Goldast, Constitut. Impérial., 1. 1, p
ter aucune bulle du pape sans la permisssion de Tévêque diocésain ; que le serment habituellement prêté au pape par Tempereur n*était pas, comme Favait prétendu Clément V, un serment de fidélité, mnis une promesse de protection à Tégard de la religion catholique ; enfin que, pendant la yacance du trône, ce n'était pas le pape, mais le comte palatin seul qui devait être investi du vicariat de l'Empire.
nus l'absence du pape se prolongeait, plus Rome était livrée à Tanarchie. Tous les barons avaient fortifié leurs châteaux et les palais qu'ils possédaient dans la ville. Leurs troupes armées, souvent en guerre les unes contre les autres, troublaient sans cesse la paix publique. A côté de cette aristocratie turbulente, il y avait un peuple qui ne l'était pas moins. Le sénateur était impuissant au milieu de ces éléments opposés. C'étaient tous les jours de nouvelles guerres qui épuisaient Rome et menaçaient de l'anéantir. Colas de Rienzo , plus connu sous le nom de Rienzi , entreprit de rétablir l'ordre par une révolution républicaine. En 1342, à 1 avènement de Clément VI, qui venait de succéder à Benoit Xn, Colas avait été'envoyé à Avignon, pour supplier le nouveau pape de rétablir le sainl^siége à Rome. Dans cette députation, il avait eu pour collègue un poète illustre, Pétrarque, qui, l'année précédente, avait été couronné au Capitole. Rienzi porta la parole^ u'obtint point de Clément YI ce qu'il avait été chargé de lui demander, mais revint à Rome avec le titre de notaire de la chambre apostolique.
Ce n'était point assez pour lui : il rêvait le rétablissement de la république romaine. Quoique né d'une famille obscure, il avait étudié la grammaire et la rbétprique ; il avait lu César, Cicéron, Tite- Live. C'était en feuilletant les livres antiques, en contemplant les mines, en déchiffrant les vieilles inscriptions qu'il s'était efforcé de retrouver l'esprit dont Rome ancienne était animée. A son ardeur d'innovation politique il se mêlait un goût singulier d'érudition classique , ou plutôt il ne voulait point innover : il voulait rétablir ce qu'il appelait le bon état, buono stato^ l'état naturel de Rome, c'està-dire la liberté et la puissance.
Pour disposer le peuple à réaliser ses desseins, il fit exposer, dans le chœur de Saint-Jean-de-Latran , une table d airain qui portait une inscription latine : c*était le sén^tus-consulte par lequel
le sénat avait conféré à Yespasien les pouvoirs accordés à ses oesseurs. Parmi ces prérogatives se trouvait le droit de reculer l'enceinte de Rome, ce qu'on appelait le pomosrium. Rienzi entendait pomœrium dans le sens de pomaritimy verger : il en concluait que ritalie entière, jardin de Rome, devait lui être soumise, et, comme Fa remarqué M. Yillemain', c*était avec ce contre-sens qu'il agitait le peuple et préparait une révolution.
.Le 20 mai 1347 (c'était le jour de l'Ascension), Rienzi fit adopter dans l'assemblée du peuple les lois destinées à rétablir le bon état. Une garde de cent fantassins et de vingt-cinq cavaliers était établie dans chaque quartier de Rome. Le droit d'avoir des châteaux forts était enlevé aux seigneurs ; le peuple et ses représentants recouvraient la garde des ponts, des portes et de tous les lieux fortifiés. Il devait y avoir des greniers publics dans tous les quartiers de la ville; des aumônes étaient assurées aux pauvres, et les magistrats étaient chargés de pourvoir à la punition des crimes et à la prompte expédition des procès ^.
L'auteur de ces lois fut chargé de les mettre à exécution. Nommé tribun par le peuple, il s'installa au Capitole ; il rétablit Tordre dans la ville et dans les campagnes; il força les Colonna et plusieurs autres seigneurs à venir prêter entre ses mains le serment de respecter la paix publique : ils s'engagèrent à envoyer des vivres au marché de Rome, à veiller à la sûreté des routes, et à comparaître au Capitole, avec ou sans armes, toutes les fois qu'ils en seraient requis. Pétrarque, qui travaillait alors à une autre restauration, à celle des lettres antiques, soutenait Rienzi de ses conseils et l'animait par ses vers. Dans une de ses plus belles odes ou canzoni^ il représente Rome échevelée et les yeux baignés de larmes implorant le secours de Rienzi.
