‹ Le Magasin de librairieChapitre 135 sur 180 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

à former cette réunion de précieux objets d'art dont s'est mrichi le LouTre*

Il commença, il est vrai, i s'en occuper dans un temps ou les «euTres des artistes du moyen âge et de la renaissance excitaient un empressement moins yif qu'aujourd'hui, ou plutôt n'en excitaient pas du tout. Le passé n^était guère eM fa^our, et le discrédit politique ou il était tombé s'étendait jusqu'à l'art lui-même* La fureur a'œugle qui portait les plus ignorants à briser les innocentes reliques des ^eux figes se changeait, chez les plus éclairés, en une indifiTérenoe ▼oisine du dédain. Emportés par le tourlnlloQ de la révolution , les hommes ne voyaient ni les grandes ni les petites ruines qu'elle faisait autour d'elle. Quand les églises tombaient, qui allait s'inquiéter d'un missel ^i d'un bénitier? L'âme de Sauvageot s'émut à La vue de tant de travaux merveilleux , témoignages de la patience, de l'imagination, de la poésie, de la science de nos pères, livrés à la destruction ; il entreprit de sauver tant de trésors, et désormais sa vie n'eut plus d'autre but; il se consacra à une mission analogue à celle de Lenrâr, mais plus difficile, plus méritoire, en ce sens qu'il se passa du con<^ cours du gouveraemenl et qu'il ne compta jamais que sur lui-même.

On ne se voue pas à une pareille tâche sans être un artiste. C'est cm sentiment instinctif de l'art qui révéla à Sauvageot la valeur d'une Coule d'objets dont personne autour de lui ne comprenait la beauté et le mérite, qu'on méprisait le plus souvent. Sauvageot dépassa le niveau artistique de son temps ; il fut un précurseur à sa manière. L'instinct de la spéculation , qui lança plus tard bien des gens dans la voie ouverte par Sauvageot, ne fut point ce qui le poussa , mais l'unique besoin de satisfaire un goût d'art personnel et désintéressé ; car plus tard, à l'âge où l'homme sent plus vivement le besoin d'un repos entouré des satisfactions matérielles de la vie, et dans une époque où ces satisfactions sont si ardemment recherchées par les jeunes aussi bien que par les Tieux, Sauvageot refusa d'échanger sa collection contre six cent mille francs que lui offrait un riche financier. L'homme qui aurait pu vivre au milieu du luxe se contentait du mince revenu , fourni par sa double retraite de violon et d'employé, revenu dont une partie était encore consacrée à augmenter >cette chère collection pour laquelle il avait renoncé aux joies du mariage et de la paternité, et qui a été pendant toute sa vie sa femme, son enfant, sa famille. Pour satisfaire cette noble et douce afiection, il lui fallut supprimer, pour ainsi dire, toutes les autres, et régler de

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