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Hallam^ VEurope au moyen âge, chap. v

Albornoz ayait arec lui Nioolas Rienyi, que le pape avait mmimé sénateur.

Le cardinal-légat entra en Italie, au mois d*août 1353, aTccpea de troupes et peu d'argent. Reçu avec défiance par Jean Visconti, qui était à la fois archevêque et seigneur de Milan, il obtint de la réptiblique de Florence un secours de cent cinquante caTaliers. Il déclarait partout qu*il Tenait, au nom du pape, pour rendre la liberté aux peuples et châtier les tyrans. Lorsqu'il fut arrivé dans les domaines de l'Église, il n'y trouva que deux places où il pût demeurer en sûreté, Montefiascone, dans le Patrimoine, et Montefalco, dans le duché de Spolète. Mais il se ménagea bientôt des intelligences dans les autres villes : Montefeltro, Aquapendente et Bolsena se rendirent au représentant du pontife. Les Romains, qui étaient alors gouvernés par le tribun Raroncelli, se montraient disposés à se réconcilier avec l'Église par l'entremise du cardinal; ils conclurent avec Albomoz une conyenlion, qui était plutôt un traité d'alliance qu'une promesse de soumission. Ils supplièrent Rienzi de rentrer dans leurs murs : « Reviens à Rome, lui dirent-ils, reyiens dans la ville, c'est à toî qu'il appartient de la délivrer de ses maux; sois-en le seigneur, nous te soutiendrons de toutes nos forces, r^

Mais Rienzi ne s'appartenait plus à lui-même ; il n'était plus que l'instrument de la politique du cardinal, qui youlait, non pas le servir, mais se servir de lui. Albomoz déclara que, si le peuple de Rome prenait les armes contre Jean de Vico, Colas irait ensuite dans leur ville rétablir le bon état. Un grand nombre de Romains répondirent à l'appel du légat. Les citoyens de Viterbe et d'Orvietose soulevèrent d'eux-mêmes contre une domination détestée. Jean de Yico se hâta de faire sa soumission , et rendit au cardinal toutes te villes qu'il avait occupées, Yiterbe, Orvieto , Trani , Amelia , Nami , Marta et Ganino. Toutes ces villes furent remises en liberté sons la protection de l'Église.

Rienzi fut tiès-bien reçu dans Rome, et y reprit son ancienne autorité. Il en usa dans l'intérêt de la paix publique, en faisant mettre à mort le frère Montréal d' Albano^ chevalier de Saint-Jean de Jérusalem , l'organisateur de cette grande compagnie qui était aussi un des fléaux de l'Italie K Le pape écrivit à Rienzi une lettre où il l'exhortait à profiter du passé , à reconnaître les grâces de Dieu

i. Matteo VillaDi, lib. III^ c.

et à employer son pouvoir pour maintenir la justice. Mais Colas ne suiyit pas toujours œs conseils, et plusieurs acfes arbitraires lui fiirent reprochés, entre autres le supplice de Pandolfucci, citoyen romain d'une grande autorité auprès du peuple. D'ailleurs la confiance que le pape lui témoignait , et ce titre de sénateur qu'il joignait à celui de tribun, le mettaient dans une position équivoque. Ses ennemis en profitèrent pour le perdre. Albomoz ne lui avait donné ni troupes ni argent pour se défendre. Quelques semaines après sa rentrée dans Rome, le 8 octobre 1354, une sédition éclata <!ontre lui, aux cris de : Vive le peuple I Meure le traître Colas de Rienzol Le peuple met le feu au Capitole: Colas renonce à se défendre; il veut fuir, il est découvert et mis en pièces. Ce fut un artisan , Cecco del Yecchio , qui lui porta le premier coup, et son corps , percé de mille blessures, fut suspendu à l'étal d'un boucher.