Le nouveau chef du peuple romain é&it moins radical, dans ses projets de réforme, que ne l'avait été jadis Amauld de Rrescia. R n'avait pas la prétention de supprimer le pouvoir temporel de la papauté. Il avait voulu que le titre de tribun, dont il était revêtu, fût aussi donné à l'évêque d'Orvieto , qui remplissait à Rome les fonotiens de vicaire pontifical. Il envoya des ambassadeurs à la cour d'A-
\. M. Villemain, Tableau de la littérature au moyen âge, ziii* leçon. 2. trammenti di storia romana d*anonimo contemporaneo, ap« Sismoadi^ Eistoire des républiques italiennes, chap. xxxvrr.
vigDOD, pour rendre compte au pape de ce qu'il avait fait et pour lui demander son approbation. Clément VI consentit à confirmer les pouvoirs de Rienzi et du vicaire apostolique, en leur conférant à tous deux le titre de gouverneurs de Rome [rectores urbis) .
Une partie de Tltalie semblait prête à s*unir à Rienzi. Jean de Yico, préfet de Rome, s'était retiré à Viterbe, dont il était seigneur : assiégé par les Romains, il rendit la place, et vint au Capitole implorer la clémence du tribun. Toutes les forteresses du patrimoine de Saint-Pierre furent occupées par les lieutenants de Rienzi. Plusieurs villes de Toscane se déclarèrent en sa faveur : Florence lui envoya cent cavaliers; Pérouse lui fournit soixante hommes d'armes, et Sienne cinquante; la ville de Gaëte lui envoya dix mille florins; les Vénitiens lui promirent leur appui ; Luchino Visconti , seigneur de Milan, lui écrivit pour rechercher son alliance; Louis de Bavière le supplia de le réconcilier avec l'Église ; la reine de Naples, Jeanne, qu'on accusait du meurtre de son mari, le duc de Duraz et le prince Louis de Tarente, l'appelaient, dans leurs lettres, leur trèscher ami. Le roi de Hongrie lui envoya une ambassade pour l'engager à punir les meurtriers de son frère. Colas conduisit les ambassadeurs devant le peuple assemblé, et dit, en posant sur sa tête la couronne tribunitienne : Je jugerai le globe de la terre selon la justice. .La cause de la reine Jeanne fut en effet plaidée devant son tribunal ; mais il n'osa point prononcer.
Le tribun eut la fantaisie de se faire armer chevalier. La cérémonie eut lieu le 1^' août, dans TÉglise de Saint^ean-de-Latran. La veille, il s'était baigné dans la conque de porphyre où l'on prétendait que Constantin avait été baptisé par saint Sylvestre. Il avait passé la nuit dans l'enceinte du temple, et le lendemain, revêtu d'écarlate, il se fit ceindre l'épée par un gentilhomme romain . Ensuite il harangua le peuple, et déclara qu'il voulait remettre toute l'Italie sous Tobéissanoe de Rome, mais à la manière antique, en maintenant les villes dans leurs droits et leurs libertés. Le même jour, il publia un décret où il prenait les titres les plus bizarres, et mêlait, d'une manière étrange, les souvenirs antiques et les idées modernes : ce Nous, Nicolas, chevalier, candidat du Saint-Esprit, sévère et clément, zélateur de l'Italie , amateur de l'univers et tribun auguste , déclarons que le peuple romain a révoqué tous les privilèges donnés au préjudice de son autorité. Nous donc, pour ne pas paraître ingrat ou avare de la grâce du Saint-Esprit, et ne pas laisser dépérir plus longtemps les droits
du peuple romain et de Tltalie, déclarons qtte la ville de Rome est la capitale du monde et le siège de la religion chrétienne; que toutes les villes d'Italie sont libres, et que tous les habitants de ces villes sont citoyens romains. Nous déclarons aussi, que l'Empire et l'élection de l'empereur appartiennent à Rome et à Tltalie. »
Les deux prétendants à l'Empire, Louis, duc de Bavière, et Charles, reî de Bohème, étaient scnnmés de comparaître à Rome, en la basilifDe de Saint-Jean-de-Latran, et de soumettre leur dififêrend à la décision du tribun. Le chroniqueur anonyme suivi par Sismondi prétend que le pape lui-même fut dté par Rienzi, avec injonction de revenir siéger à Rome; maïs ce fait ne s'accorde point avec la conduite ordinaire du tribun, qui, dans ses actes comme dans ses paroles, cherchait toujours à ménager l'autorité pontificale. Ce jour-là même, après la cérémonie, le vicaire du pape ne refusa point de manger seul avec k tribun, à la table de marluîe, pendant que la Tribunezza, la femme de Rienzi, faisait les honneurs d'une autre table aux femmes de la cour ; csor le tribun et sa femme avaient une cour, et ils s'efforçaient d'écraser les barons romains par un faste royal.
