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Tome IX. * 33* LÎTraison

ë2 DES ORIGINES

avoir été emprisonnée dans un château sur les bords du lac de Garda, était parvenue à s'échapper, et avait trouvé un asile dans la forteresse de Canossa. Il épousa cette princesse, et la vengea de ses ennemis. Il entra dansPavie sans résistance, et fut couronné roi d'Italie (951); mais il fut bientôt obligé de retourner en Allemagne pour combattre encore les Hongrois. Bérenger et son fils vinrent faire leur soumission à Othon dans la diète d'Augsbourg, et il consentit à leur rendre comme fief le royaume de Lombardie ; il ne garda que les Marches de Vérone et d'Aquilée, pour avoir une entrée libre en Italie. ' Mais la lutte recommença quelques années plus tard. Dans Tintervalle, le nom d*Othon avait grandi par cette bataille d'Augsbourg, qui avait mis un terme aux invasions des Hongrois, et qui était une victoire pour tous les peuples chrétiens (955). Les seigneui^s lombards implorèrent de nouveau la protection germanique contre Bérenger. L'aristocratie italienne craignait toujours de rencontrer un maître dans un de ses anciens égaux. Le pape lui-même, Jean XII, qui agissait dans cette circonstance moins comme dief de l'Église que comme suzerain des barons romains, fit alliance avec les adversaires de Bérenger, et envoya un légat en Allemagne, pour prier Othon de venir en personne le plus tôt possible et d'agir avec énergie s'il ne voulait point perdre la couronne d'Italie.

A l'arrivée des Germains , Bérenger et son fils se jetèrent dans quelques places fortes où ils se défendirent avec vigueur. Othon les fit déposer dans une diète qui se réunit à Milan, et il se fit couronner, pour la seconde fois, roi des Loiùbards. Après avoir passé l'hiver à Pavie, il se rendit à Rome où il reçut la couronne impériale des mains du pape Jean XU (2 février 962) . Tel fut le commencement de la domination allemande en Italie : c'était Le résultat des perpétuelles rivalités qui divisaient la péninsule.

Le nouvel empereur rendit à l'Église romaine ce qui lui avait été enlevé dans les différentes parties de l'Italie, et il confirma les donations de Pépin et de Ghariemagne par un acte qui nous a été conservé ^ Cet acte comprenait la ville et le duché de Rome, l'exarchat de Ravenne et la Pentapole, la Sabine, quelques places de la Toscane et de la Campanie, la côte de Ligurie voisine de Luna, avec l'île de Corse ; les territoires de Parme, de Reggio et de Mantoue, la Yénétie,

i, Excmplum privilegii Ottonis imperatoris de regalibus Beato Peiro concessis, ap. Cenni, Monumenta dominationis pontificiœ, t. II, p. 157.

ristrie et les duchés de Spolëte et de Béneveiit. A œs possessions, mentioDnées dans la donation de Charlemagne, Othon ajoutait les pBtrûnoines de Naples, de Galabre supérieure et inférieure, ainsi que le patrimoine de Sicile, « si Dieu le met entre mes mains i» , disait l'enapereur ; car cette tle était occupée par les Sarrasins. Othon donnait aussi à rÉglise les Tilles de Gaëte et de Fondi. Enfin il détachait de son royaume de Lombardie, pour en faire hommage à saint Pierre, les yilles de Réate, d'Amiterne, de Furcon, de Nursia, de Balva, de Marsi et dlnteramnia. On voit qu'il y avait dans cette dotation, comme dans celle de Gharleraagne, plusieurs territoires dont l'Église n'eut jamais la possession.

Le privilège d'Othon le Grand est une sorte de contrat qui règle les rapports des deux pouvoirs. L'empereur promet, tsftit en son nom qu'au nom de son fils et de ses successeurs, de défendre les droits du saint-siége sur tous les États qui sont reconnus comme sa propriété ; mais en môme temps il réserve les droits impériaux, tels qu'ils ont été établis dans la constitution de Lothaire en 824, sous le pontificat d'Eugène II. Le clergé et la noblesse de Rome doivent s'engager à se jamais procéder aux élections pontificales que selon les canons et la justice. Le pape élu ne pourra être sacré qu'après avoir prêté ser-* ment entre les mains des commissaires impériaux. L'empereur recommande d'obéir aux ducs et aux juges nommés par le pape ; mais il veut être informé tous les ans, par le rapport de ses délégués, de la manière dont la justice est rendue. S'il s'élève quelques plaintes, ces plaintes seront d'abord portées au pape, qui devra y faire droit aussitôt, ou* souffrir qu'il y soit fait droit directement par les agents de Tempereur. Othon avait réservé particulièrement ses droits de suzeraineté sur la Toscane et le duché de Spolète.

