L'ANNÉE LITTÉRAIRE, —CHAPITRE XXIX
bonne heure sa vie en la bornant au simple nécessaire; pendant près 4e soixante ans, tout le temps dont il pouvait disposer en dehors de ses occupations, toutes ses économies, il les consacrait à rechercher et à acquérir les objets précieux qui composent son musée. L'amour qu'il avait pour eux, et c'est là précisément la marque des attachements véritables, allait jusqu'au delà 'de sa vie. G*est pour que ces objets ne fussent pas dispersés après sa mort qu'il en fit don à son pays, il y a cinq ans environ, à la seule condition qu'on ne l'en séparerait point de son vivant. Sa collection fut transportée au Louvre; on lui offrit le titre, le logement et le traitement de conservateur; désintéressé jusqu'à la fin, il refusa le traitement, mais il continua d'augmenter de ses propres deniers, cette collection qui ne lui appartenait plus, continuant ainsi toujours sa noble générosité. Sauvageot a pu ainsi passer en paix ses derniers jours à côté des chefs-d'œuvre qui lui rappelaient les peines, les soucis, les privations, et aussi les émotions et les joies de sa jeunesse ; son cœur patriote était surtout heureux de songer que sa collection ne passerait pas à l'étranger. H est mort en emportant cette consolation.
Le nom de Sauvageot restera attaché au musée qu'il a formé , et dont il a si généreusement doté son pays. Nous voudrions que l'État marquât par le don d'une modeste tombe sa reconnaissance et son estime pour ce citoyen utile et désintéressé, vraiment grand, qui a aimé les arts pour eux-mêmes et qui leur a rendu de véritables services.