On était fort mécontent, à Avignon, des derniers actes de Rienzi; on lui reprochait de ne laisser au vicaire du pape que les fonctions religieuses, et de garder pour lui tout le temporel. L'évèque d'Orvidto, après avoir protesté confa*e ces empiétements, quitta Rome et se retira dans son évéché. Les seigneurs que Rienzi avait menacés du supplice, et auxquels il avait fait grâce, se soulevèrent contre lui. Le tribun triompha : trois des Colonna succombèrent dans la lutte; mais un légat du pape, envoyé à Rome, Bertrand de Dreux, s'unit aux nobles contre Rienzi et l'excommunia. Une bulle de Clément YI l'avait accusé de schisme el d*hérésie. Le peuple romain abandonna son tribun, et Colas descendit du Capitole le 15 décembre 1347. Son gouvernement avait duré près de sept mois. Il se réfugia à la cour du roi de Hongrie, puis en Allemagne auprès de Charles lY. Ce prince le livra au pape, et, en lâS2, l'ancien tribun entra dans Avignon, conduit par deux archers. L'influencé de Pétrarque le sauva du supplice dont il était menacé.
Depuis le (fêpart de Rienzi, Rome avait été le théâtre de perpétudles révolutions. Les nobles, redevenus maîtres de la ville, avaient recommencé leurs brigandages. Le peuple avait choisi un nouveau chef, Jean Cerroni, qui avait pris le titre de recteur, mais qui, ne pouvant lutter contre les barons, avait bienl6t abdiqué. Le pape
iBuoBcml TI, successeur de Clément VI , s'entendit arec le peuple pour partager la dignité sénatoriale entre deux des principaux seîgnears , Bertoldo Orsini et Stéphane Golonna. Mais à peine ces magistrats étaîâ^t-ik insiftliés que h dierté des vivres souleva la popnlaee. Le GapUole fat assiégé ; Orsim fut lapidé, et Colonna n'échappa à la nort que par la fiiite^ La guerre se ralluma entre les partis qui dîrisasefit la noblesse, jusqu'as moment ou les Romains dcmnerant le pouvoir au plébéiai Baroncelli, scribe ou secrétaire du sénat. Geim-ci prit le titre de tribun, oonmie Rienzi, et envoya au supplice les seigneurs les phts turbulents.
La phipart des villes de l'État pontifical étaient occupées, comme en ginénd les Tilles d'Italie, par des princes qui ne voulaient reooDH naître aucune suseeraineté. JBbtllan dit avec raison qu'à la fin du treinème siècle et au cmnmenoeiiient du quatorrième', on comptait, dvs le nord de l'tlalie, presque autant de princes qu'il ^ avait eu de vîlies Hbres dans le siède précédent^. Depuis longtemps, Jean de Viod, qui prenait touj^ycirs le titre de* préfet de Rome, s'était emparé Bon-seul^nent de Yit»ii)e, mais de Toscanella et de quelques autres villes du Patrimoine en Toscane; ce qui l'avait fait excornmunier par Jean XXII et par Clément YI. Les tyrans de la Romagne^ tels que les Ordelaffi, à Forli, et les Manfredi, à Faeioa, avaient été également frappés d'anathème.
Pour ramener à son obéissance les domaines de l'Église, Innocent VI y envoya un légat qui sut remplir cette mission avec une grande habileté, Giles ou Ëgidio Albomoe, qui était à la fois homme de goerre et homme d'État, issu de la plus haute noblesse de Cas-* tiile, il avait étudié à Toulouse le droit ciril et le droit canon. Après avoir été chapelain du roi Alphonse XI et ardiidiacre de Calatrava, il était dereim, très-jeune encore, archevêque de Tolède. Il n'en avait pas moins continué de combattre les Maures, et, après la bataille de Tarifa, c'était lui qui avait armé chevalier le roi de Gastille. Plus tard, il avait dirigé le siège d'AIgésîras. A la mort d'Alphonse, il fiit obligé de quitter l'Espagne, parce qu'il était opposé à a politique de Pieme le Cruel; il vint s'établir à la cour d'Avignon, et Clément YI le nomma canbsaL Innocent VI le chargea, en 1353, de rétaitilir Y4>féwô dans Rome et de reconquérir les États de l'Église.