L'empereur et le pape s'engagèrent par des serments réciproques de protection et de fidélité. 11 semblait que l'ordre et la paix allaient renidtre à jamais dans FÉglise et dans l'Italie; mais le pape et les barons romains, comme les seigneurs de la Lombardie, n'avaient appelé les Germains à leur secours que parce qu'ils ne pouvaient supporter la prépondérance d'un souverain national. Aussi, dès qu'ils s'aperçurent que le roi de Germanie voulait être leur maître, qu'il prenait l'empire au sérieux et prétendait en exercer les droits, ils se tournèrent contre lui, et lui furent aussi opposés qu'à Bérenger. En ifoittant Rome après son couronnement, Othon alla assiéger la forteresse de Saint-Léo, dans le comté de * Montefeltro, qui faisait partie

des domaines de l'Église : c'était là que Bérenger s'était réfugié ; il fut fait prisonnier avec sa femme, après un long siège, et tous deux furent conduits en Allemagne, où ils moururent dans l'exil. Mais Othon apprit bientôt que leur fils Adalbert, qui combattait encore, aTait trouvé un allié dans le pape Jean XII. Le pontife, oubliant le serment qu'il avait fait à Othon, avait même des correspondances avec l'empereur de Constantinople. Il y avait un parti à Rome qui . voulait s'affranchir de la domination germanique, au risque même de retomber sous la tyrannie byzantine.

Othon se hâta de revenir à Rome, pour y maintenir son pouvoir. Jean Xn avait quitté la ville avec Adalbert, emportant une grande partie des trésors de saint Pierre. L'empereur convoqua un concile qui n'était composé que des ennemis de Jean XII, et où ce pontife fut accusé des crimes les plus odieux. Othon lui écrivit pour l'inviter à venir se justifier. Jean déclina la juridiction du cmcile ; il fut condamné par contumace, déclaré déchu de sa dignité, et, malgré ses menaces d'excommunication, on lui donna pour successeur Léon, protoscriniaire de l'Église, qui prit le nom de Léon VIII. Les nobles qui étaient attachés à la maison des Albéric, les citoyens qui vou-* laient maintenir le droit du peuple romain à élire son évéque, et les partisans de Tindépendance de l'Église, protestèrent contre l'électûm de Léon Vin. Othon fut obligé d'employer les armes pour installer son pape. A peine fut-il éloigné, que Jean rentra dans la ville, chassa son compétiteur, et se prépara à défendre Rome contre les impériaux. La mort de Jean XII ne termina point la lutte : son parti nomma aussitôt un autre pape, Benoit Y, et on résista aux premières attaques de l'armée allemande. Mais la famine força la ville de se rendre : Othon rentra dans Rome, avec l'antipape. Benoit vint^ en habits pontificaux, déclarer à genoux qu'il avait usurpé la chaire de saint Pierre; il ôta son pallium; il remit sa crosse à Léon VlII,quila brisa en présence du peuple, et il alla ensuite mourir en exil au fond de la Germanie ' •

Après la mort de Léon VIII, ce fut l'empereur qui désigna son successeur, Jean XIII. Quoique ce pontife fût né à Rome, le peuple le considérait comme un étranger : il le chassa de la ville, et le tint pendant onze mois emprisonné dans un château de Campanie. h^

1. Luitprand, HisU, lib. VI, cap. xi«— - Sismondi, Histoire des républiqties it€^ liennes, chap. m.

pape suppliait Fempereur de venir à son secours. Olhon reYliît en Italie, pour punir révèque de Plaisance et quelques comtes italiens qui s*étaient déclarés contre lui. Les Romains, craignant sa colère, rappelèrent Jean Xni, qui se vengea cruellement de ses ennemis. Les oonsuls furent exilés en Allemagne, et les douze tribuns du peuple furent condamnés à mort (966). Nous sommes bien loin du temps de Charlemagne, de ces rapports parcifiques entre l'Église et TEmpire. L'influence des Francs avait été bien plus populaire à Rome que ne le fut jamais la protection germanique.