Le cardinal Albomoz fit en sorte que la mort de Rienzi ne compromît point la souveraineté pontificale; il négocia avec les seigneurs, avec les principaux chefs du peuple, et maintint les Romains dans Tobéissance en rendant l'autorité plus légère. C'était le temps où Charles de Luxembourg venait en Italie pour se faire couronner empereur. Ce prince était l'allié de la papauté. Huit ans auparavant. Clément YI l'avait opposé à Louis de Bavière. Charles était venu à Avignon avec son père , Jean de Bohême , et il avait fait un traité qui lui assurait l'alliance du pontife. Il s'était engagé à annuler tous les actes faits par Louis de Bavière en qualité d'empereur, à renoncer à toute espèce d'autorité sur les États pontificaux ; il avait même promis de ne point entrer à Rome avant le jour marqué pour son couronnement, d'en sortir le jour même avec tous ses gens, de se retirer immédiatement des terres de l'Église, et de n'y plus revenir sans la permission du saint-siége '. C'était à ces conditions que Clément YI avait appuyé l'élection de Charles, et qu'il l'avait fait nommer roi des Romains dans la diète de Rens. Devenu roi de Bohême par le décès de son père tué à la bataille de Crécy, il n'avait été reconnu par tous les États allemands qu'après la mort de Louis de Bavière (i347). Il ne vint en Italieiju'en 1354. Il entra à Udine, dans

i. Raynald. Aima/, ëcclenos^, ann. 4346.

SdO DESOBIfilNES

le Frioul, le 1 i octobre, huit jours après la mort de Rienzi. Son pr»mier soin fut de faire oondure une tpêVe eaire les Visconti et la répmblique dé Venise, qui étaient en guerre depuis longtemps. Il se rendit eosuileà Milan, et reçut la couroime de fer des n)Ï8leBfibards,daa8)a basilique de Sajnt-Ambrase (6 janvier 13SS).

Charles IV, dans sa marche à trayera la Péninsule, ae lappdait guère les anciens cooquâwits de l'Italie. Entouré de cfaevalios mal montés et mal annés, il ressembiiâ meîns à on cmpereor, seloo Villani, qu'à un marehaad qui se hâte d'arriver à la foire '. D traitait avec les villes, et, en reconnaissant leurs libertés, il tetoiait éa sommes oHiBidérables pour les frais de son ceuronnemeot. Il fal sacré à Rome, le jour de Pâques (5 avril 1355), dans l'église de Saii^Pierre , par le cardinal évéque d'Ostie , que le pape avait délégué à cet effet. Après la cérémowe, il traversa la vUle, r»vétu des ornements impériaux , et se rendit au palais de Latran, où un festin avait été préparé. Le soir même, fidèle à la promesse qu'il avait faite au pape, il sortit de la ville et alla coucher à Saint-IiaurentHles- Vignes. Il montra ainsi qu'il renonçait a toute suzeraineté sur les domaines du saini-siége, et c'est dt cette époque que date vraiment l'indépendance de l'État pontifical.

Il restait «icore quelques villes et quelques seigneurs à OMnbattre, Dès les premiers jiMirs du [H^ntemps, AlbwDOz avait recommencé ht guerre contre les tyrans de la Marche et de la Bonngne. L'empereur

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rétablir raulorité du pape dans la Marche d^Âncône et dans la Romagne. Ce prélat guerrier fut yraiment le sauveur de k monarchie temporelle. Il excellait non-seulement par l'habileté et par Tàrpropoe de ses manœuvres, mais far la prudence et la modération de sa pdi<tique. Il traitait les peuples de telle sorte que les villes regardaient comme une délivrance le rétabUssement de la puissance du saintsiège, et, loin d*écraser les princes vaincus, il psurvenait à les rallier au parti du pape. Il avait d'ailleurs une qualité fort appréciée à la cour d'Avignon : il réduisait beaucoup de villes avec peu d'argent, et savait faire payer les frais de la guerre à ses ennemis ou à ses alliés.

Malgré ses grands services, Albornoz fut calonmié auprès du pape. On lui retira son commandement, et on le remplaça par un abbé de Glugny, dont l'incapacité fit sentir tout le mérite du cardinal disgracié. Les bandes du comte Lando ravageaient la Bomagne, et soutenaient les tyrans en guerre contre l'Église. Albornoz fut rap* pelé à son poste, et reprit l'œuvre qu'il avait si bien commencée. Il obtint des secours de Florence, et, par un traité cmiclu avec le comte Lando, il acheta la retraite de la grande compagnie. Mais son plus beau triomphe, ce fut la réduction de Bologne» que les seigneurs de Milan avaient assujettie à leur autorité* Cette noble ville, dont l'Université était le foyer de la renaissance du droit civil, s'affranchit avec joie de la tyrannie qui l'opprimait ; elle se rendit au cardinal le 31 mars 1360. Le premier acte d'AlbiMnoz fut de rappeler les exilés^ de diminuer les impôts, et de rendre à la viUe^son àndesk gouverne* ment municipal.

