encore autre chose pour passionner la jeunesse.

Un nombreux cortège d'amis conduisait l'autre jour à sa dernière demeure un homme honnête, dévoué, désintéressé, un artiste véritable, qui, sans avoir rien produit, ni tableau, ni statue, ni vase, a fait beaucoup plus pour l'art qu'une foule de gens dont les œuvres figurent à nos expositions. Nous voulons parler de M. Sauvageot. Raconter comment il parvint à se procurer cette collection qui forme aujourd'hui un musée n'est plus possible aujourd'hui ; le collecteur de tant de chefsrd'œuvre a emporté avec lui les documents nécessaires pour écrire cette histoire, ou plutôt ce poëme de patience, de ténacité, d'abnégation; nous ne pouvons plus juger de ses efiorts que par leurs résultats : ils ont de quoi étonner, quand on songe que c'est avec les seules ressources pécuniaires d'un simple violon à l'Opéra et d*un modeste employé des douanes, que M. Sauvageot parvint

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