Malheureusement nos derniers rois carlovingiens ne pouvaient faire acte de puissance au dehors : ils pouvaient à peine se faire respecter dans leurs États, et il tant avouer que, sans Tinteryention des empereurs saxons , l'Italie était exposée à tomber sous le joug des Grecs bu sous celui des Sarrasins. Othon s'appuya principalement sur les villes, et, en les soutenant contre les seigneurs, il favorisa l'extension des libertés municipales. H distribua les principaux fie6 à des Allemands et à des Italiens qui lui avaient prouvé leur dévoua ment. Il donna à son frère Henri^ duc de Bavière, les marches de Vérone et de Frioul, ainsi que le duché de Carinthie. Il créa le marquisat d'Esté en faveur d'Oberto, l'un des seigneurs qui l'avaient soutenu dans sa lutte contre Bérenger. U créa encore un autre marquisat, comprenant les territoires de Modène et de Reggio, en faveur d'Albert Azzo, bisaïeul de la comtesse Mathilde : c'était lui qui avait donné asile à la reine Adélaïde dans la forteresse de Canossa. Enfin, pour faire mieux respecter son autorité dans la péninsule, Othon vésolut d'en confier le gouvernement général à son fils, qu'il associa à l'empire, et qui fut couronné à Rome par le pape Jean Xm.

n ne pouvait y avoir d'unité politique en Italie tant que les Grecs y posséderaient quelque territoire. Le fils de Bérenger cherchait à les intéresser dans sa querelle; Othon s'eflPorça de leur enlever les pro^ vinces qu'ils possédaient encore. Les princes de Bénevent et de Capoue se rendirent à ses premières sommations ; mais il rencontra plus de résistance dans la Fouille; il jugea donc à propos de négocier, et il entreprit d'unir les deux empires par une alliance. En 968, il envoya l'évèque de Crémone, Luitprand, à la cour de Nicéphore, demander pour le jeune Othon la main de la princesse Théophanie, fille du défunt empereur Romanus. La relation de cette nmhassade, écrite par Luitprand lui-même, fût bien connaître les sentiments des Grecs à l'égard de l'Église latine, et l'antipathie pro-

fonde qui séparait ^e nouvel empire germanique du vieil empire d'Orient.

Luitprand se plaint beaucoup de la manière dont il a été reçu à Gonstantinople» Nicéphore racèueillit fort mal : «Nous aurions voulu, lui dit-il, te recevoir avec bonté et magnificence; mais ton maiire ne nous l'a point permis par son impiété* Il a pris Rome comme une ville ennemie ; il a fait mourir, contre toute justice, Bérenger, Adalbert et beaucoup d'autres ; il a essayé de soumettre par la force plusieurs villes de mon empire, et, n'ayant pu y réussir, il t'envoie comme espion sous prétexte de négocier. y> L'ambassadeur ne se laissa point déconcerter par ces paroles, et répondit à peu près sur le même ton ; ce Mon maïire ne s'est point emparé de Rome par violmce; il l'a au contraire délivrée d'un tyran ou plutôt de pluâeurs tycans. Est-ce (pie Rome n'était pas sous le joug de quelques débauchés et de quelques courtisanes?:.. Si vos prédécesseurs étaient les maîtres de Rome, pourquoi ne l'ont-ils pas délivrée?... Mon maître est vrau briser le joug des impies, rétablir la sainte Église dans un état régulier, et rendre aux vicaires des saints ap6tres leur puissance et leurs honneurs. «• Est-ce que Bérenger et Âdalbert n'éteint pas des vassaux révoltés ?» A l'égard des attaques d'Othon contre Bénévâit A Gapoue, Luitprand soutint que son maître avait droit sur toute la partie de l'Italie où l'on parlait ktin K

