‹ Le Magasin de librairieChapitre 145 sur 180 · Et moi^ comme à son lit je me vis destinée · texte numérisé non relu

Et moi^ comme à son lit je me vis destinée

Je donnai par devoir k ton affection Tout ce que Tautre avait par inclination.

(Acte ly soène m.)

épreuye impossible en voulant que Saint -Preux vécût auprès de Julie, comme s'ils ne s'étaient jamais aimés ou comme s*ils ne pouvaient plus s*aimer encore; comme s'il suffisait de la volonté pour étouffer les feux de la passion ; comme si la première sagesse n'était pas de fuir le danger et surtout de ne pas s*y plaire.

Dans un roman moderne, Jacques de madame Sand, ce n*est plus Tamant qui se retire, comme dans Polyeucte, ou la femme qui meurt, comme dans la Nouvelle Héloîse : c'est le m^ri qui disparaît. Gomment et pourquoi? Ici j'ai besoin de quelques citations pour bien faire comprendre la comparaison que je veux établir entre- la trilogie du mari, de la femme et de l'amant dans Polyeucte^ dans la Nouvelle Héloïse et dans le roman moderne; comparaison toute dramatique et non point morale, entendons-le bien : car ce sendt une puérilité ou une inconvenance que de comparer moralement l'allure des trois personnages, dans Polyeucte par exemple , et dans Jacques. D'un côté le bien, de l'autre le mal : quelle comparaison morale y a-t-il à faire? Mais, du bien ou du mal, qu'est-ce qui dans le drame produit le plus d'effet? qu'est-ce qui nous émeut le plus? Voilà la question que je veux traiter, question toute littéraire et où la morale n'a que faire, même pour être défendue.

Pourquoi dans Jacques est-ce le mari qui disparaît, comme faisant l'embarras de la trilogie, au lieu que dans Polyeucte c'est l'amant, et dans la Nouvelle Héloïse c'est la femme? Il y a là toute une doctrine, dont le mari lui-même se fait le prédicateur dans une lettre que Jacques écrit à Fernande^ sa fiancée, la veille même de son mariage : « La société, lui dit-il, va vous dicter une formule de serment; vous allez jurer de m'êlre fidèle et de m'être soumise, c'est-à-dire de n'aimer jamais que moi et de m'obéir en tout. L'un de ces serments est une absurdité, l'autre une bassesse. Vous ne pouvez pas répondre de votre cœur, même quand je serais le plus grand et le plus parfait des hommes; vous ne devez pas me promettre de m'obéir, parce que ' ce serait nous avilir l'un et l'autre ^..Y>

Fernande, ainsi avertie, use de la liberté qui lui a été reconnue, et, dès qu'elle sent qu'elle aime un autre que son mari, elle se laisse aller sans scrupule à cet amour. Jacques lui-même, le mari, ne songe ni à s'étonner ni à se plaindre de la passion et par conséquent du droit que sa femme a contre lui : a Nulle créature humaine ne peut

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