Le chemin de Rome était libre : la papauté n'avait plus aucun motif pour prolonger son exil sur les bords du Rhône. Il était temps d'ailleurs qu'elle revint s'établir en Italie. Les peuples catholiques lui reprochaient d'avoir été si longtemps soumise aux volontés des rois de France; ils se plaignaient de ces faveurs spîrituelks inégalement partagées entre les peuples chrétiens, de la distribution arbitraire des bénéfices, et de l'établissement de ces droits nouveaux, si lucratifs pour la chancellerie pontificale. En 1350, l'Angleterre avait essayé, par le Statut des proviseurs, de s'affranchir de l'autorité du pape en matière de bénéfices. Quelques années plus tard, comme Innocent YI avait envoyé en Allemagne l'évèque de CavaiUon pour lever le dixième des revenus ecclésiastiques au profit de k chambre apostolique, le clergé allemand résista au légat. Le chancelier du comte Palatin, dans la diète de 1357, reprocha aux Romains a d'avoir toujours

regardé l'Allemagne comme une mine d^or, et d'avoir inventé dlTcrs moyens pour l'épuiser, d U fallait que le saint -siège, rétabli an centre de la chrétienté, la gouvernât d'une manière plus impartiale* Innocent YI voulut mourir à Avignon ; mais son successeur, Urbain Y, déclara, le jour de son élection (28 octobre 1362), qa*fl ne demandait à Dieu que de rétablir le saint -siège à Rome, dùtril mourir le lendemain. Ce ne fut que cinq ans plus tard qu'il put réaliser son désir : il entra dans Rome le 16 octobre 1367, et reprit possession du Yatican, qui tombait en ruines. L'année suivante, Charles lY revint en Italie, à la prière du pape, et acheva de soumettre les usurpateurs des terres de l'Église.

Urbain Y, après avoir séjourné trois ans à Rome ou aux environs, retourna à Avignon, sous prétexte de rétablir la paix entre la France et l'Angleterre (1370). En faisant ses adieux aux Romains, il déclara qu'il n'avait aucun tort à leur reprocher. Il mourut à Avignon, où il avait bâti le palais pontifical, et ce fut son successeur, Grégoire XI, qui rétablit définitivement la papauté dans Rome. Il écrivit au roi de France, Charles Y, le 9 janvier 137S : a Quoiqu'il nous soit pénible de nous éloigner de vous et de notre pays natal, toutefois la bienséance , l'intérêt de la religion et de l'État temporel de TÉgiise, nous pressent d'aller à Rome, et, après mûre délibération, nous avons résolu de nous y rendre au printemps prochain ' • d II attendit cependant encore une sommation des Romains , qui lui envoyèrent une ambassade pour le supplier de réaliser sa promesse ; ils menaçaient même, s'il ne se hâtait de revenir, de faire choix d'un autre pape, et le cardinal de Saint-Pierre, alors légat à Rome, écrivit à Grégoire que les Romains étaient tout prêts à élire l'abbé du Monl- Cassin. Le pontife partit donc, au grand déplaisir de Charles Y, qui s'efforçait de le retenir. Le duc d'Anjou vint à Avignon, et dit au pape : (c Saint-Père, vous allez en un pays où vous n'êtes guère aimé, et si vous y mourez , ce qui est bien vraisemblable , les Romains seront maîtres de tous les cardinaux, et feront par force un pape à leur gré.

Grégoire partit d'Avignon le 13 septembre 1376; il ne rentra dans Rome que le 17 janvier 1377. Trois cardinaux avaient conclu, en son nom, une capitulation pour la sûreté du pontife : les Romains s'engageaient à remettre au pape la pleine et libre seigneurie de

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