L'audience n'eut d'autre lésultai que des récriminatîoDS réciproques. Le lendemain^ l'ambassadeur eut une conférence avee Léon, frère de. l'empereur, et avec quelques officiers du palais, qui lui dirent que pour faire conclure l'alliance qu'il pn^posaijb, il follait qu'Otbm remit à Nicéphore Ravenne, Rome et le reste de l'Italie ; ou que s'il voulait avoir son amUié sans obtenir pour son fils la main de la pnnœsse Théophanie^ il devait laisser Rome en liberté et renoncer a toute prétention sur €apoue et sur Bénévent* Luitprand répondi4qttS Rome était libre, qu'dîe ne payait tribut à personne, que l'empereur Othon avait rendu au pape tout ce qui lui appartenait en Italie ou en Allemagne. »Pourquoi,ajjOuta l'ambassadeur, l'empereur votare maître n'enuse-inil ptnnt de même en restituant à l'Église rmnaine le& biens qui sont dans ses Étata? — U le fera, rendit un des oommissaircSi 9iand il disposera à sa volonté de Rome et de l'Église romaine. »

1. Legitio Luitpnmdi ad Nicopborum Phooam, api Muratori^ Rerwn Itàlki

Seript,9 1. \L

Pendant qm Lui tprand étaitencoreà Constantînople, cm vit arriver dans cette ville des nonces du pape Jean XIII, avec des lettres adressées à Tempcreur d'Orient, Le pontife priait Nicéphore de consentir an traité d'alliance et au mariage proposé. Les Grecs furent très-irrités de ce que le pape, dans ses lettres, donnait à Othon le titre d'empereur des Romains, tandis qu'il ne qualifiait Nicéphore qu'empereur de^ Grecs. Les nonces furent mis en prison jusqu'au retour de l'em^ pereur, qui était absent. Le patrice Christophe dit a Luitprand en lui donnant son audience de congé : « Le pape ne sait donc pas que quand Constantin transféra ici l'empire, il y amena tout le sénat et la noblesse romaine, et qu'il ne laissa à Rome que des esclaves, des péeheiflrs, des cuisiniers et une vile populace? » Luitprand excusa le pape de son mieux. On remit à l'ambassadeur une lettre de Nicéphore à Olhon, en lui disant : « Nous ne jugeons pas votre pape digne de recevoir des lettres de l'empereur; le curopalate lui écrit une lettre qui lui convient, et l'envoie, non par ses pauvres nonces, mais par vous. Qu'il sache bien que, s'il ne se corrige, il est perdu sans ressource.»

L'empereur Nicéphore, pour se venger de l'Église romaine, ordonna an patriarchede Gonstantinople d'ériger Olrante en archevêché, et de ne plus permettre que Ton dit l'office en latin dans la Fouille et dans la Calabre. Les divins mystères durent être célébrés en grec dans ces provinces. Nicéphore disait que les papes de ce temps4à n'étaient que des marchands et des simoniaques. On voit, par ces faits, quel eût été le sort de l'Église romaine si les empereurs francs ou geirmains n'avaient préservé l'Italie de la tyrannie des Grecs.

L'alliance repoussée par Nicéphore fut acceptée par son successeur, Jean Zimiscès. Othon le Grand consentit à rendre aux Grecs Capoue et Bénévent; mais il fut reconnu empereur romain, et son fils épousa Tbéephanie (972). Ce mariage semblait donner à Othon II des droits sur l^Itelîe grecque; aussi réclama-t-il, comme douaire de sa femme« les provinces de Lucanie et de Calabre, et la suzeraineté sur les républiques^ de Venise, de Naptes, de Gaëte et d'Amalfi. Basile et Constantin, qui régnaient à Gonstantinople, défendirent leurs droits par des négociations et par les armes. Ils prirent à leur solde les Sarrasins de Sicile et d'Afrique. Othon II, secondé par le duc de Bénévent^

prit Salerne et Tarente en 982 ; mais il fut vaincu à Basentello, et cette fatale journée prolongea, dans l'Italie méridionale, la domination grecque et les raVages des Sarrasins.

La bataille de Basentello ébranla la puissance germanique même dans ritalie centrale. Après la mort d*Othon II, Rome fut abandonnée à elle-même pendant près de douze ans. Les factions opposées se disputaient ayec fureur les élections pontificales, et il s'était formé un parti populaire qui aspirait à restreindre la puissance temporelle des papes et à rétablir la république romaine. Le chef de ce parti était.un des principaux nobles, Grescentius, qui avait été consul à Rome dès Tannée 980 ; son pouvoir avait beaucoup augmenté après la défaite d'Othon II, et pendant la minorité d'Othon III. Jean XY, élu pape •en 98S, ne gouverna l'Église que sous le bon plaisir du consul. Ed 987, Grescentius, ne le trouvant pas assez docile, l'exila de la ville, et ne lui permit d'y rentrer qu'après qu'il eut reconnu l'autorité populaire. Le pontife finit par se lasser de la position inférieure à laquelle il était condamné; il envoya des députés à Othon III, qui commençait à être en âge de gouverner ses États, et il l'engagea, au nom des seigneurs romains, à se rendre en Italie. Le jeune roi répondit à cet appel d'autant plus volontiers qu'il désirait lui-même aller à Rome, pour recevoir du pape la couronne impériale.

Othon m passa les Alpes au printemps de 996, et s'arrêta quelque temps dans le nord de l'Italie *• Il était à Ravenne lorsqu'il apprit la mort de Jean XY; il désigna aussitôt pour lui succéder un de ses parents, Bruno, fils du duc Othon, de la maison salique, et arrièrepetit-fils de l'empereur 0|hon le Grand. L'évêque de Worms et l'archevêque de Mayence accompagnèrent Bruno à Rome. L'approche de l'armée germanique et l'influence des comtes de Tusculum assurèrent l'élection du prélat, qui prit le nom de Grégoire Y. Bientôt après, Othon lui-même fit son entrée dans la ville, et fut couronné empereur par le pape qu'il avait imposé aux Romains.

Jamais Rome n'avait été plus complètement sous la puissance des Gennains: c'était un grand danger pour la liberté romaine, en même •temps que pour l'indépendance de l'Église. Grescentius, qui était toujours à la tête du parti populaire, imagina dans cette circonstance un remède qui eût été pire que le mal. Il opposa les Grecs aux Germains, et tenta de replacer Rome sous le sceptre des empereurs d'Orient.

U Thjetmar, Chrome, ap. Pertz, Monumenta Historiœ Germanicœ.

Aussitôt qu'Othon III fut retourné en Allemagne, il chassa de la ville le pape Grégoire Y, qui s'enfuit en Toscane et de là en Lombardie. Des ambassadeurs de Basile et de Constantin, chargés d'une mission auprès d'Othon, furent appelés à Rome, et conclurent un pacte secret avec le consul. Un Grec, nommé Philagathos, jadis protégé par Timpératrice Théophanie, était devenu évèque de Plaisance ; Crescentiusle choisit pour remplacer Grégoire Y. Le nouveau pape devait se contenter de l'autorité spirituelle : c'était le consul qui devait exercer tous les pouvoirs temporels, sous la protection et la souveraineté des empereurs grecs.

Sismondi, dans son Histoire des républiques italiennes^ a jugé ce projet avec beaucoup d'indulgence. Il croit que si les plans de Crescentius s'étaient entièrement réalisés, l'ilalie aurait pu assurer son indépendance en balançant les forces des deux empires ; qu'en resserrant ses relations avec les Grecs, elle aurait pu recevoir d'eux une civilisation plus rapide, et peut-être leur communiquer en retour un esprit de liberté, un courage et des vertus qui auraient sauvé l'empire d'Orient. Nous sommes bien loin de partager cette opinion; nous croyons, au contraire, que si l'Italie, au lieu de recevoir les mâles influences du Nord et de l'Occident, s'était laissée retomber sous le joug de l'esprit oriental, elle aurait compromis son avenir, et entraîné Rome dans la chute de Constantinople. Ce qui nous paraît certain, c'est qu'une telle révolution aurait provoqué un schisme dans la société Ârétienne, et que les peuples du Nord et de l'Occident, si naïfs et si fermes dans leur foi religieuse, se seraient bientir détachés d'un pape qu'ils auraient vu soumis aux caprices des Grecs.

Mais la Providence en avait disposé autrement. Les secours qu'on attendait de Constantinople n'arrivèrent point à temps pour appuyer Crescentius et son antipape. Othon III rentra dans Rome, et y ramena Grégoire Y. Jean XYI périt dans d'affreux supplices^ malgré les prières de saint Nilus, qui était venu demander sa gràceau pape et à l'empereur. Crescentius s'était retiré, avec ses amis, au château Saint^Ange. Les auteurs allemands disent que le chef des Romains, après une longue résistance, fut fait prisonnier par le margrave de Misnie, et que, sur Tordre de Tempereur, il fut décapité avec douze des principaux rebelles ' . Les chroniques italiennes prétendent qu'Othon III avait ouvert des négociations, et qu'il s'était engagé, sur sa parole, à respecter

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